Fitch a relevé la note souveraine de l’Argentine à « B- » contre « CCC+ », une décision qui marque un tournant pour le pays après des mois d’ajustement et de réformes sous la présidence de Javier Milei. La perspective reste stable, mais le geste de l’agence signale que les marchés internationaux commencent à percevoir une amélioration plus nette des fondamentaux du pays.
Une fenêtre financière qui s’ouvre un peu plus
L’intérêt de cette décision dépasse le seul symbole. Fitch a mis en avant l’amélioration des comptes budgétaires et extérieurs, les progrès réalisés dans les réformes économiques, ainsi que de meilleures perspectives pour la reconstitution des réserves en devises. L’agence estime aussi que le gouvernement aura probablement accès à des financements pour honorer ses engagements de dette.
Pour Buenos Aires, le changement de catégorie peut faciliter l’accès à certains investisseurs institutionnels qui ne pouvaient pas, jusqu’ici, se positionner sur des titres notés CCC. José Luis Daza, secrétaire à l’économie politique du pays, a d’ailleurs salué ce qu’il a appelé un « seuil clé » franchi sur les marchés internationaux.
Les fragilités restent bien présentes
Fitch n’a pas pour autant présenté un tableau sans réserve. L’agence a rappelé que l’Argentine reste vulnérable en raison de faibles réserves internationales, d’une inflation encore élevée et d’un historique de forte instabilité macroéconomique. Elle anticipe par ailleurs un ralentissement de la croissance à 3,2% en 2026.
Même si l’inflation a reculé par rapport à ses pics, elle continue de résister dans les derniers mois, notamment sous l’effet de la dépréciation de la monnaie et de la hausse des tarifs des services publics. La croissance, elle, reste inégale et concentrée dans quelques secteurs comme l’énergie, les mines et l’agriculture.
Le pari Milei gagne du crédit, mais pas un chèque en blanc
Le relèvement de la note intervient alors que Milei a consolidé son capital politique après les élections de mi-mandat d’octobre 2025. Ce soutien a permis au gouvernement d’avancer sur des réformes structurelles, dont un programme du travail allongeant la journée de travail et une loi assouplissant les restrictions minières dans les régions glaciaires.
Autrement dit, Fitch récompense un cap économique plus lisible, mais rappelle en même temps que la normalisation reste fragile. L’Argentine sort d’une zone de défiance extrême, sans avoir encore résolu les déséquilibres qui nourrissent les doutes depuis des années. Le message des marchés est donc double: oui, le pays progresse; non, le chemin vers une crédibilité durable n’est pas terminé.