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    Comment Qais Saïed a préparé la scène politique avant les élections

    Comment Qais Saïed a préparé la scène politique avant les élections

    Avant de devenir président de la Tunisie, Qais Saïed s’est présenté comme un leader intègre, un sauveur du peuple face à la corruption et aux tensions politiques qui affligeaient le pays. Cependant, une fois au pouvoir, il a concentré toutes les autorités entre ses mains, exploitant le mécontentement populaire et la crise économique pour façonner un paysage politique et électoral dépourvu de véritable concurrence.

    Ancien professeur de droit constitutionnel, Saïed a marqué ses premiers pas vers le renforcement de son pouvoir en annonçant des mesures exceptionnelles le 25 juillet 2021. Cette décision a entraîné le gel du parlement et la dissolution du gouvernement précédent. Bien qu’initialement soutenue par la population, cette action s’est rapidement transformée en outil de contrôle total sur les branches exécutive et législative.

    Un système électoral musical

    Les observateurs estiment que Saïed a récemment transformé les élections en une farce, semblable à celles orchestrées par l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali, où les résultats étaient connus d’avance. Les participants à ces élections sont principalement des soutiens de la présidence, ce qui jette un doute sur l’intégrité et l’indépendance de la procédure électorale.

    Le politologue Ibrahim Al-Amri affirme que Saïed s’est présenté comme un rempart contre la corruption, gagnant un large soutien populaire grâce à des visites sur le terrain. Selon lui, les discours du président renforcent son image de leader proche du peuple, le rendant presque incontournable dans l’esprit de nombreux Tunisiens depuis sa campagne électorale de 2019.

    Modifications des lois électorales

    Saïed a exploité sa connaissance approfondie du système juridique pour contourner l’ancien constitution, rédigeant une nouvelle constitution qui lui confère des pouvoirs quasi absolus. Les modifications qu’il a apportées aux lois électorales incluent des conditions strictes pour se porter candidat et le financement des campagnes, rendant difficile la candidature d’opposants sérieux.

    Al-Amri souligne que le référendum du 25 juillet 2022, qui a approuvé une nouvelle constitution, a été qualifié de « mort-né ». Malgré une faible participation de 10 %, Saïed a réussi à faire adopter cette constitution, consolidant ainsi son emprise sur le pouvoir.

    Affaiblissement de l’opposition

    Parallèlement à son affirmation personnelle, Qais Saïed a cherché à affaiblir l’opposition et à démanteler les partis politiques, qui étaient essentiels pour la démocratie tunisienne. De nombreux hommes politiques ont été placés sous arrestation domiciliaire ou exclus du processus politique, souvent par le biais du système judiciaire.

    Wissem Al-Saghir, porte-parole du Parti républicain, explique que Saïed a utilisé un discours populiste pour discréditer la classe politique, l’accusant de corruption et de complot contre le peuple. Cette stratégie a permis à Saïed de gel des financements pour les partis et de les marginaliser, les rendant incapables de s’organiser efficacement contre lui.

    Changements dans les indicateurs économiques

    Selon Al-Saghir, le président a échoué à résoudre les crises économiques et sociales accumulées. La montée des prix des biens et la hausse du taux de chômage, qui a augmenté de 1800 chômeurs dans les premiers mois de 2023, témoignent de cet échec.

    Le leader du Parti des travailleurs, Jilani Hammami, affirme que Saïed a planifié son ascension au pouvoir bien avant les élections de 2019, exploitant les échecs des gouvernements précédents pour attiser la colère du peuple contre ses adversaires. Hammami souligne que les actions illégales de Saïed, comme le gel de la Ennahda, ont constitué le début de son offensif sur le reste de l’opposition.

    Restrictions sur les médias

    Apartir de son annonce des mesures extraordinaires en 2021, le régime a intensifié la surveillance des médias, favorisant une image positive de Saïed tout en réduisant la couverture médiatique de l’opposition. Des campagnes médiatiques ont été menées pour célébrer les réussites du président.

    Selon le politologue Salah Ben Jhorchi, ce qui a commencé comme un mouvement populaire pour restructurer le système politique est devenu un régime qui exclut les concurrents et restreint les libertés. Les stratégies adoptées par Saïed soulèvent des questions profondes sur l’avenir de la démocratie en Tunisie.

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