Indonésie et Japon ont signé lundi un accord de coopération en matière de défense, un nouveau signe du resserrement des alliances sécuritaires en Asie-Pacifique. Le texte doit couvrir l’industrie de défense, la formation des personnels et des mesures de prévention des catastrophes, selon Reuters.
L’annonce intervient alors que Tokyo a levé le mois dernier une interdiction de principe sur les exportations d’armes vers l’étranger, un changement important pour un pays longtemps freiné par des règles très strictes. Pour Jakarta, l’accord s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de ses capacités militaires, portée par le président Prabowo Subianto depuis son arrivée au pouvoir en 2024.
Tokyo cherche à élargir sa coopération sécuritaire
Lors de la cérémonie à Jakarta, le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, a qualifié l’accord de « boussole » et d’« étape cruciale » pour la coopération bilatérale. Reuters indique que les deux ministres ont aussi évoqué la sécurité maritime, les exercices conjoints et les technologies militaires.
Koizumi a également affirmé qu’un approfondissement de la coopération de défense entre le Japon et l’Indonésie contribuerait à la paix et à la stabilité régionales, dans un contexte international qu’il a décrit comme « de plus en plus complexe et tendu ». Le responsable japonais a cité, parmi les sujets de préoccupation, la situation au Moyen-Orient.
L’accord met en évidence l’effort de Tokyo pour se positionner davantage comme fournisseur de sécurité dans la région, alors que le pays cherche à renforcer sa base industrielle de défense et à élargir ses partenariats. La décision de permettre des ventes d’armes à l’étranger marque une inflexion importante par rapport à des décennies de restrictions.
Une Indonésie qui multiplie les partenariats sans rompre sa ligne non alignée
Du côté indonésien, l’accord est présenté comme un élément de modernisation des forces armées et de diversification des relations stratégiques. Sjafrie Sjamsoeddin a expliqué, selon Reuters, que les deux pays s’étaient entendus pour développer une coopération substantielle dans l’industrie de défense et la formation, tout en tenant compte de leurs intérêts nationaux respectifs.
Le contexte régional compte tout autant que le contenu du texte. L’Indonésie est située sur le détroit de Malacca, l’un des principaux goulets d’étranglement du commerce mondial de pétrole et de produits pétroliers, rappelle Reuters. Dans cet environnement, Jakarta cherche à préserver sa posture diplomatique de non-alignement, tout en nouant des liens plus étroits avec plusieurs puissances.
Selon l’Agence France-Presse, reprise par Asharq Al-Awsat, l’accord avec le Japon s’inscrit dans une séquence plus large : l’Indonésie a récemment conclu un pacte de défense avec les États-Unis et renforcé ses liens sécuritaires avec la France. Le même article souligne que Jakarta continue de défendre une politique étrangère « libre et active », mais qu’elle ajuste ses partenariats à un contexte géopolitique de plus en plus exigeant.
Cette approche illustre la ligne de crête suivie par l’Indonésie : rester autonome dans ses choix diplomatiques, tout en tirant parti de l’ouverture croissante du Japon à l’exportation d’équipements et de technologies militaires.
Pour Tokyo, l’accord confirme qu’un Japon plus actif sur le plan stratégique veut désormais traduire ses réformes d’exportation en partenariats concrets. Pour Jakarta, il s’agit d’un signal supplémentaire de modernisation, sans abandon de sa neutralité affichée.