Il y a quelques années, une étude publiée dans la revue Psychotherapy rappelait qu’au cours d’une vie, une personne verse entre 70 et 100 litres de larmes, soit environ 4,2 à 5 millions de larmes. Si elles expriment les émotions, les larmes servent aussi à protéger les yeux et participent au bon fonctionnement de la vision.
Mais leur rôle pourrait aller bien au-delà. Une étude récente suggère que les fluides oculaires offrent aussi un aperçu précieux de la santé de l’œil et du développement de certaines pathologies, notamment les maladies neurodégénératives.
Des fluides oculaires encore difficiles à étudier
Les maladies de l’œil font l’objet de nombreuses recherches, mais l’analyse des liquides internes, comme l’humeur aqueuse et l’humeur vitrée, reste complexe. Ces prélèvements sont en effet très invasifs, ce qui limite leur usage en pratique clinique courante.
« De nombreuses maladies oculaires sont étudiées, mais les méthodes d’obtention de l’humeur aqueuse et de l’humeur vitrée, les fluides internes de l’œil, sont très invasives, ce qui limite leur applicabilité en pratique clinique courante », explique Marta San Roque, doctorante au sein du groupe Innovation en vésicules et cellules pour applications thérapeutiques (IVECAT) de l’Institut de recherche Germans Trias i Pujol, en Espagne.
Analyser des particules pour mieux comprendre les maladies
Pour contourner ces méthodes invasives, les chercheurs se sont intéressés aux larmes, qui pourraient constituer une alternative plus simple et plus accessible. L’objectif de l’étude était de déterminer si elles peuvent fournir suffisamment d’informations pour évaluer l’état de santé de l’œil.
Les scientifiques ont ainsi analysé le potentiel de minuscules particules libérées par les cellules, appelées vésicules extracellulaires (VE), comme biomarqueurs potentiels de certaines maladies ou de leur évolution. Ces éléments transportent des informations moléculaires susceptibles d’aider à mieux comprendre ce qui se passe dans l’organisme.
Une revue de plus d’une centaine d’études
En collaboration avec le service d’ophtalmologie de l’hôpital universitaire Germans Trias i Pujol, l’équipe a publié une revue dans la revue Extracellular Vesicles and Circulating Nucleic Acids. Ce travail résume plus d’une centaine d’études sur les vésicules extracellulaires et leur utilisation comme source de biomarqueurs dans les larmes.
Les auteurs mettent en avant plusieurs atouts de cette approche. Les VE protègent les informations moléculaires qu’elles contiennent, et le recueil des larmes est peu invasif, ce qui en fait un outil prometteur pour la recherche comme pour la clinique.
Des larmes riches en informations sur l’œil et le cerveau
Selon Marta San Roque, les larmes ne renseignent pas uniquement sur la surface de l’œil. Elles peuvent aussi refléter des processus plus larges liés à l’ensemble des structures oculaires.
« Les larmes fournissent des informations précieuses non seulement sur la surface oculaire, mais aussi sur toutes les structures de l’œil. De plus, comme les VE peuvent traverser les barrières hémato-encéphalique et hémato-rétinienne, leur contenu pourrait également refléter des processus liés aux maladies neurodégénératives », résume la première auteure de l’étude.
Vers de nouveaux biomarqueurs pour un diagnostic plus précoce
À partir de ces résultats, les chercheurs recommandent de suivre les directives internationales de la Société internationale des vésicules extracellulaires (ISEV). Cette approche pourrait aider à structurer les futures recherches et à améliorer la fiabilité des analyses réalisées à partir des larmes.
« Cette revue représente une première étape importante vers de nouveaux progrès dans le domaine des biomarqueurs, notamment pour la détection précoce et l’amélioration du traitement des maladies oculaires et neurodégénératives », conclut Marta San Roque.
