Le Japon et le Vietnam ont affiché samedi à Hanoï leur volonté de resserrer encore leurs relations, avec un accent particulier sur la coopération énergétique Japon Vietnam, les minerais critiques et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a rencontré son homologue vietnamien, Lê Minh Hùng, dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes commerciales.
À l’issue de l’entretien, les deux pays ont signé six accords couvrant plusieurs domaines, de l’infrastructure à l’agriculture, en passant par la coopération spatiale. Mais c’est surtout la sécurité économique qui s’est imposée comme nouvelle priorité bilatérale, un signal fort alors que Tokyo et Hanoï cherchent à réduire leurs vulnérabilités stratégiques.
« Les deux parties ont identifié la sécurité économique comme un nouveau domaine prioritaire de coopération bilatérale », a déclaré Sanae Takaichi devant la presse. Elle a également insisté sur la question des minerais critiques, en soulignant que les deux gouvernements avaient convenu de renforcer leur coordination afin de garantir des approvisionnements stables et de consolider les chaînes logistiques.
Une coopération renforcée face aux tensions régionales
Du côté vietnamien, Lê Minh Hùng a indiqué que les discussions avaient aussi permis de réaffirmer l’importance de régler les différends en mer de Chine méridionale par des moyens pacifiques, sur la base du droit international. Cette position reflète une convergence de vues avec le Japon, lui aussi préoccupé par les revendications territoriales chinoises en mer de Chine orientale et en mer de Chine méridionale.
Les deux pays tentent par ailleurs de limiter leur exposition aux perturbations commerciales liées aux États-Unis en diversifiant leurs partenariats économiques et sécuritaires. Dans ce contexte, Hanoï et Tokyo misent davantage sur une coopération fondée sur la résilience industrielle, l’énergie et l’accès aux ressources stratégiques.
Le pétrole brut au cœur des discussions
Cette relance de la coopération intervient alors que les investissements japonais au Vietnam ont fortement reculé. Selon des données du gouvernement vietnamien et des douanes, ils ont chuté d’environ 75 % sur un an pour atteindre 233 millions de dollars au premier trimestre, alors même que les échanges bilatéraux progressaient de 12,3 % sur la même période, à 13,7 milliards de dollars.
Le Vietnam cherche aussi l’appui du Japon et d’autres partenaires pour sécuriser ses approvisionnements en pétrole, dans un contexte où le conflit au Moyen-Orient fait monter les prix et perturbe les chaînes logistiques. L’enjeu est particulièrement important pour le pays, très dépendant de ses importations d’énergie pour soutenir son activité industrielle et sa croissance.
Dans le cadre de l’Initiative Power Asia, dotée de 10 milliards de dollars et destinée à renforcer l’autonomie énergétique des pays asiatiques, le Japon devrait aider à organiser des livraisons de pétrole brut pour le complexe de raffinage et de pétrochimie de Nghi Son, a précisé le responsable vietnamien.
Une visite à forte portée politique
Sanae Takaichi devait également s’entretenir samedi après-midi avec le président vietnamien Tô Lâm, qui est aussi le secrétaire général du Parti communiste vietnamien. Elle devait en outre prononcer une allocution à l’Université nationale du Vietnam, à l’occasion du dixième anniversaire de la présentation par l’ancien Premier ministre Shinzo Abe de la stratégie japonaise d’un « Indo-Pacifique libre et ouvert ».
Cette séquence diplomatique illustre la volonté des deux capitales de donner un contenu plus concret à leur partenariat. Entre sécurité économique, énergie et minerais critiques, la coopération bilatérale entre le Japon et le Vietnam s’affirme désormais comme un levier stratégique dans une région sous tension.