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    Veuves de Gaza luttent pour la vie de leurs familles

    Les veuves de Gaza se battent pour la vie de leurs familles

    La revue Foreign Policy a publié un reportage sur la situation des veuves à Gaza, évoquant des histoires poignantes de mort de maris et de fils, et les difficultés que doivent surmonter ces femmes pour élever seules leurs enfants, tout en faisant face à la douleur et au choc.

    Dans une des histoires relatées par l'auteure du reportage, Neha Wadekar, lors des bombardements sur Gaza, Mariam Abu Aker a miraculeusement échappé à la mort à deux reprises. Cependant, ses proches n’ont pas eu cette chance. Sa fille Sarah, 17 ans, a été tuée lorsque leur maison à deux étages a été bombardée le 17 octobre, déchirant en deux le corps de l'adolescente.

    Après la mort de Sarah, Mariam, 40 ans, s'en est remise à son mari Salam pour le soutien. Lors d'une interview réalisée chez la famille de son mari à Khan Younis, Mariam confiait : "Il m’a aidée à porter le deuil de ma fille. Il me disait que tout irait mieux et que notre fille était au paradis."

    Mariam est soudainement devenue veuve

    Mais 7 semaines plus tard, alors que Salam discutait avec un voisin, une bombe est tombée à proximité, les tuant tous les deux. En un instant, Mariam est devenue veuve et la seule personne à prendre soin de leurs quatre enfants restants.

    Mariam n'est pas seule. Des milliers de femmes à Gaza sont devenues veuves à cause de la guerre ou se sont retrouvées responsables de leurs familles, et les experts humanitaires craignent que leur détresse croissante soit ignorée dans la réponse humanitaire.

    Les larmes coulant sur ses joues pâles, Mariam avoue : "Je ne sais pas comment faire face à son absence et élever nos enfants sans lui. Parfois, quand les enfants m'énervent, je leur dis que je vais appeler leur père. Puis je me souviens qu'il n'est plus là."

    Selon les données de l'ONU Femmes dans les pays arabes, plus de 2780 femmes à Gaza sont devenues veuves. De nombreuses organisations humanitaires ont indiqué qu'avec au moins 85% de la population du territoire de 2,3 millions d'habitants déplacée et la pénurie de nourriture, de carburant, de médicaments et d'eau, ces familles menées par des femmes peinent à s’adapter.

    Elles ne sont plus capables de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille

    L'auteure rapporte que ces femmes ne sont désormais plus en mesure de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles et manquent d’accès aux organisations pouvant leur venir en aide.

    Lucy Tallygah, directrice du programme pour les femmes au "Palestinian Conflict Resolution Center", une ONG basée à Bethléem, souligne que "c’est souvent sur les femmes que repose la plus grande charge. Elles doivent être fortes – pour vivre et aider leurs enfants, et pour commencer une nouvelle vie, peut-être auprès d'un mari blessé devenu handicapé, ou en tant que veuve avec 4 ou 5 enfants à charge."

    Depuis son mariage à l’âge de 20 ans, Mariam a toujours été femme au foyer, dépendant financièrement de son mari défunt qui gagnait environ 9 dollars par jour en vendant des vêtements sur le marché.

    Mariam continue : "Je comptais sur lui pour élever nos enfants. Il était notre seul soutien. Je ne suis pas habituée à porter seule cette responsabilité. Je ne sais pas comment je vais continuer avec mes enfants."

    Le deuil et le traumatisme s'aggravent

    Les travailleurs humanitaires indiquent que pour ces veuves de Gaza, le deuil et le traumatisme liés à la guerre se compliquent du défi de devenir soudainement le seul soutien familial.

    L'organisation CARE International explique que certaines mères ne mangent qu'une fois par jour, priorisant la santé de leurs enfants face aux avertissements du Programme Alimentaire Mondial concernant l'augmentation des cas de dénutrition et de malnutrition.

    Nour Beydoun, conseillère régionale pour la protection d'urgence, exprime "une augmentation des sentiments de peur, d'anxiété, de tristesse et de colère, qui, en temps d'urgence, sont associés à l'effondrement des structures sociales, la désintégration familiale et la perturbation des réseaux de soutien."

    Le rapport souligne que bien que de nombreuses organisations féminines à Gaza luttent pour continuer à travailler, CARE International s'efforce avec les leaders communautaires et les personnes influentes d'organiser des réseaux de soutien et de fournir un soutien psychologique et social.

    Un rappel de la vie normale

    Sanam Anderlini, fondatrice et PDG du Réseau International d'Action de la Société Civile, une organisation axée sur les femmes, la paix et la sécurité, affirme que "de telles activités sont un rappel de la vie normale et sont essentielles pour aider à maintenir l'esprit humain et le protéger. Je pense que les Palestiniens ont appris et compris instinctivement que maintenir une vie normale est en soi une forme de résistance."

    Pour les cas sévères de problèmes de santé mentale, CARE cherche à utiliser l'infrastructure de santé existante pour référer les gens à des psychiatres et leur fournir des traitements. Néanmoins, l'unique hôpital psychiatrique de Gaza a cessé de fonctionner en novembre après avoir été endommagé lors d'une attaque israélienne.

    Anderlini et Tallygah soulignent que l'aide aux veuves et aux femmes chefs de famille pour trouver du travail et gagner de l'argent afin de subvenir aux besoins de leur famille est un moyen essentiel de les protéger, ainsi que leurs enfants, contre la nécessité de recourir à un travail hautement risqué comme seul choix. Par exemple, le Centre Palestinien de Résolution des Conflits a pour but d'aider les femmes à intégrer la main-d'œuvre et à développer leurs propres projets génératrices de revenus, en fournissant également des fonds de démarrage pour de petites entreprises.

    Elles trouveront leur chemin avec l'aide de la communauté

    Tallygah enfatise : "Elles vont démarrer à un niveau modeste, en vendant des choses depuis chez elles, mais elles trouveront leur chemin avec l'aide de la communauté. Ces femmes doivent trouver des moyens de survivre, et elles le feront."

    Une de ces femmes, Widad Abu Jamea, mère de 6 enfants, a perdu son mari de 45 ans lorsque des soldats israéliens lui ont tiré dessus et l’ont tué alors qu’il allait à sa ferme pour vérifier son bétail et trouver de la nourriture pour sa famille.

    Assise dans une salle de classe bondée utilisée maintenant comme refuge par l'ONU, Abu Jamea confie : "Je sens que j'ai perdu ma vie, pas seulement mon mari." Ses enfants l'entourant pleurent de faim et de froid.

    Abu Jamea ajoute : "Je me suis mariée et j'ai vécu avec mon mari si longtemps, nous avons grandi dans sa maison. Nous avons travaillé ensemble sur nos terres. Nous avons passé de longues heures à prendre soin de la récolte. Nous avons bâti notre vie ensemble. Maintenant je vais aller à la ferme sans lui. Je serai seule parmi les cultures."

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