L’apnée obstructive du sommeil perturbe l’anatomie des voies respiratoires supérieures pendant la nuit. Les personnes concernées ronflent souvent bruyamment, respirent de façon irrégulière et peuvent se réveiller brusquement à plusieurs reprises. À long terme, ce trouble du sommeil favorise une fatigue chronique et augmente le risque d’hypertension artérielle, d’accident vasculaire cérébral, de maladie cardiaque et de diabète de type 2.
Un rituel ancien étudié comme piste thérapeutique
Parce que cette maladie touche une part importante de la population, entre 4 et 10 % en France, des chercheurs du monde entier explorent de nouvelles solutions. Une étude récemment publiée dans la revue EHJ Open Research suggère qu’une pratique ancienne pourrait aider à réduire les symptômes de l’apnée du sommeil : souffler régulièrement dans une conque pendant six mois.
Ce geste s’inscrit dans des traditions maritimes et spirituelles très anciennes. Dans les cultures polynésiennes et océaniennes, la conque servait notamment à annoncer l’arrivée d’un bateau. Elle occupe aussi une place rituelle et religieuse en Inde et au Tibet, où le shankha est considéré comme un objet sacré utilisé lors de prières hindoues ou bouddhistes.
Une étude menée auprès de 30 patients atteints d’AOS
Les chercheurs ont suivi 30 patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil modérée, âgés de 19 à 65 ans. Entre mai 2022 et janvier 2024, les volontaires ont passé une nuit sous surveillance, puis ont répondu à des questions sur la qualité de leur sommeil et leur somnolence dans la journée.
Les participants ont ensuite été répartis au hasard en deux groupes :
- 16 patients se sont entraînés à souffler dans une conque ;
- 14 patients ont pratiqué un exercice de respiration profonde.
Chaque groupe devait s’exercer à domicile cinq jours par semaine, pendant au moins 15 minutes. Six mois plus tard, les volontaires ont été réévalués pour comparer les effets des deux pratiques.
Moins de somnolence et moins d’épisodes d’apnée
Les résultats ont été jugés encourageants. Par rapport au groupe ayant pratiqué la respiration profonde, les participants qui soufflaient régulièrement dans une conque se montraient 34 % moins somnolents pendant la journée et déclaraient mieux dormir.
Un examen nocturne a également montré une réduction de quatre à cinq épisodes d’apnée par heure. Leur niveau d’oxygène dans le sang pendant la nuit était aussi plus élevé, un point particulièrement important dans la prise en charge de l’apnée du sommeil.
Pourquoi le souffle dans la conque pourrait agir sur les voies respiratoires
Le Dr Krishna K Sharma, du Eternal Heart Care Centre and Research Institute de Jaipur, en Inde, explique que cette piste est née d’observations cliniques. Plusieurs patients lui auraient confié se sentir plus reposés et moins symptomatiques après avoir pratiqué le soufflage de shankh, un exercice de respiration yogique traditionnel consistant à expirer à travers une conque.
Selon elle, la méthode est particulière : elle associe une inspiration profonde à une expiration puissante et prolongée à travers des lèvres serrées. Ce mécanisme crée de fortes vibrations et une résistance au flux d’air, ce qui pourrait renforcer les muscles des voies respiratoires supérieures, notamment la gorge et le palais mou, zones qui s’affaissent souvent pendant le sommeil chez les personnes atteintes d’AOS.
La spécialiste ajoute que la structure spirale unique de la conque pourrait aussi produire des effets acoustiques et mécaniques spécifiques, capables de stimuler davantage ces muscles.
Une alternative simple pour les patients sous appareil nocturne
Aujourd’hui, de nombreux patients diagnostiqués avec une apnée du sommeil doivent dormir avec une machine qui envoie de l’air à travers un masque facial afin de maintenir les voies respiratoires ouvertes. Ce traitement reste efficace, mais il est souvent perçu comme contraignant au quotidien.
Dans ce contexte, le soufflage de conque apparaît comme une solution simple, peu coûteuse et potentiellement prometteuse. Les chercheurs souhaitent désormais lancer un essai sur un plus grand nombre de patients, dans plusieurs hôpitaux, afin d’étudier plus précisément son effet sur le tonus des muscles respiratoires, les niveaux d’oxygène et la qualité du sommeil.
D’autres pistes pour mieux traiter l’apnée du sommeil
Cette étude s’inscrit dans un ensemble de recherches récentes sur de nouvelles approches contre l’AOS. Des scientifiques ont aussi dévoilé des résultats encourageants sur une pilule appelée AD109, composée d’atomoxétine et d’aroxybutynine. Cette association vise à stimuler les muscles respiratoires, à limiter les obstructions et à améliorer l’oxygénation pendant la nuit, même si ses effets secondaires doivent encore être surveillés.
En septembre 2024, une autre étude présentée lors du congrès de la Société européenne de pneumologie à Vienne avait mis en avant les bienfaits du sulthiame, un médicament déjà utilisé contre l’épilepsie, dans la prise en charge des symptômes de l’AOS.
Enfin, des travaux publiés dans le Journal of Sport and Exercise Psychology ont montré que la thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie, combinée à une activité physique régulière, pourrait aussi aider les personnes souffrant à la fois d’apnée du sommeil et d’insomnie chronique.