Les prix du pétrole sont restés globalement stables lundi matin, malgré l’annonce du président américain Donald Trump selon laquelle les États-Unis aideraient à faire sortir les navires bloqués du détroit d’Ormuz. Les marchés ont peu réagi, les traders estimant que ce plan avait peu de chances de résoudre rapidement la plus grave perturbation énergétique observée depuis des décennies.
Le Brent, référence internationale, évoluait quasiment à l’équilibre en début de séance. Le contrat à échéance juillet s’échangeait à 108,25 dollars le baril à 02h30 GMT, en hausse de seulement 0,08 %. Cette absence de mouvement traduit le scepticisme des opérateurs face à une initiative jugée encore trop vague pour relancer le trafic maritime dans le détroit.
Un plan américain encore flou
Dimanche, Donald Trump a assuré que Washington aiderait dès lundi à “libérer” les navires immobilisés dans le Golfe, sans fournir de détails concrets sur la manière dont l’opération serait menée. Baptisé “Project Freedom”, le dispositif reste entouré d’incertitudes, notamment sur une éventuelle escorte par la marine américaine.
Cette hypothèse avait déjà été écartée par des responsables de l’administration, qui invoquaient un manque de préparation. Pour les marchés, l’annonce présidentielle semble donc davantage relever d’un signal politique que d’une réponse immédiate au blocage du détroit d’Ormuz.
Washington et Téhéran dans une nouvelle zone de tension
Côté iranien, plusieurs responsables ont laissé entendre que Téhéran ne coopérerait pas avec le plan américain. Cette position alimente l’incertitude autour du cessez-le-feu fragile en vigueur depuis le 7 avril entre les deux camps.
Le chef de la commission de la sécurité nationale du Parlement iranien, Ebrahim Azizi, a averti dimanche que toute “ingérence américaine” dans le détroit serait considérée comme une violation de cette trêve. Ces déclarations renforcent les inquiétudes sur la possibilité d’un retour à une confrontation directe.
Le trafic maritime toujours perturbé
Dans le même temps, les signalements d’incidents en mer se sont poursuivis. L’armée britannique a indiqué lundi avoir reçu des informations faisant état d’un pétrolier touché par des “projectiles inconnus” au large des Émirats arabes unis, quelques heures après qu’un vraquier a signalé avoir été pris pour cible par plusieurs petites embarcations au large de l’Iran.
Selon UK Maritime Trade Operations, aucun membre des équipages impliqués n’a été blessé. Ces événements illustrent la persistance d’un climat de menace qui continue de peser sur les routes énergétiques de la région.
Le marché scrute surtout l’offre mondiale
Pour June Goh, analyste principale chez Sparta à Singapour, les mesures annoncées par Donald Trump semblent viser en priorité l’assistance aux marins bloqués plutôt qu’un rétablissement durable de la navigation dans le détroit. Elle estime que l’évolution des stocks mondiaux de pétrole aura davantage d’impact sur le sentiment de marché que les déclarations politiques.
“Normaliser le flux à travers le détroit d’Ormuz demandera bien plus que ce que propose Project Freedom”, a-t-elle souligné, ajoutant que la remise à niveau de l’offre pétrolière mondiale pourrait prendre plusieurs mois. Dans ce contexte, la baisse des inventaires observables exerce déjà une pression haussière sur les cours.
Un détroit stratégique sous pression
Les menaces iraniennes contre le transport maritime dans le Golfe ont réduit le trafic à une fraction de son niveau habituel en temps de paix, perturbant une part essentielle des livraisons mondiales de pétrole et de gaz naturel. Goldman Sachs estime que la fermeture effective du détroit, par lequel transite normalement environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole, ainsi que les attaques contre les infrastructures énergétiques, ont amputé la production mondiale quotidienne de 14,5 millions de barils.
Le Brent a progressé de près de 50 % depuis le début de la guerre. Selon plusieurs analystes, les prix du pétrole devraient rester élevés même après un éventuel accord de paix entre Washington et Téhéran, en raison des volumes d’énergie non déchargés, mais aussi du temps nécessaire pour sécuriser entièrement le passage et éliminer les mines iraniennes.
Les données de suivi maritime montrent par ailleurs que seuls 20 navires ont franchi le détroit mercredi, dernier jour pour lequel des chiffres étaient disponibles. Avant le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran à la fin du mois de février, la moyenne atteignait 129 passages par jour, selon les Nations unies.