Une nouvelle piste thérapeutique pourrait bouleverser la prise en charge de l’apnée obstructive du sommeil, un trouble qui touche des millions de personnes et impose souvent l’usage d’un masque respiratoire pendant la nuit. Selon des résultats publiés dans Science, une pilule à prendre avant le coucher aurait permis de réduire nettement les interruptions respiratoires chez les patients concernés.
Une pilule contre l’apnée du sommeil aux résultats prometteurs
Le traitement expérimental, baptisé AD109, a été évalué dans un essai clinique mené sur 646 patients pendant six mois. D’après les données rapportées, les interruptions respiratoires auraient diminué de 56 % chez les personnes traitées par rapport au groupe placebo.
Cette avancée pourrait offrir une alternative très attendue aux patients atteints de syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS), souvent contraints d’utiliser une machine envoyant de l’air via un masque facial afin de maintenir les voies respiratoires ouvertes.
Comment fonctionne AD109 ?
La pilule AD109 associe deux molécules déjà connues : l’atomoxétine et l’oxybutynine. La première stimule les niveaux de noradrénaline et aide à tonifier les muscles respiratoires. La seconde empêche l’inhibition du muscle clé de la langue, essentiel pour garder les voies aériennes ouvertes pendant le sommeil.
En combinant ces deux effets, le médicament permettrait de limiter les obstructions, d’améliorer l’oxygénation et d’obtenir un sommeil plus stable. Dans le communiqué publié fin mai par Apnimed, l’entreprise à l’origine de cette pilule, 22,3 % des patients auraient obtenu un contrôle complet de l’AOS, avec moins de cinq épisodes par heure.
« Le potentiel d’une innovation indispensable »
Le Dr Patrick Strollo Jr., directeur de l’essai clinique SynAIRgy et vice-président du département de médecine des anciens combattants à la faculté de médecine de l’Université de Pittsburgh, s’est montré particulièrement enthousiaste face à ces premiers résultats de phase 3.
Il estime que ces données « représentent le potentiel d’une innovation indispensable dans le traitement du SAOS ». Selon lui, les progrès dans ce domaine ont été trop limités pendant de nombreuses années, laissant de nombreux patients sans options durables.
Il ajoute que, si le traitement est approuvé, AD109 pourrait devenir un nouveau médicament oral ciblant la cause neuromusculaire de l’obstruction des voies respiratoires dans l’apnée du sommeil, avec la promesse de transformer la prise en charge d’un large éventail de patients.
Des réserves malgré l’enthousiasme
Pour autant, plusieurs spécialistes appellent à la prudence. Le Dr Klar Yaggi, spécialiste du syndrome à l’Université Yale, estime que ce médicament ouvre enfin la voie à « une médecine du sommeil de précision ».
Mais des incertitudes demeurent. Najib Ayas, médecin spécialiste du sommeil à l’Université de la Colombie-Britannique et chercheur principal sur l’un des sites de l’essai, souligne qu’on ne sait pas encore si les patients se sentent réellement mieux au-delà de l’amélioration des paramètres cliniques.
Selon lui, l’objectif reste que les patients ressentent un bénéfice concret grâce au traitement, et pas seulement une réduction des obstructions des voies respiratoires.
Autre point de vigilance : les effets à long terme sur le plan cardiovasculaire doivent encore être évalués. Le Dr Sigrid Veasey rappelle notamment que l’atomoxétine peut augmenter la fréquence cardiaque et la pression artérielle diastolique, et que même de faibles variations peuvent avoir de l’importance.
D’autres approches pour traiter l’apnée obstructive du sommeil
L’apnée obstructive du sommeil se caractérise par une modification de l’anatomie des voies respiratoires supérieures pendant le sommeil. Les personnes concernées ronflent souvent fortement, leur respiration s’interrompt parfois durant la nuit et elles peuvent se réveiller brutalement à plusieurs reprises.
Ce trouble provoque une fatigue chronique et augmente à terme le risque d’hypertension artérielle, d’accident vasculaire cérébral, de maladie cardiaque et de diabète de type 2.
Plus d’un tiers des patients diagnostiqués souffrent aussi d’insomnie chronique. Cette association, appelée COMISA, est liée à une qualité de vie dégradée et à des taux plus élevés de maladies cardiovasculaires.
Parmi les autres pistes évoquées récemment, une étude publiée en 2024 dans le Journal of Sport and Exercise Psychology a montré qu’une thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie, combinée à une activité physique régulière, pourrait améliorer les symptômes chez ces patients.
En septembre 2024, une autre étude présentée lors du congrès de la Société européenne de pneumologie à Vienne avait également mis en avant les bénéfices du sulthiame, un médicament utilisé contre l’épilepsie, dans la prise en charge des symptômes de l’AOS.
Une demande d’autorisation attendue en 2026
Une deuxième vaste étude, menée sur un an, est actuellement en cours afin de confirmer ces résultats. Si les données se maintiennent, une demande d’autorisation auprès de la FDA devrait être déposée en 2026.
Pour les patients souffrant d’apnée du sommeil, cette pilule pourrait représenter une avancée majeure vers un traitement oral plus simple et potentiellement mieux accepté qu’une machine nocturne contraignante.