Tout le monde connaît l’histoire du Titanic, l’opulent paquebot britannique qui a heurté un iceberg et a sombré. Mais il est probable que vous n’ayez jamais entendu parler du Cap Arcona, la version allemande du Titanic. Avant la Seconde Guerre mondiale, le navire était un paquebot de croisière pour les riches. À la fin de la guerre, les nazis l’avaient transformé en un camp de concentration flottant. Chargé de prisonniers, le Cap Arcona était ancré dans la baie de Lübeck, en mer Baltique, lorsque une attaque aérienne, quelques heures avant la libération, a tué presque tout le monde à bord. Le chemin improbable du navire, passant de croisière de luxe à piège mortel, est l’une des histoires de guerre les plus horribles et les moins connues que nous ayons rencontrées.
Un lieu de mémoire
Les jours ensoleillés, la côte balte allemande semble idyllique. Mais cette beauté masque une horreur inimaginable, gravée dans la mémoire locale et sur ce marqueur en bord de mer portant le nom de Cap Arcona ainsi que les mots allemands pour peur, panique et chagrin.
Bill Niven, historien britannique, a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude de l’Holocauste. Nous l’avons rencontré à la baie de Lübeck, où le souvenir du Cap Arcona et d’un plus petit cargo bombardé le 3 mai 1945 hante toujours cette côte.
« C’est si calme, si paisible. Et pourtant là-bas, c’est un cimetière. Vous pouvez venir dans un endroit comme celui-ci et sentir le poids de l’histoire », déclare-t-il.
Les victimes et la commémoration
Chaque année, à l’anniversaire de l’attaque, une cérémonie solennelle est organisée sur ce site pour se souvenir de ceux qui ont péri et de ceux qui ont souffert. Bruno Neurath-Wilson est venu honorer son père, Willi, un prisonnier politique détenu sur le Cap Arcona. Seuls environ 400 prisonniers ont survécu à l’attaque, y compris le père de Bruno.
« Quand nous allons à l’endroit où le Cap Arcona a coulé, j’essaie d’imaginer ce qui s’est passé. Je ne peux vraiment pas imaginer ce qui s’est passé sur le navire », confie-t-il.
Un passé glorieux
Personne n’aurait pu imaginer cette fin pour le Cap Arcona. Lancé avec grande pompe en 1927, le navire est devenu connu comme la « Reine de l’Atlantique », transportant des passagers fortunés d’Europe vers l’Amérique du Sud en deux semaines. « C’était l’un des plus beaux navires que les Allemands avaient, avec son propre court de tennis et une piscine chauffée », explique Bill Niven.
Mais en 1933, l’Allemagne a connu un tournant avec l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler. En 1939, alors que les troupes allemandes envahissaient la Pologne, les nazis ont réquisitionné le Cap Arcona pour servir de caserne flottante en mer Baltique.
Conditions de détention
Des milliers de prisonniers ont été envoyés à la position de défense nazie de la baie de Lübeck. « Il y a un ordre de Himmler selon lequel aucun prisonnier ne doit être remis en vie à l’ennemi », explique Niven. « Se débarrasser de preuves significait se débarrasser d’êtres humains. » Les conditions étaient terribles, avec peu de nourriture et aucune installation sanitaire. Les prisonniers étaient entassés à bord du Cap Arcona.
Le drame du 3 mai 1945
Le 3 mai 1945, alors que les forces alliées se rapprochaient, le Cap Arcona était devenu un cimetière flottant. « Les Britanniques sont venus libérer ces prisonniers et ont fini par en tuer des milliers », déclare Niven. Environ 7 000 prisonniers ont péri lorsque les navires ont été bombardés dans la baie. Sur les plus de 4 000 personnes à bord du Cap Arcona, seuls environ 400 ont survécu.
Les survivants ont raconté l’horreur qu’ils ont vécue au cours de cette tragédie. Bill Niven cite des témoignages glaçants de ceux qui ont été emportés par les flammes et ceux qui ont lutté pour survivre dans cette mer de désespoir.
Un héritage durable
Le Cap Arcona a coulé dans la baie de Lübeck, et l’histoire de sa tragédie est peu connue au-delà de cette côte balte. Chaque année, le 3 mai, les familles des victimes et des survivants naviguent vers le site où le navire a été bombardé. Elles désirent que le monde se souvienne de cette tragédie oubliée.