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    Les conférences scientifiques fictives pour une promotion rapide

    Les conférences scientifiques fictives pour une promotion rapide

    Le professeur Maher Al-Qadi, professeur adjoint au département de chimie et chimie biologique à l’Université de Californie à Los Angeles, reçoit presque quotidiennement des courriels l’invitant à s’inscrire à des conférences dans son domaine d’expertise. Fort de son expérience, il a appris à éviter les événements trompeurs.

    La conférence fictive, souvent qualifiée de « conférence exploitante », n’est pas organisée par des sociétés savantes, mais par des entreprises lucratives. Leur but est donc lucratif, et non éducatif, cherchant à tirer profit des besoins des chercheurs de présenter des travaux lors de conférences et de publier des articles.

    Critères de détection des conférences légitimes

    Al-Qadi déclare : « Éviter ces conférences, à moins que le chercheur ne s’y rende délibérément à la recherche d’une méthode rapide de publication, est relativement simple. Cela dépend d’abord de la vérification de l’entité organisatrice. »

    Il n’y a aucune ambiguïté concernant les conférences organisées par des associations scientifiques reconnues, comme l’American Chemical Society. Cependant, celles organisées par des sociétés anonymes soulèvent des doutes, surtout si le titre de la conférence n’est pas formulé de manière professionnelle.

    La recherche sur la légitimité des conférences

    Al-Qadi souligne que « sauf pour une conférence internationale sur les batteries aux États-Unis, reconnue pour son intégrité scientifique, toute formulation de titre de conférence commençant par ‘Conférence internationale sur…’ suscite chez moi des doutes quant à sa légitimité. »

    Pour un chercheur basé aux États-Unis, les chances de tomber dans le piège des conférences fictives sont très faibles. Cependant, cela semble plus facile pour les entreprises organisatrices d’attirer des chercheurs venant d’Afrique, d’Amérique latine et de certains pays asiatiques.

    Témoignage : une expérience amère

    Dans un article publié par « Nature », la chercheuse postdoctorale en biologie moléculaire, Bia Lauren, partage son expérience de ces conférences sous la pression d’exigences de financement. En mars 2024, alors qu’elle se rendait au Royaume-Uni depuis le Chili, elle avait déjà assisté à des conférences en Amérique latine et en Europe.

    Elle a été attirée par une conférence portant le titre « 25ème conférence internationale sur les maladies rénales, les voies urinaires et l’insuffisance rénale ». À son arrivée, elle n’a trouvé aucun signe de la conférence dans l’hôtel près de l’aéroport d’Heathrow et a découvert qu’une réunion différente avait lieu à la même heure.

    Le piège des faux événements

    Dans la salle, 21 personnes seulement étaient présentes, et les conférences portaient sur des thèmes non liés à la carte initiale. Bien que la conférence soit prévue jusqu’à 17h30, elle a brusquement pris fin à 12h30, laissant de nombreux chercheurs confus.

    Lauren a réalisé qu’elle avait voyagé à Londres sans véritable raison, et le second jour de la conférence devait se tenir en ligne. Elle a donc présenté son intervention devant quelques personnes sur Zoom, depuis le domicile d’une amie.

    Les erreurs à éviter

    Selon Dr. Najwa Al-Badri, présidente fondatrice du programme des sciences biomédicales à l’Université des sciences et technologies de Zewail en Égypte, l’erreur commise par Lauren réside dans le fait de ne pas avoir vérifié les antécédents de l’organisateur de la conférence.

    Elle affirme que les entreprises organisant ces événements fictifs savent que des titres comme « première conférence internationale sur… » suscitent des doutes, alors elles se vantent désormais d’organiser « la 25ème conférence internationale sur… ». Les chercheurs doivent donc scruter l’historique des conférences précédentes.

    Le choix délibéré de participer

    Si Lauren est tombée dans ces pièges par inadvertance, d’autres chercheurs se rendent délibérément à ces conférences. Selon Badri, certaines personnes peuvent être séduites par des lieux touristiques ou souhaiter simplement ajouter une ligne sur leur CV pour approcher une promotion scientifique.

    Les résultats d’une étude menée par James McRosty, chercheur en gestion à l’Université de Daido Bunka au Japon, révèlent que certains académiciens participent à ces conférences, conscients de leur manque de valeur.

    Recommandations pour éviter les pièges

    La nécessité de poursuites judiciaires contre ces entreprises est cruciale, selon Dr. Ahmed Omar Mselhi, professeur d’ingénierie mécanique à l’Université de Benha. Plusieurs poursuites ont été lancées aux États-Unis pour les tromperies envers les chercheurs.

    Mselhi souligne l’importance pour les chercheurs d’effectuer leurs propres vérifications, notamment en utilisant des ressources comme « Think Check Attend » qui aide à déterminer la légitimité des conférences.

    Un engagement vers l’intégrité académique

    Il est essentiel que la recherche avant l’inscription à une conférence soit rigoureuse pour préserver la confiance du public dans la science. Mselhi conclut que les conférences fictives ne doivent pas dissuader une participation saine aux conférences, mais qu’une vigilance accrue est maintenant primordiale.

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