L’Agence européenne de sécurité aérienne tire la sonnette d’alarme face à une dégradation du contexte sécuritaire qui pèse de plus en plus sur le transport aérien. Selon son directeur exécutif, Florian Guillermet, les guerres en cours, notamment l’escalade du conflit au Moyen-Orient, multiplient les risques pour l’aviation civile, entre réduction des couloirs de vol et prolifération des drones à grande échelle.
Ce responsable expérimenté, qui a auparavant dirigé le système de contrôle du trafic aérien en France, souligne que les équipages comme les contrôleurs aériens sont formés pour anticiper les menaces et en limiter les effets. Mais dans certains cas, la fermeture d’un espace aérien ou la réduction du trafic s’impose malgré tout.
« Nous disposons dans l’aviation des moyens nécessaires pour atténuer les risques. L’un d’eux consiste à vider l’espace aérien », a-t-il expliqué. Une mesure qui perturbe inévitablement les passagers, mais qui demeure, selon lui, la meilleure option pour maintenir le trafic « sous contrôle en permanence ».
Dans un entretien accordé à Reuters à Cologne, en Allemagne, Florian Guillermet a averti que la concentration du trafic sur certaines routes, la disponibilité limitée de l’espace aérien pour le contrôle aérien et le recours à des itinéraires inhabituels peuvent créer de nouveaux risques en matière de sécurité aérienne.
Ces déclarations interviennent alors que l’agence européenne n’avait pas encore pris la parole publiquement depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et l’Iran, fin février. Pour le secteur, l’exposition est particulièrement forte, car les menaces liées aux missiles et aux drones se multiplient autour des zones de conflit.
Une révision stratégique face à la montée des menaces
L’agence, qui regroupe 31 pays européens, prépare une révision régulière de grande ampleur de sa stratégie aérienne. L’objectif est de tenir compte d’un environnement où les risques augmentent, qu’il s’agisse d’interférences GPS, de drones, d’approches instables ou encore d’incidents sur piste.
Vendredi, elle a de nouveau recommandé d’éviter l’espace aérien au-dessus de l’Iran, d’Israël et de certaines zones du Golfe jusqu’au 10 avril. Une mesure de précaution qui illustre la persistance des tensions dans la région et leurs répercussions immédiates sur les vols commerciaux.
Florian Guillermet a indiqué que l’agence travaille aussi à définir des orientations plus claires sur les pouvoirs à mobiliser pour répondre à la hausse des activités de drones visant les aéroports civils. Les incidents de ce type inquiètent particulièrement les autorités européennes, qui y voient une menace de plus en plus complexe à gérer.
Les aéroports européens confrontés à une nouvelle réalité
Les perturbations liées aux drones se multiplient dans les aéroports de l’Union européenne, sur fond de ce que plusieurs experts en sécurité qualifient de « guerre multiforme ». Ce concept mêle moyens militaires, cyberattaques et autres formes d’ingérence susceptibles de désorganiser les infrastructures sensibles.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les drones sont devenus une arme centrale pour les deux camps. Dans ce climat, plusieurs aéroports, de Stockholm à Munich, ont connu des perturbations attribuées à des drones, sans qu’un lien formel avec le conflit n’ait été confirmé à ce stade.
Pour le directeur exécutif de l’agence, le besoin de règles plus précises devient urgent. « Nous voyons aujourd’hui une situation totalement différente », a-t-il déclaré, estimant que le cadre actuel doit être réexaminé à la lumière de cette nouvelle réalité sécuritaire.
Il a ajouté que l’agence étudie la possibilité d’imposer certaines exigences aux équipements utilisés dans ce type de contexte, afin d’identifier clairement les moyens à déployer en cas de menace. « Il faut dire sans ambiguïté : voilà l’ensemble des pouvoirs que nous devons utiliser », a-t-il résumé.
Un espace aérien sous pression entre Moyen-Orient, Europe et Asie
La guerre contre l’Iran, désormais entrée dans son deuxième mois, a profondément reconfiguré l’espace aérien au Moyen-Orient. Les compagnies font face à des perturbations accrues, notamment sur les liaisons entre l’Asie et l’Europe, qui passaient auparavant au-dessus de la région ou à proximité.
À cela s’ajoutent le conflit prolongé entre la Russie et l’Ukraine ainsi que les affrontements entre le Pakistan et l’Afghanistan, qui ont contraint les transporteurs à se rabattre sur un nombre limité d’itinéraires. Les zones survolant l’Azerbaïdjan et l’Asie centrale sont devenues, pour certaines compagnies, des passages presque incontournables.
Dans ce contexte, l’Agence européenne de sécurité aérienne considère que la sécurité aérienne entre dans une phase de vigilance renforcée. Entre menaces balistiques, drones et saturation de certains couloirs, l’aviation européenne doit désormais composer avec un environnement plus instable et moins prévisible.