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    Le projet de loi forestier du Québec abandonné mais le danger persiste

    Canada, Québec

    Le gouvernement populiste de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a annoncé l’abandon du projet de loi 97, une législation controversée visant à augmenter massivement l’extraction de bois dans les forêts de la province. Cet épisode met toutefois en lumière des priorités politiques qui restent préoccupantes pour les défenseurs de l’environnement et des droits autochtones. La menace ne disparaît pas avec le retrait officiel du texte : une nouvelle proposition de réforme forestière Québec pourrait réapparaître sous une forme similaire ou plus coercitive.

    Quand la mobilisation transversale l’emporte

    Le projet de loi 97 prévoyait de réserver au moins un tiers des forêts du Québec à l’exploitation industrielle exclusive, d’ouvrir un autre tiers à l’exploitation tout en autorisant d’autres usages, et de conserver le dernier tiers pour la protection. Dès son dépôt, l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) a rejeté le texte, affirmant que ses recommandations issues d’un an de consultations avaient été ignorées (voir https://www.aptnnews.ca/national-news/opposition-grows-to-proposed-forestry-bill-in-quebec/).

    Pour les Nehirowisiw (Atikamekw), le projet menaçait Nitaskinan — leur territoire ancestral — et risquait d’entraîner une érosion profonde de leurs liens culturels avec les animaux, les plantes et les cours d’eau. Face à cette menace, des communautés Innu, Abénaquise et Anishinaabe se sont jointes aux Nehirowisiw pour former l’alliance MAMO, « ensemble » en langues nehirowisiw et innu.

    La résistance a pris plusieurs formes :

    • Érection de tipis comme symbole de résistance et de solidarité.
    • Envoi d’avis d’expulsion à 11 entreprises forestières opérant sans consentement.
    • Blocus routiers, manifestations et actions directes sur le terrain.
    • Mobilisation de la société civile : groupes environnementaux, biologistes, pourvoyeurs, syndicats et étudiants ont exprimé leur opposition.

    Quelques jours avant l’abandon du projet, l’APNQL, des syndicats représentant 20 000 travailleurs forestiers et des groupes environnementaux avaient co-signé une déclaration publique qualifiant la loi « d’inacceptable », rendant difficile pour le gouvernement de jouer la carte du conflit intercommunautaire.

    Le danger du « bulldozer environnemental »

    Le débat autour de la loi 97 a mis en lumière une logique que l’on peut qualifier de « bulldozer environnemental » : l’idée que détruire ou réorganiser la nature massivement pourrait conduire à un bénéfice écologique. Cette rhétorique a servi à justifier des mesures d’ouverture intensive des forêts.

    La ministre des Ressources naturelles et des Forêts de la CAQ, Maïté Blanchette Vézina, a avancé que l’exploitation intensive dans certaines zones favoriserait le stockage de carbone et « vaccinerait » les forêts contre les effets du climat (voir https://www.facebook.com/reel/4055896064733043). Ces affirmations vont à l’encontre d’études récentes montrant que les forêts matures et anciennes stockent beaucoup plus de carbone par hectare que les forêts jeunes (voir https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S000632072500151X#:~:text=Logging%20MOG%20forests%20emits%20large,et%20al.%2C%202022).

    Au-delà du débat scientifique, le projet révélait une conception coloniale et extractive du territoire, où la forêt est réduite à une ressource économique et fragmentée en zones à instrumenter pour la production. Cette approche est en profonde contradiction avec les savoirs autochtones qui conçoivent le territoire comme un tout interconnecté.

    Des textes similaires émergent ailleurs au Canada :

    • En Ontario, le projet de loi dit « Protect Ontario by Unleashing our Economy » (Bill 5) vise à accélérer des projets miniers et à affaiblir les protections environnementales et les droits autochtones (voir https://ecojustice.ca/news/ontarios-special-economic-zones-a-blank-cheque-for-environmental-harm/).
    • Au plan fédéral, le projet Bill C-5 propose des mécanismes pour accélérer des grands projets en contournant certaines protections environnementales.

    Ces initiatives suivent une logique de « construire à tout prix » qui attribue aux industries privées un pouvoir accru sur l’exploitation des terres publiques, souvent au détriment des consultations sérieuses, des évaluations environnementales et des jugements juridiques antérieurs.

    Préparer le retour possible de Bill 97

    La célébration de l’abandon du projet serait prématurée. Un nouveau texte de réforme forestière Québec est attendu dans l’année, et il pourrait proposer des mesures équivalentes ou plus sévères. C’est pourquoi la vigilance et l’organisation doivent se poursuivre.

    Les priorités d’action recommandées par les groupes mobilisés sont claires :

    • Retirer définitivement toute proposition de zonage prioritaire permettant l’exploitation intensive par l’industrie.
    • Mettre en place une gestion forestière véritablement collaborative impliquant des coalitions indépendantes d’Autochtones, d’écologistes, de syndicats et d’acteurs ruraux.
    • Interdire l’exploitation dans les habitats sensibles identifiés pour des espèces menacées, comme le caribou forestier.
    • Reconnaître et prioriser les droits territoriaux ancestraux des communautés autochtones dans la gestion des forêts.

    Une réforme responsable n’exclut pas l’exploitation du bois : elle exige des pratiques durables qui assurent la régénération et la résilience des écosystèmes forestiers, tout en répondant aux besoins économiques et climatiques de la société.

    Principes pour une réforme forestière durable

    Pour éviter que le débat ne reparte sur de mauvaises bases, il convient d’inscrire la réforme forestière Québec dans quelques principes structurants :

    • Respect des droits et de l’autodétermination des peuples autochtones.
    • Intégration des savoirs traditionnels et des sciences écologiques pour la planification territoriale.
    • Transparence des décisions et des mécanismes de consultation, sans gag orders ni contournement des évaluations environnementales.
    • Protection prioritaire des forêts matures et des corridors écologiques essentiels à la biodiversité et au stockage du carbone.

    En période de crises écologiques — incendies, changements climatiques et extinction massive — la gestion des forêts doit être pensée comme un soin du territoire, non comme une simple conversion en richesse matérielle. La politique forestière doit refléter cette priorité si l’on veut préserver les écosystèmes et les modes de vie qui en dépendent.

    source:https://www.aljazeera.com/opinions/2025/10/28/quebecs-disastrous-forest-reform-bill-was-killed-but-the-threat-remains

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