C’est sous le regard de dizaines d’enfants réunionnais déracinés, aujourd’hui adultes et installés dans les tribunes, que Karine Lebon, députée de La Réunion et représentante du groupe GDR (communistes et ultramarins), a plaidé pour la proposition de loi dans l’hémicycle, les larmes à peine contenues.
Le texte prévoit la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée nationale d’hommage le 18 février et l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire. « Le choix d’ouvrir un droit à réparation n’est pas une consolation mais une reconnaissance nationale », a déclaré Karine Lebon. « Réparer ne signifie pas tourner la page, mais rendre ce qui peut l’être. »
Entre 1962 et 1984, 2 015 mineurs ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux. Cette politique, officiellement destinée à faire face au doublement de la population réunionnaise sur trente ans et à repeupler des zones rurales, a été largement documentée.
« Pour nous apaiser », explique Karine Lebon. « On leur disait : votre enfant reviendra vous voir tous les ans et il sera avocat, médecin, pilote. Évidemment, il n’en était pas question. »
Arrachés à leur famille et à leur île, ces enfants ont été confrontés à un choc culturel, linguistique et climatique, selon le rapport de la commission des affaires sociales, qui souligne que beaucoup ont subi maltraitances et humiliations, certains ayant aussi connu un changement d’état civil et ignorant encore leur vrai nom.
Marie-Germaine Périgogne est citée comme exemple; elle grandit dans les tribunes sous une identité différente, retirée de son île à l’âge de trois ans pour l’Hexagone; placée en pouponnière, en famille d’accueil, adoptée à sept ans par une famille creusoise qu’elle dit aimer mais qui lui a caché sa véritable identité; c’est à l’adolescence, en explorant des papiers, qu’elle découvre son véritable nom. Son état civil avait été modifié.