Les États-Unis ont mis en pause une vente d’armes à Taïwan d’une valeur de 14 milliards de dollars afin de préserver leurs stocks de munitions, dans un contexte de tensions militaires liées à leur confrontation avec l’Iran. L’information a été confirmée jeudi devant des sénateurs américains par le secrétaire par intérim à la Marine, Hung Cao.
Cette annonce intervient une semaine après que le dossier a été évoqué au plus haut niveau entre le président américain Donald Trump et le dirigeant chinois Xi Jinping, lors de leurs discussions à Pékin. Selon Hung Cao, l’administration cherche d’abord à s’assurer que les besoins opérationnels des forces américaines sont couverts avant d’autoriser de nouvelles livraisons à l’étranger.
« En ce moment, nous faisons une pause pour nous assurer que nous avons les munitions nécessaires pour Epic Fury, ce que nous avons en quantité suffisante », a déclaré Hung Cao devant une sous-commission des crédits du Sénat chargée de la défense. Il a ajouté que les ventes militaires à l’étranger reprendraient lorsque l’administration jugera le moment opportun.
Le responsable américain a précisé que toute décision d’aller de l’avant dépendrait du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et du secrétaire d’État, Marco Rubio. Si elle est validée, cette opération deviendrait la plus importante vente d’armes jamais consentie à Taïwan par Washington.
Le paquet d’armement a été approuvé par le Congrès américain en janvier, mais il nécessite encore l’aval de Donald Trump pour entrer en vigueur. En cas de feu vert, il dépasserait le précédent record établi en décembre, lorsque le président américain avait autorisé un contrat de 11 milliards de dollars pour l’île.
Du côté taïwanais, le Premier ministre Cho Jung-tai a affirmé vendredi que l’île continuerait à poursuivre ses achats d’armes, selon des médias locaux. À Taipei, cette suspension alimente toutefois les interrogations sur la solidité du soutien américain dans un contexte régional déjà tendu.
William Yang, analyste principal pour l’Asie du Nord-Est au Crisis Group, a estimé que cette pause allait « accentuer l’anxiété et le scepticisme concernant le soutien américain à Taïwan » et compliquer la demande de nouveaux budgets de défense par le gouvernement taïwanais dans un avenir proche.
Donald Trump a confirmé avoir discuté de cette vente d’armes avec Xi Jinping. Dans une interview accordée à Fox News la semaine dernière, il a indiqué qu’il « pourrait » ou « pourrait ne pas » approuver le paquet, laissant planer l’incertitude sur la suite du dossier.
Le président américain a également évoqué la possibilité d’utiliser ce contrat comme un « levier de négociation », une position qui s’éloigne d’une pratique diplomatique ancienne consistant à ne pas consulter Pékin sur les ventes d’armes à Taïwan. Pékin considère en effet l’île comme une partie intégrante de son territoire et s’oppose systématiquement aux soutiens militaires américains à Taipei.
Les États-Unis ne reconnaissent pas officiellement Taïwan, mais restent liés par le Taiwan Relations Act de 1979, qui les engage à aider l’île à se défendre après la rupture des relations diplomatiques avec Taipei. Dans ce cadre, l’administration Trump continue de tester les limites du statu quo.
Le président américain a ainsi déclaré plus tôt cette semaine qu’il envisagerait de s’entretenir avec le président taïwanais William Lai Ching-te au sujet de cette vente d’armes. Une telle conversation marquerait une rupture avec quatre décennies de protocole diplomatique et provoquerait très probablement une réaction ferme de la Chine.
