Les tensions sont de nouveau montées d’un cran dans le Golfe après l’annonce par les Émirats arabes unis avoir intercepté 15 missiles et quatre drones tirés depuis l’Iran. Abou Dhabi a prévenu qu’il se réservait le droit de répondre à ces attaques qu’il a qualifiées de « perfides ». Ces frappes, survenues lundi, constituent la première attaque visant le territoire émirati depuis l’accord de cessez-le-feu conclu le 8 avril entre l’Iran et les États-Unis.
Selon les autorités émiraties, l’un des drones a provoqué un important incendie dans la zone industrielle pétrolière de Fujairah, faisant trois blessés parmi des ressortissants indiens. Les responsables ont également affirmé qu’un pétrolier vide appartenant à la compagnie pétrolière d’État avait été pris pour cible alors qu’il traversait le détroit d’Ormuz. Téhéran a, de son côté, rejeté les accusations portées contre lui.
Une vague de condamnations régionales
La réaction a été immédiate dans la région. L’Arabie saoudite a condamné avec la plus grande fermeté le ciblage par l’Iran d’infrastructures civiles et économiques aux Émirats, ainsi que d’un navire appartenant à une société émiratie. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a réaffirmé sa solidarité avec Abou Dhabi et demandé à la République islamique de cesser ces attaques.
Le Qatar a lui aussi dénoncé des frappes « flagrantes » contre la souveraineté émiratie et une menace sérieuse pour la sécurité et la stabilité régionales. Doha a exprimé sa pleine solidarité avec les Émirats et son soutien à toutes les mesures prises pour préserver leur souveraineté, leur sécurité et leur intégrité territoriale.
Au Koweït, le ministère des Affaires étrangères a fustigé une « agression répréhensible » visant un tanker émirati et l’usage de drones, dénonçant une menace directe pour la navigation dans le détroit d’Ormuz. L’émirat a estimé qu’il s’agissait d’une violation claire du principe de liberté de navigation et a appelé à un arrêt immédiat de toute escalade.
Bahreïn et Jordanie appellent à une riposte politique
Bahreïn a également condamné ce qu’il a qualifié d’« attaques terroristes iraniennes », y voyant une escalade dangereuse pour la sécurité régionale. Manama a soutenu les Émirats dans les mesures qu’ils décideront de prendre et a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter des positions fermes face à ces attaques répétées.
En Jordanie, le ministre des Affaires étrangères Ayman Safadi s’est entretenu avec son homologue émirati Abdullah ben Zayed Al Nahyan. Il a réaffirmé la solidarité absolue d’Amman avec les Émirats, jugeant ces frappes dangereuses pour leur sécurité, leur stabilité et l’intégrité de leur territoire, tout en les qualifiant de violation manifeste du droit international et de la Charte des Nations unies.
L’Europe et l’Amérique du Nord se rangent aux côtés d’Abou Dhabi
En Europe, le chancelier allemand Friedrich Merz a fermement condamné les attaques iraniennes et exprimé sa solidarité avec le peuple émirati. Il a appelé Téhéran à revenir à la table des négociations, à cesser de prendre la région et le monde en otage et à mettre fin à toute menace dans le détroit d’Ormuz.
Le Canada a adopté le même ton. Le bureau du premier ministre Mark Carney a dénoncé des frappes « non provoquées » contre les Émirats arabes unis et réaffirmé le soutien d’Ottawa au peuple émirati. Le gouvernement canadien a également insisté sur la nécessité de protéger les civils et les infrastructures civiles, tout en appelant à la désescalade et à la diplomatie.
À Paris, Emmanuel Macron a condamné des frappes « injustifiées et inacceptables », assurant que la France continuerait à soutenir ses alliés aux Émirats et dans la région. Londres a tenu un discours similaire : le premier ministre britannique Keir Starmer a dénoncé l’attaque et exhorté l’Iran à engager des discussions pour éviter toute nouvelle montée des tensions.
Bruxelles, le CCG et les capitales du Golfe renforcent la pression sur Téhéran
Le Conseil de coopération du Golfe a qualifié l’attaque visant le tanker émirati d’atteinte grave à la sécurité maritime. Son secrétaire général a dénoncé une forme de piraterie et d’extorsion mettant en danger les voies de navigation et les détroits stratégiques, tout en exprimant son soutien total à toute mesure prise par Abou Dhabi.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a elle aussi condamné les frappes, les jugeant contraires au droit international et à la souveraineté des Émirats. Elle a souligné que la sécurité du Golfe a des conséquences directes pour l’Europe et appelé à une coordination étroite avec les partenaires européens pour contenir l’escalade et relancer une sortie diplomatique.
Pour les capitales occidentales et arabes, l’enjeu dépasse désormais le seul cas émirati. Tous insistent sur le risque d’embrasement autour du détroit d’Ormuz, artère essentielle du commerce pétrolier mondial, et sur la nécessité d’éviter que ces attaques ne fassent dérailler davantage la fragile accalmie régionale.