À mi-chemin entre le remède de grand-mère et l’astuce écolo, l’eau de cuisson du riz est souvent présentée comme une boisson aux multiples vertus. Elle serait riche en micronutriments, aiderait à mieux digérer, calmerait l’inflammation intestinale, réhydraterait en cas de diarrhée, ferait baisser la glycémie et donnerait un coup de fouet à l’organisme. Mais que vaut vraiment cette réputation ? La diététicienne-nutritionniste Alexandra Murcier fait le point sur les véritables bienfaits de l’eau de riz et sur les précautions à connaître.
Quels sont les bienfaits de l’eau de cuisson du riz ?
L’eau de cuisson du riz est souvent vantée comme une boisson « miracle ». Sur les réseaux sociaux, on lui prête de nombreuses qualités : elle serait riche en micronutriments, favoriserait la digestion, apaiserait les intestins et renforcerait même l’immunité. Pourtant, la plupart de ces promesses ne reposent sur aucune étude clinique solide.
En réalité, cette eau contient surtout de l’amidon, un peu de glucose libéré pendant la cuisson, ainsi que de petites quantités de potassium et de vitamines du groupe B. Elle n’a rien de vraiment miraculeux, et son seul intérêt clairement reconnu concerne les épisodes de diarrhée légère, grâce à la présence d’amidon.
Alexandra Murcier rappelle que ses effets « détox » ou censés booster l’immunité sont largement exagérés. L’eau de riz reste donc un remède simple, mais pas une solution nutritionnelle exceptionnelle.
Diarrhée : pourquoi boire l’eau de riz en cas de gastro-entérite ?
L’eau de cuisson du riz est un remède ancestral contre la diarrhée. Elle contient un peu d’amidon, qui exerce un effet émollient et apaisant sur les muqueuses intestinales. Surtout, cet amidon favorise l’absorption de l’eau et du sodium, ce qui peut aider à améliorer la consistance des selles.
Selon la nutritionniste, elle apporte aussi une petite quantité de minéraux, comme le potassium et le magnésium, ainsi qu’un peu de glucose issu de la cuisson, utile pour réhydrater l’organisme. Elle peut donc être intéressante en cas de diarrhée ou de gastro-entérite légère.
En revanche, elle ne remplace pas une vraie réhydratation médicale. Si les symptômes persistent, s’aggravent ou concernent une personne fragile, il faut rester vigilant.
Y a-t-il des dangers à boire de l’eau de riz ?
Le principal risque lié à la consommation d’eau de riz concerne les polluants que le riz peut contenir. Cette céréale concentre naturellement de l’arsenic inorganique, un contaminant présent dans les sols et les eaux d’irrigation. Certaines régions sont plus touchées, notamment l’Asie du Sud, les États-Unis, mais aussi la Camargue dans une moindre mesure.
Or, cet arsenic migre facilement dans l’eau de cuisson. Si l’on boit cette eau, on peut donc en ingérer une partie. Les teneurs varient selon l’origine et le type de riz, et le riz complet en contient généralement davantage, parfois jusqu’à 80 % de plus que le riz blanc.
Pour limiter le risque, Alexandra Murcier conseille de privilégier un riz issu de zones peu contaminées, idéalement certifié biologique, de bien le rincer avant cuisson et de ne pas faire de l’eau de riz une habitude quotidienne. Il faut aussi la réfrigérer rapidement après cuisson et la consommer dans les 24 à 48 heures maximum, afin d’éviter toute contamination bactérienne.
Comment faire de l’eau de riz à boire ?
La préparation de l’eau de riz est simple et ne demande que quelques gestes. Il faut choisir un riz blanc, de préférence bio et non précuit, puis le rincer soigneusement à l’eau claire pour retirer l’excès d’amidon et d’éventuels résidus.
Ensuite, on fait cuire un volume de riz dans 6 à 8 volumes d’eau, sans ajouter de sel. Le mélange doit frémir à feu doux pendant 30 à 40 minutes, jusqu’à ce que l’eau devienne légèrement trouble et plus épaisse. Il suffit alors de filtrer immédiatement, puis de laisser refroidir avant de placer la préparation au réfrigérateur.
Cette eau de riz se conserve au maximum 24 à 48 heures au frais. Elle peut être bue légèrement fraîche, à température ambiante ou tiédie, nature, ou avec une touche de cannelle, de miel ou de vanille.
Cosmétique : l’eau de riz en soin pour la peau et les cheveux
Au-delà de ses supposées vertus nutritionnelles, l’eau de riz s’est imposée comme un incontournable des routines beauté naturelles. Elle est utilisée aussi bien pour la peau que pour les cheveux, mais une nuance importante doit être faite : en cosmétique, il s’agit de l’eau de trempage du riz, et non de l’eau de cuisson.
Cette eau de trempage conserve une teneur intéressante en antioxydants. Elle est cependant moins adaptée à la consommation, car elle peut contenir des résidus de poussières, de pesticides, de moisissures ou de métaux lourds présents à la surface des grains.
Riche en amidon, en vitamines B et en antioxydants, l’eau de riz est appréciée pour ses propriétés apaisantes et adoucissantes. Elle peut calmer de légères irritations, aider à réguler le sébum et laisser un toucher plus doux sur la peau. Certaines études japonaises et coréennes suggèrent même qu’elle renforce la barrière cutanée et favorise la régénération.
Pour la peau, elle peut être utilisée en lotion tonique après le rinçage ou en compresse sur une zone irritée.
Elle est aussi intéressante pour les cheveux, car elle contient des acides aminés et de l’inositol, une molécule capable de pénétrer la fibre capillaire et d’aider à réparer les cheveux abîmés. Elle contribue également à améliorer leur brillance et leur souplesse. Cette astuce est héritée de la tradition des femmes Yao, en Chine, connues pour leur chevelure longue et brillante.
Dans ce cas, elle s’utilise comme eau de rinçage après le shampoing, tiédie et filtrée. Il convient toutefois de rester prudent : utilisée trop souvent ou mal rincée, elle peut laisser un film amidonné et alourdir les cheveux comme la peau. L’usage est donc à limiter à 1 à 2 fois par semaine maximum.