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L’Agence internationale de l’énergie (AIE) alerte sur une « crise pétrolière Iran » d’une ampleur inédite : la guerre menée par Israël et les États‑Unis contre l’Iran provoque un bouleversement sans précédent des marchés, affectant environ 7,5 % des approvisionnements mondiaux et une part encore plus large des exportations régionales. Dans son rapport mensuel publié jeudi, l’agence qualifie la situation de plus grand dérangement des flux pétroliers jamais enregistré dans l’histoire récente du marché.
Face à ce choc, les pays membres de l’agence ont approuvé le déstockage coordonné de 400 millions de barils des réserves d’urgence — une manœuvre exceptionnelle destinée à apaiser les prix et à stabiliser l’approvisionnement mondial.
Baisse des approvisionnements
Les estimations de l’AIE font apparaître une chute drastique des flux transitant par le détroit d’Ormuz, essentiel au commerce énergétique mondial. L’an dernier, cet axe avait assuré le passage d’environ 20 millions de barils par jour ; aujourd’hui, ces flux ont diminué de plus de 90 %.
En conséquence, la guerre devrait réduire l’offre mondiale d’environ 8 millions de barils par jour pour ce mois. Parallèlement, la flambée des prix, l’annulation de vols et l’incertitude économique pèsent négativement sur la demande.
- La croissance de la consommation mondiale pour l’année est désormais estimée à près de 640 000 barils par jour, soit une baisse d’environ 25 % par rapport aux prévisions antérieures, le niveau le plus bas depuis la publication des premières estimations en avril.
- Si l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis peuvent rediriger une partie de leurs exportations par des itinéraires alternatifs, la fermeture effective du détroit a contraint les producteurs du Golfe à réduire leur production d’environ 10 millions de barils par jour.
- Cette perturbation a ramené la prévision d’excédent mondial pour 2026 à près de 2,4 millions de barils par jour, soit un repli de plus d’un tiers par rapport aux estimations précédentes.
Risques pour le raffinage
L’AIE signale que la fermeture du détroit d’Ormuz menace environ 4 millions de barils par jour de capacités de raffinage régionales. Les contraintes d’approvisionnement en matières premières limitent la capacité des autres régions à compenser ce déficit.
Cette situation crée des risques spécifiques pour les fournitures de diesel et de kérosène, deux produits essentiels pour le transport routier et aérien, et pourrait accentuer les tensions sur les prix à la pompe et les coûts logistiques globaux.
Réaction des autorités
Le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a déclaré lors d’une conférence de presse que la décision de puiser dans les réserves stratégiques mondiales avait déjà produit « un effet fort » sur des marchés traversant une période « extrêmement critique » en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz. Il a précisé que cette mesure coordonnée vise à stabiliser l’offre pendant la poursuite du conflit, sans toutefois indiquer le rythme quotidien des prélèvements.
Du côté des États‑Unis, le ministère de l’Énergie a annoncé la mise à disposition de 172 millions de barils provenant de son stock stratégique. Les autorités précisent que la livraison complète de ces volumes prendra environ 120 jours.
Alors que les prix ont déjà réagi fortement à la crise, les analystes avertissent que l’évolution du conflit et la capacité des producteurs à rétablir les flux détermineront l’ampleur et la durée de cette crise pétrolière Iran. À court terme, la coordination des réserves et les routes alternatives seront déterminantes pour atténuer les ruptures d’approvisionnement.