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Mohammed Hamed, 10 ans, joue à vélo dans la cour de la maison familiale de la localité de Qalandia, au nord de Jérusalem occupée. Ces instants de jeu pourraient être parmi les derniers pour lui et sa famille dans ce lieu qu’ils habitent depuis des générations.
« Quand je suis rentré de l’école, j’ai trouvé mes frères en train de pleurer », confie-t-il à Al Jazeera. « Ma mère m’a dit que l’occupation nous a remis un avis d’évacuation. »
Cette menace d’expulsion — souvent désignée dans les récits locaux comme expulsion Qalandia — pèse désormais sur plusieurs familles du village, bouleversant vies et routines quotidiennes.
Menaces d’expulsion et projet de traitement des déchets
La famille Hamed a reçu, il y a un mois, un avis d’évacuation en vue d’une démolition, au motif que la maison se trouverait sur des terres appartenant à l’État israélien. Les membres de la famille affirment pourtant détenir des titres de propriété (tabu) remontant à 1936, prouvant une transmission générationnelle de la terre.
Selon les autorités d’occupation, le site doit être réaffecté pour l’installation d’une unité de traitement des déchets. La maison menacée abrite quatre foyers, dont plus de vingt enfants.
- Préavis d’évacuation reçu il y a un mois.
- Titres de propriété familiaux datés de 1936, selon les habitants.
- Projet annoncé : création d’une structure de traitement des déchets sur la parcelle.
- Quatre familles et plus de vingt enfants concernés.
Les enfants considèrent la cour comme leur espace de jeu privilégié, où se tiennent chaque après-midi matchs de football, parties de volley et balades à vélo.
Les enfants face à l’incertitude
Mohammed partage ses rêves : « Je veux devenir pharmacien et jouer au football », dit-il. Puis il lance un appel simple et direct : « Ils veulent démolir notre maison. Mon message au monde : aidez-nous pour que notre maison ne soit pas détruite. »
Les adolescentes Hind et Nadine, toutes deux âgées de 14 ans et cousines, se retrouvent chaque soir au coucher du soleil. Leurs conversations ont perdu une partie de l’innocence d’autrefois, remplacée par des inquiétudes d’adultes précoces.
Nadine se souvient: « J’espère que nous serons libérés, malgré la difficulté. Quand je joue dans la cour, je n’ai pas l’impression qu’ils peuvent nous séparer. Ils cherchent seulement à nous perturber, mais nous ne quitterons pas notre maison. »
Hind adresse un appel au monde en lien avec la Journée internationale de l’enfance : « Gardez l’espoir que nous serons libérés, et faites tout pour que cette maison ne soit pas démolie. »
Les adolescentes ont assisté à l’entrée dans la maison, il y a un mois, d’une vingtaine d’agents des Border Police israéliens venus remettre l’avis d’évacuation. L’opération a eu lieu tôt le matin, lorsque le père et les oncles étaient partis travailler, ce qui a semé peur et stupeur parmi les femmes et les enfants.
« La catastrophe » pour Qalandia
Walid Al-Qayshi, président du conseil villageois de Qalandia, décrit ces craintes comme une des facettes des souffrances sociales que subit le village depuis que le mur de séparation a traversé ses terres il y a plus de vingt ans.
Le mur n’a pas seulement morcelé les terres : il a profondément altéré le tissu social. « Ma fille habite de l’autre côté du mur ; elle met plus d’une heure en voiture pour nous rendre visite alors qu’avant la construction du mur, la même distance se faisait à pied en deux minutes », explique-t-il.
Al-Qayshi met en garde : si le projet de colonisation se concrétise, Qalandia fera face non seulement à une catastrophe environnementale liée à l’usine de déchets, mais aussi à une catastrophe sociale et humaine qui affectera psychologiquement les habitants. Il évoque aussi la perte matérielle liée aux maisons et aux terres.
Le village est aujourd’hui divisé en deux par le mur : environ 500 personnes vivent du côté de Jérusalem, isolées d’environ 2 000 autres habitants situés de l’autre côté.
Pressions, procédures juridiques et inquiétudes
La famille Hamed vit sous une tension constante. « La nuit est lourde ; on ne peut pas dormir en paix. À tout moment, notre sort peut basculer », confie Walid Hamed à Al Jazeera. La famille multiplie les démarches juridiques avec l’aide de plusieurs avocats pour annuler l’avis d’évacuation, mais la procédure s’annonce difficile.
Walid rappelle qu’en 2016 son père avait été convoqué pour enquête et avait présenté des documents de propriété datant de 1936. « Aujourd’hui, avec cette coalition gouvernementale extrémiste, la décision d’évacuation vise clairement à étendre les implantations », estime-t-il.
Les projets coloniaux visant Qalandia remontent à l’époque du mandat britannique et se sont intensifiés depuis les années 1970, avec l’accaparement de centaines de dunums, selon le président du conseil villageois. En 2016, l’armée d’occupation a démoli 12 bâtiments abritant des centaines de Palestiniens, empêchant ensuite toute reconstruction.
Al-Qayshi affirme que l’offensive actuelle consiste à modifier l’itinéraire du mur de séparation afin de confisquer plus de 150 dunums de terres de Qalandia, menaçant d’expulser des dizaines de familles. Il met également en garde contre l’impact écologique attendu si l’installation de traitement des déchets est réalisée.
Un message relayé sur les réseaux sociaux montre la continuité des démolitions dans la région ; le tweet partagé par le Palestinian Information Center illustre d’autres interventions contre des maisons palestiniennes (https://twitter.com/PalinfoAr/status/1988587410389926173?ref_src=twsrc%5Etfw).
Un espoir fragile
Les habitants de Qalandia estiment que la réponse officielle palestinienne reste pour l’instant empreinte de sympathie, sans atteindre la fermeté nécessaire face à l’ampleur de la menace. Les familles, elles, continuent de résister par la présence et la procédure légale.
Hind et Nadine gardent l’espoir que leur maison demeurera debout et que la famille restera réunie. Leur souhait simple — préserver le foyer et les souvenirs qui y sont attachés — résume l’enjeu humain derrière les termes juridiques et politiques de cette affaire.
Pour Qalandia, l’enjeu dépasse une seule maison : il s’agit de la survie d’un tissu social, de la protection d’enfants et de familles, et de la préservation de terres et de mémoires ancestrales face à une menace d’expulsion qui pèse désormais sur tout le village.

