Les prix du pétrole ont nettement progressé lundi, sur fond de nouvelles violences dans le détroit d’Ormuz qui ont ravivé les inquiétudes autour de la fragile trêve entre les États-Unis et l’Iran. Le Brent, référence mondiale du brut, a bondi de près de 6 % pour atteindre 114,44 dollars le baril. Mardi matin, la tendance restait ferme, avec un contrat à 113,54 dollars vers 02h00 GMT.
Cette hausse intervient après l’annonce par l’armée américaine de la destruction de six petites embarcations iraniennes, en riposte à des attaques visant des navires commerciaux dans cette voie maritime stratégique. Dans le même temps, les Émirats arabes unis ont affirmé avoir été pris pour cible par des missiles et des drones iraniens. Téhéran a cependant contesté la version américaine, un responsable militaire cité par l’agence IRNA qualifiant les accusations de « fausses ».
Pour les marchés, le message est clair : le risque d’un nouvel endommagement des infrastructures pétrolières et d’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz s’est renforcé. « Le marché intègre désormais la possibilité de dégâts supplémentaires sur les installations pétrolières et la probabilité que le détroit reste fermé au-delà du calendrier évoqué par l’administration Trump », a expliqué June Goh, analyste senior chez Sparta, à Singapour.
Le trafic maritime reste paralysé
Malgré l’annonce, lundi, de Donald Trump selon laquelle l’armée américaine allait « escorter » les navires commerciaux dans ce passage essentiel, les armateurs restent prudents. Les inquiétudes en matière de sécurité demeurent fortes, et aucune reprise significative du trafic maritime n’a été observée à ce stade.
L’armée américaine a indiqué que deux navires marchands battant pavillon américain avaient traversé le détroit dans les heures suivant le lancement de l’opération baptisée « Project Freedom ». Sur le terrain, toutefois, les compagnies maritimes hésitent toujours à s’engager dans la zone.
Le secrétaire général de la Fédération internationale des ouvriers du transport, Stephen Cotton, a estimé qu’aucun navire ne devrait être invité à franchir le détroit « sans garantie totale de sécurité ». Il a souligné que la liberté de navigation devait être rétablie dans le respect du droit international, mais de manière coordonnée, transparente et en plaçant la sécurité des marins au premier plan.
- Une garantie claire d’évacuation reste absente, selon le syndicat.
- Aucune assurance fiable n’a été donnée par l’Iran sur la sécurité du transit.
- Les armateurs et les États du pavillon sont appelés à ne pas considérer l’annonce américaine comme un feu vert.
« Ces travailleurs ont déjà enduré des semaines de peur, d’incertitude et de difficultés. Ils ne doivent pas être exposés davantage au danger », a-t-il ajouté.
Une crise maritime aux conséquences mondiales
Selon l’Organisation maritime internationale, jusqu’à 20 000 marins restent bloqués à bord de quelque 2 000 navires dans le détroit d’Ormuz. L’agence onusienne parle d’une situation sans précédent à l’ère moderne, soulignant l’ampleur du blocage.
Les Nations unies ont, elles aussi, appelé à garantir la liberté de navigation dans le détroit, estimant que sa fermeture perturbe l’acheminement du pétrole, du gaz, des engrais et d’autres produits essentiels. L’ONU met en garde contre un effet domino susceptible d’asphyxier l’économie mondiale.
Depuis le début du conflit à la fin du mois de février, le Brent a augmenté de plus de 50 %, alors que la production quotidienne mondiale souffrirait d’un manque estimé à 14,5 millions de barils. Même en cas d’accord entre Washington et Téhéran, les analystes estiment que les cours pourraient rester élevés pendant encore un certain temps.
En cause : l’accumulation de cargaisons non déchargées, les dommages subis par les infrastructures régionales et la nécessité de déminer les eaux iraniennes. June Goh anticipe même une nouvelle hausse si les pays développés commencent à puiser davantage dans leurs réserves énergétiques.
« À mesure que de nouveaux rapports sur les stocks de l’OCDE montreront des baisses importantes, nous devrions observer une tendance encore plus haussière pour le Brent », a-t-elle indiqué.