La question du recyclage dans l’industrie textile devient de plus en plus pressante, notamment avec les nouvelles initiatives de l’Union Européenne visant à instaurer une économie circulaire. La société suisse Säntis Textiles, spécialisée dans le développement de produits textiles recyclables, se penche sur les défis que cela représente et sur les solutions à mettre en œuvre.
Les enjeux du recyclage de la mode
Avec l’ambition de l’UE de créer une économie circulaire, des matériaux comme le coton pourraient ne pas répondre aux exigences fixées. Säntis Textiles a mis au point une méthode de production de coton recyclable, offrant ainsi une alternative prometteuse. La société a déjà collaboré avec des marques renommées telles que Tommy Hilfiger et Ralph Lauren.
Les difficultés face à la réglementation de l’UE
Lors d’un entretien avec 20 Minutes, Annabelle Hutter, directrice générale de Säntis Textiles, a exprimé ses réserves quant aux plans de l’UE, les jugeant trop stricts. Selon elle, de nombreuses marques de vêtements sont encore en phase d’apprentissage concernant le recyclage. Pour sensibiliser à ces enjeux, l’entreprise a ouvert un showroom à Zurich, démontrant ainsi les possibilités actuelles du recyclage.
Stefan Hutter, le fondateur, a également partagé ses préoccupations. Il estime que de nombreuses questions restent en suspens, telles que la collecte des vêtements usagés et le tri par couleur et matériau. Il appelle à une plus grande responsabilité des gouvernements et à un partenariat avec l’industrie pour développer des solutions concrètes.
La viabilité de l’économie circulaire
Stefan Hutter a souligné que l’idée d’une économie circulaire complète, telle qu’elle est actuellement discutée, semble irréaliste. Bien qu’il soit possible d’atteindre un taux de recyclage de 100 % pour certains types de vêtements, chaque cycle de recyclage compromet la proportion de textiles usagés dans le mélange. Des avancées technologiques sont nécessaires, mais selon lui, l’idée d’une économie circulaire sans l’utilisation de nouvelles fibres reste une « illusion ».
Les solutions envisagées
Pour améliorer la situation, il est essentiel que les politiques publiques facilitent le recyclage et soutiennent l’industrie. Aujourd’hui, des obstacles persistent, comme la difficulté d’exporter des textiles usagés pour le recyclage, par exemple en Turquie. Annabelle Hutter insiste sur la nécessité d’un dialogue entre les gouvernements, l’industrie et les experts technologiques pour que des initiatives réussissent.
Säntis Textiles : Leader dans le recyclage
Säntis Textiles, fondée en 2005 par Stefan Hutter à Singapour, produit jusqu’à 500 tonnes de coton recyclé par mois. L’entreprise possède des installations de recyclage en Chine et en Turquie, ce qui lui permet de renforcer sa capacité de production.
Stefan Hutter explique que leur approche se distingue de celle de leurs concurrents grâce à des machines moins agressives qui préservent les fibres, entraînant ainsi une meilleure qualité pour les cycles futurs. Cette méthode permet d’obtenir des longueurs de fibres supérieures, essentielles pour la qualité des produits recyclés.
Coût du coton recyclé
Il est important de noter que le prix du coton recyclé est comparable à celui du coton biologique, soit environ 15 à 20 % de plus que le coton conventionnel. Cependant, la résistance des grandes marques à payer ce surcoût fait obstacle à une adoption plus large de ces solutions durables. Actuellement, même une légère augmentation des prix pour des produits 100 % recyclés peut dissuader les grandes marques.
Stefan Hutter ajoute que le marché textile mondial, sous pression en raison de la conjoncture économique, complique davantage la situation, notamment avec la compétition de marques proposant des vêtements à bas prix.
