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    Éthiopie : reprise du programme de démobilisation à Tigré après des mois d’arrêt

    Éthiopie

    Reprise du programme de démobilisation à Tigré

    Dans un développement marquant lié à la mise en œuvre de l’accord de paix de Pretoria signé en 2022 entre le gouvernement éthiopien et le Front de libération du Tigré (FLT), la direction de l’administration intérimaire de la région a annoncé la reprise du programme de désarmement et de réhabilitation des anciens combattants du FLT, suspendu depuis janvier dernier.

    Ce programme vise à réhabiliter environ 60 000 combattants sur une période ne dépassant pas trois mois, dans le but de compenser les retards antérieurs et de respecter les engagements régionaux inscrits dans l’accord avec le gouvernement fédéral.

    Cette relance s’inscrit dans les engagements du nouveau président de l’administration intérimaire de Tigré, le général Tadesse Werede, de redynamiser le processus de paix et d’achever les points en suspens, notamment le désarmement, la démobilisation et la réintégration.

    Un nombre important d’anciens combattants

    Bien qu’aucune statistique officielle n’ait été publiée par les autorités de Tigré concernant le nombre exact de combattants, l’ancien président de l’administration régionale, Getachew Reda, a déclaré lors d’une conférence de presse à Addis-Abeba que plus de 270 000 anciens combattants étaient encore présents dans la région, attendant leur réhabilitation et réintégration.

    Selon des estimations locales, la phase précédente du programme n’a permis de réhabiliter qu’environ 12 000 combattants sous la présidence de Getachew Reda, avant que le programme ne soit suspendu en raison de difficultés financières et administratives.

    Désarmement et démobilisation en cours

    Mercredi, le général Tadesse Werede, président de l’administration intérimaire de Tigré, a indiqué que la mise en œuvre du programme de désarmement, démobilisation et réintégration progresse de manière tangible. Il a précisé que la première phase, ciblant environ 75 000 anciens combattants, devrait être achevée d’ici septembre prochain.

    Lors d’une rencontre avec l’ambassadeur d’Allemagne en Éthiopie, Werede a expliqué que la deuxième phase du programme débutera parallèlement aux efforts visant à sécuriser la situation constitutionnelle de la région et à garantir le retour complet et sécurisé des déplacés chez eux. L’objectif est de soutenir le processus de paix et de consolider la stabilité.

    Ces déclarations interviennent alors que la région fait face à des défis majeurs en matière de reconstruction et de restauration de la confiance entre les parties prenantes.

    Par ailleurs, la pression s’accentue pour une mise en œuvre complète de l’accord de Pretoria, qui doit dépasser les aspects militaires pour traiter les questions politiques et humanitaires essentielles.

    Réhabilitation et réintégration : un test décisif

    Les progrès réalisés dans le dossier de la réhabilitation et de la démobilisation sont considérés comme un test crucial de l’engagement du gouvernement fédéral et de l’administration intérimaire régionale à créer un environnement durable de paix, dépassant les séquelles des violences et des conflits internes.

    Bien que les observateurs et partenaires du processus de paix voient dans la reprise de la réhabilitation des combattants un signe positif de renforcement de la confiance, plusieurs défis politiques et humanitaires subsistent, notamment les enjeux liés à la reconstruction, à la reddition de comptes pour les violations, et à la pleine réintégration du Tigré dans le système fédéral éthiopien.

    Inquiétudes et réserves

    Dans ce contexte, Hakos Gebre Akidan, ancien officier des forces du Front de libération du Tigré, a partagé son analyse du processus de démobilisation. Il a souligné que cette étape comporte des effets positifs mais aussi des préoccupations importantes.

    Selon lui, cette démarche peut contribuer à réduire la prolifération des armes et les manifestations d’insécurité, éléments essentiels pour la transition vers l’après-guerre et le renforcement de la confiance. Cependant, elle suscite aussi des inquiétudes légitimes au sein de certaines communautés tigréennes.

    L’ancien officier met en avant que les craintes liées au désarmement se manifestent surtout en cas de reprise du conflit, car la réunification de ces combattants n’a pas été une tâche aisée, beaucoup ayant combattu pour défendre leurs territoires et leur cause.

    Akidan avertit que se focaliser excessivement sur les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration sans un engagement réel des deux parties, le gouvernement fédéral et le Front de libération du Tigré, pourrait affaiblir la confiance sociale et menacer la pérennité du processus de paix.

    Un contexte humanitaire tendu

    Les combats dans la région de Tigré ont forcé de nombreux Éthiopiens à se réfugier ailleurs, dans un contexte marqué par des alertes internationales sur un risque de famine dans la zone.

    Perspectives sur la réussite du programme

    Hele Mikael Gebrehiwet, journaliste éthiopien spécialisé sur les questions du Tigré, estime que la réussite du programme de réhabilitation et de réintégration dépend de la volonté politique et du soutien institutionnel du gouvernement fédéral et de l’administration intérimaire.

    Il ajoute que le succès repose également sur la coopération des anciens combattants et la mise en place de garanties sérieuses pour leur réintégration dans la vie civile ou dans les structures sécuritaires officielles.

    Si ces conditions sont réunies, cette initiative pourrait constituer un tournant vers la stabilité et un renforcement de la confiance entre Addis-Abeba et le Tigré.

    Divergences politiques autour de la réintégration

    Les positions politiques divergentes concernant la réintégration des combattants du Tigré reflètent un point de tension entre les priorités de paix, les calculs d’influence et les équilibres ethniques en Éthiopie.

    Emmanuel Gebre Amidhan, journaliste et analyste politique éthiopien, considère que la volonté politique vacillante entre Addis-Abeba et l’ancien pouvoir du Front de libération du Tigré, qui domine la région, constitue un obstacle majeur à la réussite du processus.

    Il souligne que les divisions croissantes au sein du FLT, notamment à propos de la légitimité du général Tadesse Werede, représentent un tournant dangereux qui pourrait mener à une reprise du conflit dans la région.

    De plus, le refus de certaines factions d’entamer le désarmement sans garanties claires pourrait ralentir voire bloquer l’exécution du programme. L’absence d’une coordination complète entre le gouvernement fédéral et l’administration intérimaire complique également la situation.

    Malgré un soutien officiel du Premier ministre Abiy Ahmed à la voie de la paix et à la réintégration des combattants, certains cercles au sein du régime craignent que cette intégration dans les institutions sécuritaires ne facilite un retour d’influences militaires ethniques, rappelant la « deep state » avant l’arrivée d’Abiy Ahmed au pouvoir.

    source:https://www.aljazeera.net/news/2025/5/8/%d9%87%d9%84-%d9%8a%d9%86%d8%ac%d8%ad-%d8%a8%d8%b1%d9%86%d8%a7%d9%85%d8%ac-%d8%a5%d8%b9%d8%a7%d8%af%d8%a9-%d8%aa%d8%a3%d9%87%d9%8a%d9%84-%d9%85%d9%82%d8%a7%d8%aa%d9%84%d9%8a

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