Le retour de la pluie a rendu des couleurs aux campagnes marocaines, mais il n’a pas effacé la fragilité économique du moment. Dans la région de Marchouch, au sud de Rabat, l’AFP rapporte que des agriculteurs qui espéraient enfin une récolte de rebond après des années de sécheresse voient déjà leurs marges se contracter sous l’effet d’une nouvelle flambée du diesel et des engrais. Le paradoxe est brutal: l’eau est revenue, la perspective d’une bonne campagne céréalière aussi, mais la guerre au Moyen-Orient et les tensions logistiques autour du détroit d’Ormuz renchérissent à nouveau le coût de produire.
Une campagne qui promettait de relancer le secteur
Le dossier publié par France 24, qui reprend une enquête de terrain de l’AFP, décrit un pays où l’agriculture reste centrale pour l’emploi et pour l’équilibre social rural. Après sept années de sécheresse, les pluies observées pendant l’hiver ont ravivé l’idée d’une vraie respiration. Les champs autour de Marchouch ont reverdi, les tracteurs sont revenus dans les parcelles et les exploitants ont recommencé à préparer la récolte dans un climat bien plus favorable que l’an dernier.
Cet espoir n’est pas seulement visuel. Des projections relayées mi-mai par Morocco World News, sur la base d’éléments attribués à l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses, évoquaient une campagne céréalière autour de 90 millions de quintaux, soit un niveau nettement supérieur à celui de l’exercice précédent. L’idée d’un rebond agricole de l’ordre de 15 % a aussi circulé ces dernières semaines, signe qu’une partie des acteurs publics et privés misait réellement sur une saison de réparation après la longue séquence de stress hydrique.
Le choc des intrants annule une partie du soulagement
C’est précisément au moment où les producteurs recommencent à investir dans leurs terres que la facture se tend. Selon l’AFP, les perturbations maritimes liées à la crise régionale ont fait remonter les coûts du carburant et compliqué l’approvisionnement en engrais. Un agriculteur interrogé sur place explique que son poste diesel est passé d’environ 1 200 dirhams à 1 800 dirhams par hectare pour faire tourner son tracteur. Pour une exploitation moyenne, ce type de variation ne relève pas du détail comptable: il change la rentabilité de la campagne avant même la vente des premiers volumes.
Le problème dépasse le seul cas marocain. Dans une note publiée au printemps, la CNUCED soulignait déjà que les perturbations sur les chaînes de gaz, de grain et d’engrais pouvaient rapidement transmettre un choc énergétique aux systèmes alimentaires. Autrement dit, même lorsqu’une saison agricole s’améliore sur le terrain, la facture logistique et chimique peut effacer une partie du bénéfice. Le Maroc se retrouve aujourd’hui dans cette zone grise: la météo s’améliore, mais les intrants racontent une autre histoire.
Un enjeu social et budgétaire bien plus large que la seule récolte
L’agriculture emploie environ un quart de la population active du pays selon les chiffres rappelés par l’AFP. Quand les coûts montent au moment des semis, de l’entretien ou des travaux de récolte, la pression ne s’arrête pas aux fermes. Elle peut peser sur les revenus ruraux, sur les prix alimentaires, sur les besoins de soutien public et sur l’investissement dans la campagne suivante. C’est ce qui rend cette séquence particulièrement sensible: une bonne pluviométrie crée un espoir macroéconomique, mais la hausse des charges menace d’en redistribuer les gains de manière très inégale.
Pour Rabat, le dossier devient donc double. Il faut profiter du retour de la production après la sécheresse, tout en surveillant les effets importés d’une crise géopolitique extérieure sur les carburants, les fertilisants et les marges agricoles. La récolte 2026 pourrait rester meilleure que la précédente, mais son rendement économique réel dépendra de la durée des tensions sur les transports et de la capacité des exploitants à absorber le surcoût sans réduire leurs achats essentiels.
Une embellie réelle, mais encore très vulnérable
Le Maroc n’est donc pas face à une simple bonne nouvelle agricole ni à une crise entièrement noire. La situation est plus nuancée: les pluies ont rouvert une fenêtre de reprise, mais cette fenêtre peut se refermer si les prix de l’énergie et des engrais restent durablement élevés. Pour les agriculteurs interrogés par l’AFP, la campagne a cessé d’être un soulagement pur pour devenir un pari. Pour les autorités, elle restera un test de résilience économique autant qu’une question de météo.
