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    L’économie des pardons de Trump : une affaire lucrative et controversée

    États-Unis

    Demander une grâce présidentielle auprès de Donald Trump est devenu un véritable business pour les cabinets de lobbying et de conseil proches de l’administration, avec des candidats fortunés prêts à dépenser plusieurs millions d’euros pour que leur dossier retienne l’attention des bonnes personnes.

    Une économie florissante autour des pardons

    « Du point de vue du lobbying, les pardons sont devenus rentables », confie un lobbyiste dont le cabinet a reçu plusieurs sollicitations à ce sujet. Il n’existe pas de tarif fixe pour ce type de prestations, mais deux sources directement informées des offres évoquent un cas où un client proposait environ 4,5 millions d’euros pour faire parvenir un dossier à Trump. Bien que cette somme soit exceptionnelle, elle illustre l’émergence d’une économie lucrative des pardons.

    Ce chiffre dépasse largement les montants rapportés lors du premier mandat de Trump, où les paiements oscillent plutôt dans les dizaines de milliers d’euros, comme ce fut le cas pour Brett Tolman, ex-procureur fédéral et conseiller à la Maison-Blanche sur ces questions. Par ailleurs, John Kiriakou, ex-agent de la CIA condamné pour divulgation d’informations classifiées, aurait entendu dire que Rudy Giuliani, allié de Trump, pouvait lui obtenir une grâce contre 1,8 million d’euros, bien que Giuliani ait contesté cette allégation.

    Si s’attacher les services d’alliés du président ou de lobbyistes pour obtenir une clémence n’est pas une nouveauté, la différence notable sous Trump est qu’il accorde désormais des pardons de manière continue, plutôt que principalement en fin de mandat.

    « C’est un peu le Far West, » explique un lobbyiste proche de Trump. « On peut pratiquement facturer ce qu’on veut. »

    Des critiques sur le favoritisme financier et politique

    Cette montée en puissance du recours aux pardons inquiète certains experts, qui dénoncent un risque d’apparence de favoritisme politique et financier susceptible d’entamer la confiance dans le système de clémence. Elizabeth Oyer, ancienne avocate des pardons au ministère de la Justice sous Joe Biden, estime que cette pratique « détruit notre système judiciaire » et « légitime un système à deux vitesses où la richesse peut véritablement servir de carte de sortie de prison ».

    Une porte-parole de la Maison-Blanche rappelle toutefois que « toutes les décisions de grâce et de commutation sont prises uniquement par le président Trump, qui souhaite toujours offrir une seconde chance aux Américains méritants, en particulier ceux injustement ciblés par un système judiciaire corrompu. »

    Depuis son entrée en fonction en janvier, Trump a gracié ou accordé une clémence exécutive à plus de 1 500 personnes, majoritairement liées à l’insurrection du 6 janvier 2021 au Capitole. Ce chiffre marque une nette augmentation par rapport à la même période de son premier mandat.

    Hors cas liés au 6 janvier, Trump a déjà accordé 58 pardons, contre un seul lors de la première année de son précédent mandat. Rien que la semaine dernière, il a gracié ou commué les peines de 27 personnes. Parmi les bénéficiaires figurent des alliés, donateurs, célébrités et anciens politiciens.

    Des règles de procédure souvent contournées

    Un processus de sélection des demandes de pardon existe via le Bureau de l’avocat aux pardons du ministère de la Justice, mais les présidents n’en tiennent pas toujours compte. Certains pardons accordés par Trump concernent des personnes incarcérées qui ne pourraient pas bénéficier du processus classique, qui exige notamment d’attendre cinq ans après la condamnation ou la fin de la peine, et met l’accent sur la reconnaissance de responsabilité.

    Cette semaine, on dénombre 6 394 demandes de commutation de peine et 1 529 demandes de pardon en cours d’examen.

    Toutefois, tous les lobbyistes proches de Trump ne souhaitent pas s’impliquer dans ce marché. Certains ont décliné des offres et redirigé les intéressés vers un petit réseau d’alliés du président, lesquels les aident à attirer son attention. Dans certains cas, des commissions de recommandation sont versées, même si le cabinet de lobbying n’est pas directement engagé.

    Un lobbyiste basé à Washington explique que jusqu’à la moitié des demandes de ses clients récentes concernent des pardons, alors qu’auparavant ce ratio était d’environ une sur cinquante. Certains refusent par crainte de représailles politiques futures, d’autres jugent la démarche « douteuse ».

    Accéder aux bonnes personnes : une clé du succès

    Récemment, Trump a gracié Todd et Julie Chrisley, stars de télé-réalité condamnées en 2022 pour fraude et évasion fiscale. Leur fille Savannah, fervente supportrice de Trump avec près de 3 millions d’abonnés sur Instagram, a mené une campagne de pression publique pour obtenir ces pardons.

    La stratégie pour toucher le président repose souvent sur la diffusion d’un message politique, notamment dénonçant une justice politisée par les démocrates ou des procureurs zélés.

    « L’instrumentalisation de la justice est réelle », souligne Brett Tolman, ancien conseiller à la Maison-Blanche et directeur exécutif de l’association conservatrice Right on Crime, lors d’un débat en 2024. Tolman est devenu une figure incontournable pour ceux qui cherchent un pardon, ayant aidé les Chrisley ainsi que Charles Kushner, le père de Jared Kushner, gendre de Trump.

    Il a également plaidé auprès de Trump, en fin de premier mandat, pour la grâce de Ross Ulbricht, condamné à perpétuité pour trafic de drogue via le dark web. Trump a tenu sa promesse de campagne en le graciant dès son retour au pouvoir en 2024.

    Parmi d’autres acteurs influents, l’avocat Adam Katz, ancien représentant de Giuliani, a assisté à l’obtention d’une commutation de peine sous Trump. Le cabinet Corcoran Partners, lié par des liens familiaux à la Maison-Blanche, s’est aussi inscrit pour faire du lobbying sur les questions de pardon. Roger Stone, proche conseiller de Trump, a pour sa part enregistré une mission de lobbying pour Roger Ver, surnommé « Bitcoin Jesus », inculpé d’évasion fiscale massive.

    Certains avocats voient dans l’attitude de Trump une nouvelle opportunité pour leurs clients. Tim Parlatore, ancien membre de l’équipe juridique de Trump, représente l’amiral Robert Burke, récemment condamné pour corruption, et envisage de solliciter un pardon pour faire appel à la clémence présidentielle.

    Un pouvoir de grâce de plus en plus politique et transactionnel

    Le pouvoir présidentiel de pardon, héritage de la monarchie britannique, échappe à tout contrôle rigoureux. Trump n’est pas le premier à susciter la controverse, mais les critiques se sont accentuées lorsque Ed Martin, avocat des pardons de Trump, a publiquement justifié la grâce accordée à Scott Jenkins, ancien shérif condamné pour corruption, par une loyauté politique : « Aucun MAGA laissé pour compte. »

    Un collaborateur proche du dossier parle d’une démarche visant à « réparer les dégâts liés à l’instrumentalisation de la justice », pardonnant souvent ceux jugés victimes d’injustices.

    Selon plusieurs alliés, la dynamique actuelle s’inspire du précédent posé par Joe Biden, qui a gracié ou commué les peines de plus de 7 000 personnes, dont son fils Hunter Biden. Ce dernier avait été pardonné quelques semaines avant une condamnation pour possession illégale d’arme à feu. Biden a également accordé des grâces préventives à certains membres de sa famille, craignant des poursuites de la part de Trump.

    Un responsable de l’administration qualifie les décisions de Biden d’« écart radical par rapport aux normes présidentielles ». Selon les partisans de Trump, la stigmatisation politique liée à la perception de favoritisme dans le processus de clémence s’estompe, rendant le système plus « transactionnel ».

    Au-delà des paiements accrus aux cabinets de lobbying, les proches des demandeurs utilisent aussi les médias conservateurs, que Trump suit attentivement, pour amplifier leur cause. Savannah Chrisley a ainsi pris la parole lors de la convention républicaine, défendant ses parents comme victimes de discrimination politique.

    Elle a nié avoir acheté ou négocié le pardon, expliquant simplement avoir su se trouver « dans la bonne pièce au bon moment » et avoir « supplié pour des rendez-vous ».

    Matt Gaetz, ancien député devenu animateur sur One America News Network, confie que son émission offre une plateforme médiatique pour les candidats au pardon, même s’il ne s’est pas personnellement engagé dans ce type d’affaires.

    Pardons Trump | Lobbying | Justice | Affaires Politiques | Trump | Pardons | Politique | États-unis | Affaires | Corruption
    source:https://www.nbcnews.com/politics/donald-trump/trump-pardons-drive-big-burgeoning-business-lobbyists-rcna209801

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