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    Navires fantômes : la réalité des aires marines protégées

    France, Australie, Canada, Océan Indien

    Depuis des siècles, les océans constituent une vaste zone de non-droit. Les navires de pêche industrielle contemporains savent se faire discrets, désactivant leurs balises de suivi pendant des mois ou modifiant leurs signaux pour indiquer une fausse position. Cependant, les récentes avancées de la technologie satellitaire permettent désormais de détecter un plus grand nombre de ces navires qui tentent de se dissimuler. Connus sous le nom de « navires fantômes », ils représenteraient au moins 70 % de l’ensemble des flottes de pêche en mer. Deux groupes de chercheurs ont utilisé ces données, fournies par l’organisation à but non lucratif Global Fishing Watch, pour suivre les navires en infraction sur des millions de kilomètres dans les aires marines protégées (AMP), des zones officiellement désignées par les pays pour protéger 30 % des océans d’ici 2030.

    Efficacité des aires marines protégées

    Les études publiées dans la revue Science apportent des réponses à une question cruciale : ces protections sont-elles efficaces ? « Pour la plupart des gens, une aire protégée interdit par définition la pêche industrielle ; c’est le strict minimum de protection qu’un tel lieu devrait offrir », explique Jennifer Raynor, professeure en économie des ressources naturelles à l’université du Wisconsin et auteure principale de l’une des études. « Mais ce n’est pas nécessairement le cas. »

    Moins de 3 % de l’océan bannit la pêche à l’échelle industrielle

    Seuls 8 % de l’océan sont protégés par ces zones, et la plupart n’interdisent pas explicitement la pêche industrielle. Selon l’Atlas de la protection marine, moins de 3 % de l’océan bannit totalement les activités à l’échelle industrielle, comme le chalutage ou l’exploitation minière des grands fonds marins. L’outil de Global Fishing Watch utilise la technologie radar par satellite, capable de scanner à travers les nuages et de détecter de grands objets métalliques sur Terre, afin de repérer les navires de haute mer qui ne diffusent pas leur position.

    Les chercheurs ont découvert que deux tiers des flottes de pêche opérant dans les zones protégées n’étaient pas suivies par les moyens conventionnels. Jennifer Raynor et ses coauteurs ont analysé près de 1 400 zones protégées interdisant explicitement la pêche industrielle. Ils y ont détecté en moyenne cinq navires de pêche pour 100 000 kilomètres carrés à chaque observation satellite, contre 42 dans les eaux côtières non protégées.

    Situation préoccupante dans les aires marines protégées

    Sur environ 30 % de la superficie étudiée, l’activité de pêche ne dépassait pas un jour par an. Cependant, la majorité des aires marines protégées ne connaissent quasiment aucune activité de pêche. Cela pourrait être une bonne nouvelle, car cela suggère que la pêche illégale dans ces zones est « étonnamment rare ». Certaines grandes aires protégées ont également enregistré moins d’activité de pêche que prévu.

    Dans la Grande Barrière de corail en Australie, où la pêche industrielle est interdite sur environ un tiers de ses 350 000 km², les chercheurs ont détecté une moyenne de 900 heures d’activité. Dans l’archipel des Chagos, une vaste étendue dans l’océan Indien, l’étude a confirmé des cas de pêche illégale, où les flottes ont passé 2 700 heures, soit environ 112 jours par an.

    Des navires présents dans les aires protégées

    La seconde étude, dirigée par Raphaël Seguin, doctorant en écologie marine à l’université de Montpellier, montre que si les protections semblent fonctionner sur le papier, ce n’est pas nécessairement parce que les navires respectent les règles. Les aires marines protégées aux restrictions les plus strictes sont souvent situées dans des zones qui étaient déjà trop côtières ou trop isolées pour être des hauts lieux de la pêche industrielle.

    Près de la moitié des aires marines protégées incluses dans son étude présentaient une activité de pêche industrielle, souvent comparable à celle des eaux non protégées. Selon Seguin, cela démontre la nécessité de créer davantage d’aires marines protégées avec des normes plus strictes.

    Reconstitution des stocks de poissons

    Boris Worm, professeur d’écologie marine à l’université Dalhousie au Canada, qui a examiné les études, estime qu’ensemble, elles montrent que les protections peuvent être efficaces, mais qu’il en faut davantage. Des zones bien protégées peuvent reconstituer des stocks de poissons d’importance commerciale, et protéger ceux qui sont encore intacts. Deux décennies de protection stricte autour des îles Galápagos ont ainsi offert un avantage inattendu aux thoniers qui se massaient à la lisière de la réserve.

    « C’est comme si on ouvrait un robinet à l’intérieur, et qu’à un moment donné, il se mettait à déborder », analyse Boris Worm. Les avancées en matière de surveillance « ont changé la donne dans notre compréhension de l’océan, bien au-delà des seules zones protégées ». Global Fishing Watch a récemment annoncé une mise à jour de sa base de données de surveillance par satellite, capable de détecter des navires plus petits et de recueillir davantage d’informations sur leurs activités.

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