Les journalistes du groupe Infopro Digital, qui édite des titres emblématiques comme L’Usine nouvelle, Le Moniteur ou la Gazette des communes, ont voté une grève ce mercredi 6 mai 2026 pour protester contre un plan de réorganisation prévoyant la suppression de 19 postes de secrétaires de rédaction, remplacés par un outil d’intelligence artificielle baptisé « Digi ».
19 journalistes remplacés par l’IA « Digi »
L’annonce, faite lundi 4 mai en comité social et économique (CSE), a provoqué une onde de choc au sein d’un groupe qui compte 26 titres de presse professionnelle. L’outil d’IA interne, développé par le groupe, est appelé à remplacer les secrétaires de rédaction chargés de vérifier, améliorer et mettre en page les articles avant publication. En contrepartie, la direction a annoncé la création de cinq nouveaux postes de « chefs d’édition », dont la mission sera de « travailler avec l’intelligence artificielle sur un total de 26 titres ».
Les secrétaires de rédaction visés par le projet pourront postuler à ces nouvelles fonctions, ainsi qu’à des postes de maquettistes, d’iconographes ou de rédacteurs spécialisés. Mais pour les syndicats, cette réorganisation est « totalement improvisée ».
Une rentabilité record qui interroge
Le plan social intervient dans un contexte financier pourtant florissant. Selon les organisations syndicales — SNJ, SNJ-CGT, FO, Unsa et CFDT — le groupe affiche des « résultats exceptionnels ». En 2024, Groupe Moniteur et Gisi, les deux principales entités d’Infopro Digital, ont réalisé un bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (Ebitda) de 38,4 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 141,6 millions d’euros, soit une marge de 27,1 %.
« Ce projet de réorganisation est totalement improvisé. Ce plan n’est viable ni humainement ni techniquement ni, surtout, journalistiquement. C’est une insulte à l’intelligence des lectrices et des lecteurs de nos titres professionnels », dénoncent les syndicats dans un communiqué commun.
La direction muette, les salariés mobilisés
Sollicitée par l’AFP, la direction d’Infopro Digital, groupe contrôlé par le fonds d’investissement anglo-saxon TowerBrook, n’a pas souhaité faire de commentaire. Selon les syndicats, la direction invoquerait la « baisse des tirages papier » pour justifier ces suppressions, tout en ayant « elle-même contribué à fragiliser les titres en réduisant les moyens de production ».
Ce n’est pas la première fois que l’intelligence artificielle suscite des tensions au sein du groupe : les élus des CSE de Groupe Moniteur et Gisi avaient déjà assigné l’entreprise en justice l’an dernier pour l’obliger à ouvrir une procédure d’information-consultation sur l’utilisation de l’IA générative. Une situation qui fait écho aux débats agitant actuellement la rédaction de L’Équipe, où les syndicats ont également appelé à une journée de grève reconductible pour protester contre la « mise en place d’outils IA sans consultation des salariés ».