À Pékin, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a rencontré son homologue chinois Wang Yi dans un contexte de fortes tensions autour du détroit d’Hormuz et des relations déjà très dégradées entre Téhéran et Washington. Cette visite intervient alors que la région reste sous pression militaire et diplomatique, à quelques jours du déplacement annoncé de Donald Trump en Chine pour un sommet avec Xi Jinping les 14 et 15 mai.
Selon l’agence iranienne des étudiants, Abbas Araghchi a présenté la Chine comme un partenaire de premier plan pour l’Iran, affirmant que la coopération bilatérale allait « se renforcer encore davantage » dans les circonstances actuelles. Le ministre iranien a également insisté sur la ligne de Téhéran dans les négociations avec les États-Unis, assurant que l’Iran ne transigera pas sur ses intérêts.
« Nous ferons de notre mieux pour protéger nos droits et nos intérêts légitimes dans les négociations. … Nous n’acceptons qu’un accord juste et global », a-t-il déclaré, à propos des discussions visant à mettre fin à la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, conflit qui a perturbé les infrastructures énergétiques de la région ainsi que les flux mondiaux de pétrole et de gaz.
La Chine appelle à rouvrir le détroit au plus vite
De son côté, Wang Yi a appelé l’Iran et les États-Unis à rouvrir le détroit « dès que possible », selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères. Pékin a également souligné qu’un arrêt total des combats devait être obtenu sans délai, tout en estimant qu’une reprise des hostilités serait encore plus inacceptable.
Le chef de la diplomatie chinoise a insisté sur la nécessité de poursuivre les négociations. Pour Pékin, la stabilité du détroit d’Hormuz reste un enjeu stratégique majeur, tant pour la sécurité maritime que pour l’approvisionnement énergétique mondial.
La visite d’Abbas Araghchi à Pékin constitue son premier déplacement en Chine, alliée de longue date de Téhéran, depuis le déclenchement de la guerre le 28 février. Depuis le début des hostilités, il s’est entretenu à au moins trois reprises avec Wang Yi par téléphone.
Un message politique avant la visite de Trump
Depuis Pékin, la correspondante d’Al Jazeera Katrina Yu a estimé que l’Iran avait trois objectifs principaux lors de cette rencontre : exposer sa position sur la guerre, réaffirmer la solidité de ses liens avec la Chine avant l’arrivée de Donald Trump et obtenir un soutien économique et diplomatique durable.
« Le calendrier est important, et je pense que cette rencontre avec Donald Trump attendue la semaine prochaine est l’une des raisons pour lesquelles le ministre iranien des Affaires étrangères a effectué sa première visite en Chine en personne depuis le début de la guerre », a-t-elle expliqué.
Cette réunion a aussi permis à Téhéran de saluer le rôle joué par la Chine dans les tentatives de sortie de crise, tout en réitérant sa volonté d’aboutir à un « accord juste et global » avec les États-Unis. Washington, de son côté, pousse Pékin à exercer une pression sur l’Iran pour qu’il rouvre le détroit d’Hormuz.
Pressions croisées sur Pékin et Téhéran
Selon Katrina Yu, l’Iran cherche également à obtenir de Pékin l’assurance qu’aucune concession ne sera faite à l’administration Trump au détriment des intérêts chinois. La Chine a critiqué le blocus naval américain contre les ports iraniens, mais elle se montre de plus en plus agacée par la fermeture persistante du détroit par Téhéran.
À Washington, le secrétaire d’État Marco Rubio a lui aussi demandé à Pékin d’intervenir pour mettre fin à ce blocage, dans un passage maritime par lequel transitent près d’un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié.
La fermeture effective du détroit a fait grimper les prix de l’énergie et des engrais, tout en alimentant les craintes d’un ralentissement économique à l’échelle mondiale. Après la trêve conclue en avril, les États-Unis ont imposé leur propre blocus contre les ports iraniens afin de contraindre Téhéran à accepter les conditions de Washington dans les pourparlers de paix.
« Ni paix, ni guerre »
À l’Université d’études internationales du Zhejiang, Ma Xiaolin estime que l’Iran cherche surtout à faire de la Chine un médiateur face aux États-Unis. Pour lui, les deux capitales se trouvent dans une impasse : « Il n’y a ni paix, ni négociation, ni guerre. »
Il ajoute que Téhéran et Washington doivent sortir de cette crise pour parvenir à un accord de paix, et que la Chine, forte de ses relations avec les deux camps, dispose d’un poids diplomatique réel. À l’approche du voyage de Donald Trump en Chine, l’Iran espère aussi obtenir de Pékin un soutien pour faire évoluer la politique américaine à son égard.
Selon cet expert, Téhéran veut également renforcer sa coopération avec la Chine dans le cadre de l’initiative des nouvelles routes de la soie, en particulier dans les secteurs de l’énergie et de l’approvisionnement pétrolier.
La crise du détroit d’Hormuz reste centrale
La visite d’Abbas Araghchi à Pékin intervient alors que Donald Trump a annoncé la suspension d’une opération militaire américaine destinée à escorter les navires bloqués dans le détroit d’Hormuz. Lancée lundi, cette initiative a encore accru les tensions après des affrontements maritimes et des accusations d’attaque contre plusieurs bateaux iraniens.
Les Émirats arabes unis ont également fait état d’attaques de missiles et de drones attribuées à l’Iran, l’une d’elles ayant déclenché un incendie dans une raffinerie. Téhéran nie toute implication dans ces frappes. Dans le même temps, Trump a affirmé sur Truth Social que sa décision de suspendre l’opération répondait à une demande du Pakistan et d’autres pays, ainsi qu’aux « grands progrès » réalisés vers un accord final avec l’Iran.
Le Pakistan joue un rôle actif dans la médiation entre les deux pays. Des discussions directes ont eu lieu à Islamabad les 11 et 12 avril, sans aboutir à un accord. Les principaux points de blocage restent la demande américaine d’un arrêt total de l’enrichissement de l’uranium et la volonté iranienne de conserver le contrôle du détroit d’Hormuz.