TikTok regorge de conseils et de nouvelles tendances, mais toutes ne font pas l’unanimité. La plus récente, baptisée PumpTok, met en avant le tirage de lait maternel à très grande échelle, avec des vidéos où les quantités extraites sont montrées comme un exploit. Si cette pratique peut sembler rassurante ou utile pour certaines jeunes mamans, plusieurs spécialistes alertent sur la pression qu’elle peut provoquer.
PumpTok, la tendance qui glorifie les gros volumes de lait maternel
Sur TikTok, certaines créatrices de contenu se filment en train d’utiliser leur tire-lait en mode ASMR, en rapprochant l’appareil de la caméra pour exhiber la quantité de lait recueillie avant de le verser dans des biberons en verre ou en plastique. Parmi les figures les plus suivies de cette tendance, Breanna Seibel, qui compte 249 000 abonnés, s’est fait connaître pour ses vidéos exclusivement centrées sur PumpTok.
Dans ces contenus, l’idée mise en avant est simple : plus la quantité tirée est importante, plus la performance semble impressionnante. Mais derrière cette mise en scène, de nombreuses personnes s’interrogent sur les réels bienfaits de cette pratique pour les jeunes mamans.
Des quantités de lait maternel souvent jugées anormales
Sur PumpTok, il n’est pas rare de voir des tirages de 350 ml, 750 ml, voire 1,5 litre par séance. Cette surproduction, définie comme une production de lait supérieure à la consommation quotidienne du bébé, est parfois présentée comme la norme dans ces vidéos. Certaines mères parviennent même à nourrir leur enfant pendant toute une journée après une seule séance, tout en constituant d’importantes réserves de lait congelé.
Pourtant, les besoins d’un nouveau-né sont bien plus modestes. Durant les 72 premières heures, un bébé boit jusqu’à 30 ml de lait. Au cours des premières semaines, la quantité passe généralement de 30 à 80 ml, puis entre 1 et 6 mois, elle dépasse rarement 110 ml par tétée.
Selon le média américain Women’s Health, le Dr Kelsey Klaas, pédiatre au Mayo Clinic Children’s Hospital, considère ces volumes massifs comme des « cas aberrants ». Elle rappelle qu’en moyenne, une femme tire entre 60 et 85 ml par séance. Sur 24 heures, une mère qui tire exclusivement son lait pour nourrir son bébé au biberon peut espérer obtenir entre 700 et 900 ml au total.
Une comparaison qui peut accentuer le stress chez les mamans
Le problème, selon la spécialiste, ne se limite pas aux chiffres eux-mêmes. « Les chiffres sont sources de stress », explique le Dr Klaas, qui insiste sur le fait que les mamans ne devraient pas s’inquiéter de leur propre production de lait. Sur les réseaux sociaux, pourtant, la comparaison est immédiate et souvent douloureuse.
Dans les commentaires, certaines femmes réagissent avec découragement : « Tout cela ? Moi, je ne fais que 50 ml par séance » ou encore « J’ai cette quantité en une semaine… ». Pour beaucoup de jeunes mamans, PumpTok génère ainsi une frustration supplémentaire au moment où elles sont déjà fatiguées et vulnérables.
Le Dr Kelsey Klaas rapporte que plusieurs patientes lui ont confié leur malaise en consultation, avec des phrases comme : « C’est dur. Je ne sais pas ce que je fais de mal. » Un ressenti que confirme aussi Sunayana Weber, consultante en lactation, interrogée par Women’s Health.
La surproduction de lait n’est pas la norme
Pour Sunayana Weber, ces vidéos donnent l’impression qu’une production massive de lait est normale, alors qu’il s’agit en réalité d’une situation exceptionnelle. Elle souligne que de nombreuses clientes se plaignent de leur débit de lait en pensant ne pas être à la hauteur, alors que chaque corps fonctionne différemment.
Les experts rappellent que la lactation ne peut pas être totalement contrôlée et que la quantité produite varie selon de nombreux facteurs. L’essentiel n’est pas d’atteindre des volumes spectaculaires, mais de répondre aux besoins du bébé dans de bonnes conditions.
Chaque corps réagit différemment pendant l’allaitement
Dans le contexte de cette tendance TikTok, beaucoup de jeunes mamans ressentent une pression à produire davantage, par peur de ne pas être « suffisantes ». Pourtant, les spécialistes insistent sur un point simple : chaque corps est unique, et la production de lait ne se compare pas à celle affichée sur les réseaux sociaux.
Breanna Seibel précise d’ailleurs que ses vidéos visent à montrer sa propre expérience et ses pratiques à celles qui souhaiteraient faire de même, sans présenter cette surproduction comme un modèle à suivre. Les experts rappellent qu’il est tout à fait normal de ne pas produire autant de lait que ce que l’on voit en ligne.
Tant que le bébé est nourri, en sécurité et entouré d’amour, il n’y a aucune raison pour qu’une jeune mère se sente sous pression face aux performances affichées sur PumpTok.