La maladie d’Alzheimer représente la forme la plus fréquente de démence et touche environ 1 million de personnes. Elle survient le plus souvent après 65 ans, et chez les personnes de plus de 80 ans, elle concerne plus de 20 % de la population. À titre surprenant, des chercheurs évoquent un point commun entre Alzheimer et les nouveau-nés : les deux groupes présentent des niveaux élevés d’un biomarqueur clé de la maladie. Leurs conclusions ont été publiées dans Brain Communications, une revue scientifique internationale.
Un taux de protéines plus élevé chez les nouveau-nés
Concrètement, les nouveau-nés et les patients atteints de la maladie d’Alzheimer présentent des taux sanguins élevés d’une protéine appelée tau phosphorylée, et plus particulièrement d’une forme nommée p-tau217. Dans le cadre de cette vaste étude internationale, impliquant des chercheurs suédois, espagnols et australiens, des échantillons sanguins de plus de 400 personnes ont été analysés.
D’après les conclusions, les nouveau-nés présentaient les taux de p-tau217 les plus élevés, supérieurs à ceux observés chez les personnes atteintes d’Alzheimer. Ces taux étaient particulièrement élevés chez les prématurés et ont commencé à diminuer au cours des premiers mois de vie, pour atteindre, avec le temps, les niveaux observés chez l’adulte.
Une protéine, deux visages
D’après les chercheurs, l’augmentation de cette protéine dans le cerveau des nouveau-nés semble favoriser un développement cérébral sain, améliorant la croissance des neurones et la formation de nouvelles connexions, façonnant ainsi la structure du cerveau du jeune enfant. « Nous pensons que comprendre le fonctionnement de cette protection naturelle – et pourquoi nous la perdons avec l’âge – pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements », explique Gonzalez-Ortiz, auteur principal de l’étude.
Avant de compléter : « Si nous parvenons à comprendre comment le cerveau du nouveau-né contrôle la protéine tau, nous pourrions un jour imiter ces processus pour ralentir, voire stopper, la maladie d’Alzheimer », précise Fernando Gonzalez-Ortiz, auteur principal de l’étude. Si une augmentation de p-tau217 constitue un signal d’alarme chez les personnes âgées, elle joue toutefois un rôle essentiel dans sa construction chez les bébés. En fonction de l’âge, cette molécule semble donc avoir deux visages : elle peut contribuer à la construction du cerveau mais également conduire à son déclin.
Implications et perspectives
Ces résultats suggèrent que le biomarqueur p-tau217 ne peut pas être interprété de la même façon selon l’âge. Comprendre ce mécanisme pourrait guider le développement de thérapies ciblant tau, tout en éclairant les processus de développement cérébral précoce. À ce stade, les chercheurs soulignent l’importance d’approfondir les études pour déterminer comment moduler cette protéine sans perturber son rôle protecteur chez le nourrisson.
Points clés
- Le biomarqueur p-tau217 est élevé chez les nouveau-nés et chez les patients atteints d’Alzheimer.
- Chez les bébés, p-tau217 semble soutenir le développement neuronal; chez les seniors, il peut signaler et accompagner la maladie.
- Les chercheurs envisagent des approches thérapeutiques qui modulent tau, en s’appuyant sur les mécanismes observés chez le nouveau-né.