Le bras de fer entre Elon Musk et OpenAI s’est encore durci avec la révélation d’une tentative de règlement avant l’ouverture du procès à Oakland. Selon un nouveau document judiciaire, Musk aurait approché Greg Brockman, président d’OpenAI, deux jours avant le début des audiences pour sonder une sortie amiable du dossier.
Cette séquence confirme que le conflit n’est pas seulement juridique ; il est aussi symbolique. Musk et OpenAI se disputent le récit fondateur de l’entreprise, sa mission et sa légitimité à devenir une société capable de lever des capitaux tout en affirmant poursuivre un objectif d’intérêt général. Dans le monde de l’IA, ce type de contentieux peut peser autant sur la réputation que sur la stratégie.
Le dossier attire d’autant plus l’attention que Microsoft reste impliqué dans l’écosystème d’OpenAI et que le procès intervient à un moment où les géants de la tech tentent d’accélérer leurs investissements dans l’IA tout en évitant les risques de gouvernance et de dépendance stratégique.
La discussion n’a pas abouti. D’après la version rapportée par The Business Times à partir de Reuters, Brockman a proposé que les deux camps abandonnent leurs revendications. Musk aurait alors répliqué que lui et Sam Altman deviendraient « les hommes les plus détestés d’Amérique » si OpenAI persistait. Le ton donne la mesure d’un conflit qui dépasse désormais largement le simple désaccord commercial.
Au cœur du litige, Musk soutient qu’OpenAI a trahi sa mission initiale en passant d’une structure non lucrative à une organisation tournée vers le profit. Il accuse ses dirigeants d’avoir profité de sa contribution philanthropique et réclame des changements de gouvernance ainsi que 150 milliards de dollars de dommages et intérêts. OpenAI, Musk et son avocat n’ont pas répondu immédiatement aux sollicitations de Reuters.
Un procès devenu un affrontement sur l’avenir de l’IA
L’affaire est examinée à Oakland, devant la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers. Le procès a débuté le 28 avril et doit durer plusieurs semaines. Selon les éléments rapportés, un verdict pourrait intervenir à la mi-mai. Sam Altman, Greg Brockman et le directeur général de Microsoft, Satya Nadella, devraient être appelés à témoigner plus tard dans le mois.
Dans sa déposition, Musk a aussi expliqué qu’il n’avait lu que l’intitulé d’un term sheet de 2017 lié à la transition d’OpenAI vers une structure commerciale, et non les détails du document. Ce point est important : il illustre à quel point la bataille judiciaire porte autant sur des actes fondateurs et des engagements initiaux que sur la gouvernance actuelle de la société.
Pourquoi cette tentative d’accord compte
Le fait même que Musk ait cherché un compromis avant l’ouverture du procès montre que la voie judiciaire n’est pas seulement un affrontement idéologique ; c’est aussi une tentative de peser sur le rapport de force autour d’une des entreprises les plus influentes de l’IA. Mais l’épisode confirme surtout que ni Musk ni OpenAI ne semblent prêts à céder sur la question centrale : qui contrôle la direction d’un acteur devenu essentiel dans la course à l’intelligence artificielle.
Pour le public comme pour l’industrie, le dossier a pris une portée qui dépasse la rivalité personnelle entre Musk et Altman. Il pose une question très concrète sur la manière dont les champions de l’IA peuvent évoluer, lever des fonds et rester fidèles à leur mission initiale quand la pression financière, concurrentielle et juridique devient immense.