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    Répression au Sénégal : Aides aux victimes et quête de justice

    Sénégal

    Après des mois d’attente, des aides financières ont été récemment distribuées aux premières familles endeuillées au Sénégal. Ce début mars marque la mise en œuvre du « package » d’aide annoncé le 31 janvier par le ministère de la famille et des solidarités, prévoyant 15 000 euros par famille ainsi que l’inscription à des programmes sociaux, de financement, et la reconnaissance du statut de pupille de la Nation pour les orphelins. Les milliers de blessés et d’anciens détenus, souvent emprisonnés pour avoir soutenu le parti d’opposition PASTEF, recevront une aide financière de 760 euros et un accompagnement psychosocial. Au total, le budget alloué s’élève à plus de 7,6 millions d’euros. Aminata Fall, coordonnatrice des familles endeuillées, a salué cette initiative, en rappelant que son frère, Cheikhouna Ndiaye, avait été tué lors des violences.

    Contexte des violences au Sénégal

    Entre mars 2021 et février 2024, le Sénégal a été le théâtre de crises politico-judiciaires ayant provoqué des épisodes de répression policière parmi les plus violents de son histoire. Selon un bilan établi par le collectif citoyen CartograFree Sénégal, 65 personnes ont perdu la vie durant ces événements, dont 51 par balle, principalement à Dakar et Ziguinchor, avec un âge moyen des victimes de 26 ans. Cette initiative vise à honorer ces victimes tout en soutenant leur quête de justice. Toutefois, ce nouvel espoir doit faire face à un obstacle de taille : la loi d’amnistie votée en mars 2024, qui empêche toute poursuite judiciaire pour les crimes survenus lors des manifestations entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024.

    Entre lenteurs et optimisme

    L’assistance aux victimes, une promesse de campagne du PASTEF, a été présentée par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko comme une priorité. Toutefois, depuis la création d’un comité interministériel en juillet 2024, chargé de répertorier les victimes et leurs besoins, les familles des 65 personnes décédées, ainsi que les milliers de blessés et anciens détenus, expriment une impatience croissante. Des préoccupations se font jour concernant les lenteurs administratives et la nécessité de fournir des documents, tels que le certificat d’hérédité, pour bénéficier de l’assistance. Seydi Gassama, d’Amnesty International Sénégal, souligne les défis rencontrés dans le recensement des bénéficiaires.

    Un besoin urgent de justice

    Les victimes et leurs familles expriment un besoin pressant de justice et de reconnaissance. Aminata Fall insiste sur le fait que le soutien financier n’est pas suffisant et que la justice doit être rendue pour permettre un véritable processus de deuil. Elle déclare, « Sans justice, c’est l’impunité qui règne ». Seydi Gassama appelle à l’abrogation de la loi d’amnistie, qualifiée d’obstacle à la quête de vérité. Bien que des aides financières aient été annoncées pour 2024 et 2025, elles ne répondent pas aux attentes de justice des victimes. L’incertitude demeure quant à l’efficacité des procédures judiciaires, qui pourraient s’étaler sur plusieurs années.

    Réactions et perspectives

    Le programme d’assistance gouvernemental est perçu par certains comme un moyen de détourner l’attention des véritables enjeux de justice. Des membres de l’opposition remettent en question la légitimité de l’État à indemniser les victimes sans passer par une procédure judiciaire appropriée. Cette situation crée un climat de méfiance parmi les familles endeuillées qui souhaitent que les responsables soient tenus pour compte. Pendant ce temps, le PASTEF se trouve face à un défi : répondre aux attentes de ses partisans tout en naviguant dans un environnement politique complexe.

    Un manifestant brandit le drapeau national sénégalais lors d’une manifestation de soutien à Ousmane Sonko à Dakar, le 3 mars 2021.65 personnes ont été tuées lors des violences politiques de 2021 à 2024, selon le bilan établi par un collectif citoyen.

    Répression Sénégal | Sénégal | Justice | Répression | Victimes | Loi Damnistie
    source:https://www.lepoint.fr/afrique/au-senegal-les-victimes-de-la-repression-sous-macky-sall-en-quete-de-justice-et-de-verite-20-03-2025-2585242_3826.php

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