Vous vous êtes cogné sans y prêter attention, puis vous découvrez un bleu plusieurs jours plus tard ? Dans bien des cas, les ecchymoses sont bénignes. Mais lorsqu’elles apparaissent souvent, sans raison évidente, elles peuvent parfois révéler une fragilité particulière, un effet secondaire médicamenteux ou, plus rarement, une carence en vitamine C.
Pourquoi des bleus apparaissent sans choc évident ?
Les bleus, ou ecchymoses, surviennent lorsque de petits vaisseaux sanguins, les capillaires, se rompent et laissent s’accumuler du sang sous la peau. Le plus souvent, cela fait suite à un choc passé inaperçu. Il arrive aussi que l’ecchymose n’apparaisse pas exactement à l’endroit du traumatisme initial, ce qui peut surprendre.
Un coup sur le front, par exemple, peut provoquer un œil au beurre noir, car la gravité favorise la migration du sang. Dans la majorité des cas, ces marques disparaissent spontanément et ne traduisent rien de grave.
Une prédisposition génétique à marquer facilement
Des études ont montré qu’environ une personne sur cinq pourrait avoir une tendance héréditaire à développer facilement des ecchymoses, sans que cela soit dangereux. Certaines personnes remarquent ainsi un gros bleu sur le bras ou la jambe plusieurs jours après un choc qu’elles avaient presque oublié.
Cette sensibilité aux bleus n’est pas forcément le signe d’un problème médical. Elle peut simplement refléter une fragilité naturelle des petits vaisseaux ou de la peau.
Le vieillissement rend la peau plus fragile
À partir de 40 ou 50 ans, la peau s’affine progressivement, ce qui peut favoriser l’apparition de bleus plus fréquents. Les minuscules vaisseaux sanguins situés sous la peau sont alors moins protégés contre les petits traumatismes du quotidien.
Ce phénomène est fréquent avec l’âge et explique pourquoi certaines personnes remarquent soudain davantage d’ecchymoses alors qu’elles ne se blessent pas davantage qu’avant.
L’hygiène de vie peut augmenter le risque de bleus
La consommation prolongée d’alcool peut favoriser les ecchymoses, selon la Dre Sarah Young, oncologue et hématologue certifiée à l’Orlando Health Cancer Institute. Elle peut endommager la moelle osseuse et réduire sa capacité à produire suffisamment de plaquettes, essentielles à la coagulation sanguine.
À long terme, cela peut aussi perturber la production hépatique de certaines protéines qui aident à prévenir les saignements. L’alimentation joue également un rôle important, notamment en cas de carence en vitamine C.
La vitamine C est indispensable à la production de collagène. Or le collagène ne sert pas seulement à maintenir l’élasticité de la peau : il renforce aussi les vaisseaux sanguins. Un apport insuffisant peut donc rendre l’organisme plus vulnérable aux bleus.
Certains médicaments fragilisent les vaisseaux et la coagulation
Plusieurs traitements peuvent augmenter le risque d’ecchymoses et de saignements. C’est le cas des anticoagulants, comme le Xarelto ou le Courmadin, qui agissent sur différents mécanismes de la coagulation. Ils sont souvent prescrits après une thrombose veineuse profonde ou une embolie pulmonaire.
Les médicaments antiplaquettaires, comme l’aspirine ou le Plavix, réduisent aussi l’agrégation des plaquettes. Ils sont fréquemment utilisés après une crise cardiaque ou un AVC. Même la prise régulière d’aspirine ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’Advil ou l’Aleve peut augmenter la fréquence des bleus.
Les corticostéroïdes utilisés contre l’asthme, l’arthrite ou certaines maladies auto-immunes peuvent également rendre la peau plus fine et plus fragile. Enfin, certains antidépresseurs, notamment des ISRS comme le Prozac et le Zoloft, peuvent accroître le risque de saignements et d’ecchymoses en agissant sur les plaquettes.
Quand des bleus fréquents signalent une maladie sous-jacente
Dans certains cas, une tendance marquée aux ecchymoses peut être liée à un trouble héréditaire de la coagulation. Parmi les maladies concernées figurent la maladie de Von Willebrand, l’hémophilie A et l’hémophilie B, qui empêchent l’organisme de produire suffisamment de protéines nécessaires à l’arrêt du saignement.
D’autres maladies congénitales peuvent toucher les plaquettes, soit en les rendant trop peu nombreuses, soit en les rendant défectueuses. Si ces troubles se manifestent souvent dès l’enfance, des formes plus légères peuvent rester ignorées jusqu’à l’âge adulte, précise la Dre Young.
Plus rarement, un adulte peut développer un trouble de la coagulation. Une maladie du foie peut aussi être en cause, car cet organe fabrique de nombreuses protéines impliquées dans la coagulation sanguine. Dans ce cas, d’autres signes apparaissent généralement, comme :
- un jaunissement de la peau ;
- des démangeaisons ;
- un gonflement des jambes ;
- des douleurs abdominales.
Dans de rares situations, des ecchymoses inexpliquées peuvent aussi évoquer un cancer du sang, comme une leucémie ou un lymphome, susceptibles d’altérer la production et la fonction des plaquettes. D’autres symptômes sont alors souvent présents, notamment des saignements excessifs, une perte de poids involontaire, de la fièvre et un gonflement des ganglions lymphatiques.
Quand consulter à cause de bleus fréquents ?
Si vous avez toujours eu tendance à marquer facilement et que vous ne présentez aucun autre symptôme, il n’y a généralement pas lieu de s’inquiéter. Il en va de même si vos ecchymoses disparaissent en deux semaines environ.
La couleur d’un bleu évolue souvent au fil du temps : elle passe du rouge, ou du brun ou du noir selon le teint, au violet, puis au bleu pâle, au vert et enfin au jaune, au fur et à mesure que le corps décompose et réabsorbe le sang, explique la Dre Kathleen Mueller, docteure en médecine et directrice du système de médecine intégrative et de survie au cancer chez Nuvance, dans le Connecticut.
En revanche, si vous n’avez jamais eu tendance à faire des bleus et qu’ils apparaissent soudainement, surtout s’ils s’accompagnent d’autres signes inhabituels, il est préférable de consulter un médecin rapidement.
