Nombreuses sont les personnes souffrant du syndrome du côlon irritable (SCI), aussi appelé syndrome de l’intestin irritable, qui adoptent un régime sans gluten convaincues qu’il s’agit là de la seule voie pour soulager leurs symptômes. Cette approche est répandue parmi les patients et les professionnels de santé. Une étude publiée dans la revue The Lancet Gastroenterology and Hepatology remet en question cette conviction en suggérant que les causes des symptômes pourraient se trouver ailleurs que dans le contenu des assiettes.
L’étude révèle en effet que de nombreuses personnes qui se pensent intolérantes au gluten ne réagissent pas forcément à cette protéine lorsqu’elles en ingèrent sans le savoir. Ces résultats invitent à repenser l’idée selon laquelle le gluten serait systématiquement impliqué dans les symptômes du SCI et à envisager d’autres facteurs contributifs.
Un essai en double aveugle contre placebo
Dans cet essai, 29 participants officiellement diagnostiqués avec le SCI ont été recrutés et déclarent se sentir mieux depuis qu’ils ont adopté un régime sans gluten. Les participants ont été répartis aléatoirement dans deux groupes : l’un consommant des barres céréalières sans gluten (placebo) et l’autre contenant du gluten. L’étude a été menée en double aveugle, ni les participants ni les chercheurs ne sachant qui recevait quelle barre. Après l’épreuve, les participants ont rendu compte de leurs symptômes (ballonnements, troubles digestifs, gêne, etc.) et des échantillons de selles ont été analysés pour mesurer objectivement leur consommation de gluten.
L’effet nocebo, ou quand l’on craint des effets négatifs
Verdict : même lorsque la plupart des participants avaient déclaré avoir consommé une barre contenant du gluten, les analyses en laboratoire ont montré que beaucoup n’en avaient pas consommé en réalité. Les données indiquent qu’une même proportion de participants (93 %) avaient déclaré des événements indésirables (ballonnements, inconfort, etc.) dans les deux groupes.
Certaines personnes ont même refusé de manger leur barre afin d’éviter d’éventuels symptômes. Selon Premysl Bercik, l’auteur principal de l’étude, « Tous les patients qui pensent réagir au gluten ne le font pas forcément. Certains sont réellement sensibles à cette protéine alimentaire, mais pour beaucoup d’autres, c’est cette croyance elle-même qui motive leurs symptômes et leurs choix ultérieurs d’éviter les aliments contenant du gluten ».
Dédiaboliser le gluten, et mieux accompagner
Les chercheurs proposent plutôt une approche axée sur le soutien global du patient et l’accompagnement personnalisé, plutôt que sur l’exclusion systématique du gluten. Ils suggèrent la mise en place de soutien psychologique, de conseils diététiques et d’approches personnalisées pour aider les patients à réintroduire progressivement le gluten dans leur alimentation, s’ils le souhaitent.
L’étude souligne aussi l’influence d’internet et des réseaux sociaux dans la diabolisation du gluten, alors même que cette protéine n’est pas nécessairement responsable des symptômes du SCI. L’éviction du gluten via un régime restrictif peut toutefois procurer un sentiment de contrôle utile, notamment lorsque la maladie ne dispose pas de cause clairement établie.
- Soutien psychologique pour comprendre les ressentis et les croyances liées au gluten.
- Conseils diététiques personnalisés adaptés au SCI et à l’autonomie du patient.
- Approches graduelles pour réintroduire le gluten, si le patient le souhaite, en monitorant les symptômes et les effets.