À Arabsalim, un village du Sud-Liban désormais presque déserté, trois jeunes hommes ont choisi de rester pour protéger les maisons, le bétail et le lien qui unit les familles déplacées à leur territoire. Tandis que les frappes aériennes et le bruit des avions ont réduit la vie publique au minimum, Hussein Farhat, Hussein Nadhar et Nouh Abboud organisent leurs journées autour de patrouilles, d’approvisionnements et de contacts constants avec les propriétaires absents. Leur présence vise autant à préserver des biens matériels qu’à maintenir un fil de vie entre les personnes et leurs terres.
Des tâches lourdes au quotidien
Les trois hommes décrivent leur décision comme un devoir moral : protéger ce que les habitants ont laissé en partant. Chaque matin débute par des rondes dans les quartiers pour vérifier l’état des maisons, nourrir les animaux et assurer l’approvisionnement en eau pour ce qui reste de vie sur place.
Ces missions paraissent modestes mais elles revêtent une portée humaine importante. En effet, ils servent d’intermédiaires avec les familles déplacées, transmettant des informations précises sur les fenêtres, les portes et le sort des animaux.
- Surveillance des habitations et prévention des pillages
- Nourrissage et soins de base pour le bétail et la volaille
- Médiation et communication quotidienne avec les propriétaires absents
De plus, face aux difficultés d’accès aux ressources, ils tentent de procurer nourriture et quelques médicaments vétérinaires malgré les moyens limités.
Documenter malgré les risques
Outre leurs tâches pratiques, Hussein Farhat — photographe et réalisateur — utilise son appareil pour conserver une mémoire visuelle du village. Il explique que chaque image constitue une « preuve » et peut, à terme, nourrir la mémoire collective de cette période.
Pour eux, documenter n’est pas seulement témoigner du danger : c’est aussi empêcher l’effacement progressif d’un quotidien menacé par l’exil et le silence. Ainsi, les photos et les récits qu’ils rassemblent cherchent à garder vivantes les traces d’une vie agricole et sociale qui risque de se dissiper.
Pourquoi rester ?
Selon les jeunes, l’attachement à la terre et aux animaux dépasse la simple habitude : il fait partie de l’identité locale. « L’appropriation du lieu, la relation avec la nature et les bêtes, c’est ce qui nous définit », dit l’un d’eux pour expliquer pourquoi ils refusent de partir.
Ils évoquent aussi la solitude et le vide comme des menaces à part entière : lorsque le village devient silencieux, les liens sociaux se distendent et les repères s’effacent. Par conséquent, leur présence vise à maintenir un minimum de vie communautaire, en se réunissant chaque jour pour échanger et soutenir leur équilibre moral.
Une localité exposée
Arabsalim se situe dans le district de Nabatieh, à la lisière d’une zone agricole fertile traversée par le cours du fleuve local. La commune, qui compte quelques milliers d’habitants selon les estimations locales, repose principalement sur l’olivier, l’élevage et la volaille comme sources de revenus.
En outre, le village a déjà connu les affres des conflits passés et se trouve de nouveau exposé aux frappes, avec des dommages concentrés dans certains quartiers. Si les destructions ne sont pas généralisées, l’insécurité récurrente a provoqué un exode important, laissant derrière elle des centaines de têtes de bétail et des stocks vulnérables.
Face à cette situation, les initiatives citoyennes comme celle de ces trois jeunes apparaissent comme des actes de résistance civile : préserver ce qui peut l’être pour éviter l’extinction totale d’un mode de vie rural.
Malgré les risques et l’isolement, Hussein Farhat, Hussein Nadhar et Nouh Abboud affirment leur engagement. Pour eux, rester n’est pas seulement un choix individuel, mais un engagement éthique envers la terre et les familles qui ont dû partir, dans l’espoir de maintenir intacte la possibilité d’un retour.