Migraine : Des Nouveaux Traitements pour une Meilleure Prise en Charge
La migraine est une maladie neurologique complexe qui touche entre 12 et 21 % des adultes, particulièrement les femmes. Malgré sa prévalence, elle reste souvent mal comprise et sous-traitée, en partie à cause d’une prise en charge médicale insuffisante. Heureusement, ces dernières années, des avancées thérapeutiques promettent une meilleure gestion de cette pathologie. Cet article explore les défis actuels dans la prise en charge de la migraine et les nouveaux traitements qui apportent un espoir renouvelé aux patients.
Pourquoi est-il souvent difficile d’être bien pris en charge quand on est migraineux ?
La migraine est souvent mal diagnostiquée et mal traitée. Le Dr Christian Lucas, neurologue et président de la Société française d’études des migraines et céphalées, explique que cette maladie affecte une proportion importante de la population adulte, surtout les femmes. Malgré cela, elle est très peu enseignée dans le cursus universitaire des médecins, avec seulement environ deux heures de formation consacrées à ce sujet sur l’ensemble du parcours académique médical.
En conséquence, les médecins généralistes, qui sont les premiers interlocuteurs des patients migraineux, ne sont pas toujours suffisamment sensibilisés à la migraine. Beaucoup méconnaissent les traitements spécifiques aux migraines et prescrivent des antalgiques non spécifiques, comme le paracétamol ou même des opioïdes, qui peuvent s’avérer inefficaces voire dangereux. Par exemple, 66 % des migraineux se voient encore prescrire du paracétamol, qui est souvent trop léger pour soulager les crises, et 50 % des opioïdes, qui ne fonctionnent pas sur la migraine et présentent des risques de dépendance.
Quels médicaments devraient être prescrits ?
Pour les crises migraineuses d’intensité modérée, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène, le kétoprofène ou le naproxène peuvent être efficaces. De plus, depuis une trentaine d’années, les triptans, une classe de médicaments spécifiques, ont prouvé leur efficacité non seulement sur la douleur mais aussi sur les symptômes associés tels que les nausées et la sensibilité à la lumière.
Ces triptans doivent être bien prescrits et encadrés, car ils sont contre-indiqués chez les patients ayant des antécédents vasculaires. Parfois, un traitement de fond est nécessaire pour prévenir les crises et améliorer la qualité de vie des patients, que la migraine soit épisodique ou chronique.
Quels sont ces traitements de fond de la migraine ?
Les traitements de fond utilisés pour la migraine ne sont pas spécifiques à cette pathologie. Ils incluent des bêtabloquants comme le métoprolol et le propranolol, certains antidépresseurs tels que l’amitriptyline (Laroxyl®) et des antiépileptiques comme le topiramate et le valproate de sodium. Ces médicaments, bien que non spécifiques, peuvent aider à espacer les épisodes migraineux sévères.
Cependant, ces traitements ne sont pas sans inconvénients. Certains, comme le topiramate, sont incompatibles avec la grossesse en raison du risque accru d’autisme chez les enfants exposés. De plus, ces médicaments peuvent engendrer des effets secondaires variés tels que la somnolence, la prise de poids et des effets neuropsychiques.
Les migraineux peuvent-ils espérer de nouveaux traitements ?
Les avancées thérapeutiques récentes, notamment la découverte il y a une quinzaine d’années du rôle du peptide CGRP (calcitonin gene-related peptide) relâché pendant les crises, ont ouvert de nouvelles voies de traitement. Les gépants dans le traitement de la crise et/ou de fond et les anticorps monoclonaux anti-CGRP dans le traitement de fond uniquement, ciblent spécifiquement l’action du CGRP, révolutionnant ainsi la prise en charge des migraines.
Les anticorps monoclonaux, par exemple, sont très efficaces. Les premières années de pratique ont montré une diminution de la fréquence des crises de 50 à 75 % chez 70 à 80 % des patients, avec une tolérance remarquable, les effets indésirables se limitant à quelques cas de constipation ou de réaction irritative au niveau du site d’injection. De plus, ces traitements n’interagissent pas avec d’autres médicaments.
Pourquoi ces traitements ne sont-ils pas accessibles à tous les migraineux ?
Malgré leur efficacité, l’accès à ces nouveaux traitements reste limité. Ces médicaments ont reçu une Autorisation de mise sur le marché (AMM) qui encadre leur utilisation. Ils sont destinés aux migraineux sévères souffrant de céphalées migraineuses plus de huit jours par mois et qui sont en échec après au moins deux traitements conventionnels.
En France, ces traitements ne sont pas remboursés, contrairement à 23 autres pays européens et aux États-Unis où ils sont même recommandés en première ligne pour la migraine sévère. Une injection coûte entre 245 et 270 €, à raison d’une tous les mois ou tous les trois mois selon le laboratoire. Ce coût élevé représente un obstacle majeur pour de nombreux patients.
Comment cela se traduit-il concrètement ?
On estime que 45 000 Français migraineux pourraient prétendre à ces traitements, mais seulement 2000 en bénéficient actuellement. Le non-remboursement crée un frein énorme pour les petits budgets. Pour les chanceux participant à un essai clinique, le laboratoire promoteur de l’étude prend en charge le coût, mais cela concerne une infime partie des patients et, après la fin de l’essai, ces derniers doivent payer de leur poche.
Cette situation reflète une sous-estimation de l’impact de la migraine sur la vie quotidienne des patients et sur le coût pour la société, bien plus élevé que celui de ces nouveaux traitements s’ils étaient remboursés. En effet, la migraine coûte plus de 10 milliards d’euros par an en France, principalement en raison de l’absentéisme ou du présentéisme (présence au travail avec une productivité réduite) induits par les crises. Le remboursement de ces médicaments pourrait ainsi permettre des économies substantielles.
Le Dr Christian Lucas souligne que les anticorps monoclonaux représentent un espoir significatif pour les patients sévèrement atteints, leur offrant une meilleure qualité de vie et une sortie possible de l’impasse thérapeutique actuelle.