L’Érythrée fait son retour dans les qualifications de la Coupe d’Afrique des Nations après 18 ans d’absence, mercredi à Meknès, où elle affronte l’Eswatini lors du premier acte du tour préliminaire en vue de l’AFCON 2027. La rencontre se déroulera au Stade d’Honneur, d’une capacité de 20 000 places, déplacée au nord de l’Afrique en raison de l’absence d’un stade aux normes internationales dans le pays hôte.
Le match retour est prévu le 31 mars et le vainqueur sur l’ensemble des deux rencontres se qualifiera pour la phase de groupes, qui, à partir de septembre, prendra la forme de 12 mini-poules de quatre équipes chacune. Cette participation marque une reprise officielle pour l’équipe nationale, surnommée les « Chameaux de la Mer Rouge », qui n’a plus disputé la compétition depuis un nul lors des éliminatoires 2008.
Retour après une longue mise à l’écart
Les responsables du football érythréen n’ont jamais fourni d’explication officielle sur leur absence des neuf éditions suivantes, mais il est largement admis que de nombreux joueurs ont profité des déplacements à l’étranger pour demander l’asile. Selon des estimations des Nations unies, quelque 80 footballeurs et entraîneurs auraient déserté, invoquant la répression politique et un service militaire prolongé comme motifs principaux.
Depuis son indépendance de l’Éthiopie en 1993, le pays est dirigé par Isaias Afwerki ; les organisations de défense des droits humains qualifient régulièrement son régime de « fortement répressif ». Avant la CAN 2025, le président de la Fédération érythréenne, Paulos Andemariam, avait annoncé que l’isolement touchait à sa fin et confirmé l’inscription pour les éliminatoires 2027, soulignant l’ambition de compter sur de nombreux joueurs évoluant hors d’Afrique.
Encadrement et effectif
Le sélectionneur local Ermias Tewelde a récemment cédé sa place au technicien Hesham Yakan, ancien défenseur du prestigieux club du Caire, Zamalek, et membre de l’équipe d’Égypte lors de la Coupe du monde 1990. Ce changement traduit la volonté de la Fédération de renforcer l’encadrement en vue d’un retour sur la scène continentale.
La liste des 24 sélectionnés comprend dix joueurs évoluant dans le championnat national et une majorité disputant leurs matches à l’étranger. Parmi les pays représentés figurent l’Australie, l’Égypte, l’Angleterre, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, les Philippines et la Suède.
- Angleterre : Siem Eyob-Abraha, en prêt au club de Sheffield United (D2 anglaise), ancien du centre de formation de Manchester United.
- Égypte : Ali Sulieman, attaquant performant en championnat égyptien.
Points forts et inquiétudes
Yakan devrait aligner Eyob-Abraha et Ali Sulieman en attaque ; il loue les qualités de Sulieman, « un attaquant rapide, gaucher, qui marque régulièrement en Égypte et sait aussi faire briller ses coéquipiers ». Ces éléments représentent des atouts techniques notables pour une sélection qui a longtemps été coupée des compétitions officielles.
Cependant, le manque de rythme international constitue une incertitude majeure. Le dernier match compétitif de l’Érythrée remonte à une défaite lors des qualifications pour la Coupe du monde en Namibie, il y a sept ans, et cette inactivité a conduit la FIFA à retirer le pays du classement mondial des équipes nationales.
L’adversaire : Eswatini
De son côté, l’Eswatini, jamais parvenu à se qualifier pour la phase finale en seize tentatives, vient avec une formation remaniée. Sifiso Ntibane a succédé au Croate Zdravko Logarušić après une campagne décevante lors des éliminatoires du Mondial 2026.
Le technicien a retenu 13 joueurs locaux et sept évoluant en Afrique australe (Afrique du Sud, Zambie, Zimbabwe). Il s’agira du troisième affrontement officiel entre les deux sélections ; les deux précédents, lors des qualifications 2008, s’étaient soldés par un score vierge à chaque fois.
Contrainte logistique et contexte des éliminatoires
Outre ce duel, cinq autres ties préliminaires sont au menu, avec des complications récurrentes liées aux infrastructures. Djibouti, les Seychelles, le Lesotho et Sao Tomé-et-Principe ne peuvent pas recevoir à domicile faute de stades conformes aux exigences internationales.
Pour sa part, la Somalie a dû renoncer à accueillir Maurice pour des raisons de sécurité : le premier match a été déplacé à Maputo, la capitale du Mozambique. Enfin, le tournoi final de 2027 sera coorganisé par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, les dates officielles restant à confirmer.