Le Goldman Environmental Prize 2026 a été attribué à six militantes de terrain venues du monde entier pour leur combat contre le dérèglement climatique, la destruction des écosystèmes et l’extension des activités extractives. Pour la première fois depuis la création du prix en 1989, les six lauréates sont des femmes, issues de Colombie, du Nigéria, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Corée du Sud, du Royaume-Uni et des États-Unis.
Surnommé parfois le « Nobel vert », ce prix distingue chaque année des activistes de base issus des six grandes régions du monde. Chacune des lauréates recevra 200 000 dollars. Pour la fondation Goldman, cette édition 2026 envoie un signal fort à un moment où les batailles environnementales se multiplient sur tous les continents.
« Alors que nous continuons à mener une lutte difficile pour protéger l’environnement et mettre en œuvre des politiques climatiques vitales, aux États-Unis comme dans le reste du monde, il est clair que de véritables leaders se trouvent tout autour de nous », a déclaré John Goldman, vice-président de la Goldman Environmental Foundation. Selon lui, les gagnantes de cette année prouvent que « le courage, le travail acharné et l’espoir » peuvent produire des avancées concrètes.
Une victoire symbolique pour six femmes engagées sur le terrain
Les six lauréates de cette édition ont en commun d’avoir affronté des intérêts industriels puissants dans des contextes souvent hostiles. Leurs combats portent sur des enjeux majeurs : la protection des forêts, la lutte contre le fracking, la défense des communautés autochtones, la résistance à des projets miniers géants et la préservation de la biodiversité.
Le jury a récompensé Iroro Tanshi pour l’Afrique, Borim Kim pour l’Asie, Sarah Finch pour l’Europe, Theonila Roka Matbob pour les îles et États insulaires, Alannah Acaq Hurley pour l’Amérique du Nord et Yuvelis Morales Blanco pour l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale. Cette diversité géographique illustre l’ampleur des pressions environnementales auxquelles sont confrontées les populations locales.
En Colombie, Yuvelis Morales Blanco a stoppé l’avancée du fracking
Parmi les lauréates, la Colombienne Yuvelis Morales Blanco s’est imposée comme l’une des figures les plus marquantes de cette édition. Âgée de 24 ans, elle a mené un combat acharné contre l’introduction du fracking commercial en Colombie, en s’opposant à certaines des plus grandes compagnies pétrolières du monde.
Issue d’une famille de pêcheurs installée sur les rives du Magdalena, dans la communauté afro-colombienne de Puerto Wilches, elle dit avoir grandi avec le fleuve comme unique repère. Son engagement a pris une nouvelle dimension après une importante marée noire en 2018, qui a provoqué le déplacement de dizaines de familles et la mort de milliers d’animaux.
Ses mobilisations ont contribué à freiner plusieurs projets et à placer le fracking au cœur du débat politique lors de l’élection présidentielle de 2022. Mais son action lui a aussi valu des pressions, des menaces et une mise à l’écart temporaire, preuve des risques encourus par les défenseurs de l’environnement dans la région.
Des victoires judiciaires contre les énergies fossiles et les grands projets industriels
Deux autres lauréates ont également concentré leurs efforts sur les énergies fossiles, au cœur de la crise climatique mondiale mais aussi de nombreuses pollutions locales. En Corée du Sud, Borim Kim, fondatrice de l’organisation Youth 4 Climate Action, a obtenu une décision historique de la Cour constitutionnelle. Celle-ci a estimé que la politique climatique du gouvernement violait les droits constitutionnels des générations futures, une première victoire judiciaire menée par la jeunesse sur le continent asiatique.
En Europe, Sarah Finch a remporté un combat judiciaire de longue haleine contre un projet de forage pétrolier dans le sud-est de l’Angleterre. Avec le Weald Action Group, elle a lutté pendant plus de dix ans contre l’exploitation pétrolière, jusqu’à obtenir en juin 2024 le « Finch ruling », une décision de la Cour suprême imposant aux autorités de prendre en compte l’impact mondial des combustibles fossiles avant d’autoriser leur extraction.
Interrogée par le Times, elle a indiqué vouloir utiliser l’argent du prix pour poursuivre son action contre les énergies fossiles. Son dossier est devenu un précédent majeur pour les militants climatiques britanniques.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Alaska, la lutte contre les dégâts miniers
Deux autres prix ont récompensé des combats menés contre les conséquences destructrices de l’exploitation minière. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, Theonila Roka Matbob a dirigé une campagne qui a conduit Rio Tinto, deuxième plus grande compagnie minière au monde, à accepter d’affronter les dommages environnementaux et sociaux causés par la mine de cuivre de Panguna.
Le site avait été fermé il y a 35 ans après un soulèvement, mais ses conséquences continuent de peser sur les communautés locales. La mobilisation menée par Roka Matbob a remis la question de la réparation au centre du débat, des décennies après l’arrêt de l’exploitation.
Aux États-Unis, Alannah Acaq Hurley, membre de la nation Yup’ik, a obtenu une victoire importante avec le soutien de 15 nations tribales. Ensemble, elles ont réussi à bloquer un gigantesque projet d’extraction de cuivre et d’or en Alaska, dans la région de Bristol Bay, qui abrite l’une des plus grandes montaisons de saumons sauvages au monde.
Au Nigéria, une découverte scientifique au service de la protection des espèces
La lauréate africaine, Iroro Tanshi, s’est distinguée par un travail de terrain essentiel dans le nord du Nigéria. Elle a redécouvert une espèce de chauve-souris menacée, la chauve-souris à feuille ronde à queue courte, et mène désormais des efforts pour protéger son habitat dans le sanctuaire faunique de la montagne Afi.
Son action vise notamment à préserver cette zone face aux incendies provoqués par l’activité humaine, qui fragilisent un écosystème déjà menacé. Dans un contexte de perte accélérée de biodiversité, son travail illustre l’importance des scientifiques et militants capables de documenter, alerter et agir à l’échelle locale.
Avec ces six distinctions, le Goldman Prize 2026 met en avant une nouvelle génération de femmes qui, chacune dans son pays, ont transformé des luttes locales en victoires d’ampleur internationale. Leurs parcours rappellent que la défense de l’environnement se joue souvent loin des sommets diplomatiques, au plus près des communautés exposées aux conséquences du changement climatique.