Le cessez-le-feu USA-Iran se retrouve sous pression après une série d’incidents impliquant des drones dans le Golfe, alimentant les craintes d’une nouvelle escalade maritime au moment où les négociations restent fragiles. Dimanche, le Qatar a annoncé qu’un drone avait frappé un navire de charge dans ses eaux, provoquant un incendie rapidement maîtrisé. Dans le même temps, le Koweït et les Émirats arabes unis ont affirmé avoir intercepté des drones hostiles.
Aucune victime n’a été signalée dans ces derniers incidents, mais leur succession ravive les tensions dans une région déjà bouleversée par la guerre opposant Washington et ses alliés à l’Iran. Selon les autorités qataries, le navire venait d’Abou Dhabi et a été touché au nord-est du port de Mesaieed. Le bâtiment a ensuite poursuivi sa route vers le port une fois l’incendie éteint.
Le United Kingdom Maritime Trade Operations a pour sa part indiqué qu’un vraquier avait été frappé par un « projectile non identifié », déclenchant un petit feu rapidement éteint. L’organisme britannique a précisé qu’aucune victime ni impact environnemental n’avait été rapporté.
Une trêve de plus en plus mise à l’épreuve
Au Koweït, le ministère de la Défense a déclaré que plusieurs drones hostiles avaient été détectés à l’aube dans l’espace aérien du pays. Un porte-parole a affirmé, sur X, qu’ils avaient été neutralisés « conformément aux procédures établies », sans préciser leur origine.
Aux Émirats arabes unis, le ministère de la Défense a annoncé avoir intercepté deux drones lancés depuis l’Iran. L’armée de l’air émiratie a, selon le communiqué, engagé avec succès les appareils sans qu’aucune perte humaine ne soit mentionnée.
Ces épisodes interviennent alors que la trêve, entrée en vigueur le 8 avril, est déjà fragilisée par les affrontements navals dans le Golfe. Téhéran a restreint la circulation dans le détroit d’Ormuz, axe stratégique par lequel transitait avant la guerre près d’un cinquième du pétrole échangé dans le monde, tandis que les États-Unis ont imposé un blocus des ports iraniens.
Pressions croissantes en mer
Au cours de la semaine écoulée, plusieurs attaques ont été signalées contre des navires et des pays de la région. Vendredi, les États-Unis ont frappé deux pétroliers iraniens, affirmant qu’ils tentaient de briser le blocus imposé aux ports de l’Iran.
Mardi, les Émirats arabes unis avaient déjà affirmé avoir été visés pour la deuxième journée consécutive par des missiles et des drones iraniens. Le Corps des gardiens de la révolution islamique a toutefois rejeté cette accusation. Dimanche, la branche navale des Gardiens a réitéré son avertissement : toute attaque contre des pétroliers ou des navires commerciaux iraniens entraînerait une « lourde riposte » contre l’une des bases de la région utilisées par les forces américaines et des navires ennemis.
Le porte-parole de la commission parlementaire iranienne chargée des affaires étrangères et de la sécurité, Ebrahim Rezaei, a également assuré que « la retenue de l’Iran est terminée ». Il a prévenu que toute agression contre les navires iraniens serait suivie d’une réponse « lourde et décisive » contre les navires et bases américains.
Des pourparlers toujours incertains
Malgré ces tensions, l’administration Trump maintient que la trêve reste en vigueur. Le président américain a cependant multiplié les menaces de reprendre les bombardements si Téhéran refuse un accord comprenant la réouverture du détroit d’Ormuz et un recul de son programme nucléaire.
De son côté, l’Iran examine toujours sa réponse à une proposition américaine en 14 points. La question des avoirs iraniens gelés et celle des réparations de guerre figurent parmi les principaux points de blocage. Dans ce contexte, le Premier ministre qatari, cheikh Mohammed ben Abdulrahman ben Jassim Al Thani, a exhorté à une réponse positive aux efforts de médiation pour parvenir à une paix durable.
Après un entretien avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, il a également échangé par téléphone avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Selon la diplomatie qatarie, le chef du gouvernement a averti que l’utilisation du détroit d’Ormuz comme « carte de pression » ne ferait qu’aggraver la crise dans le Golfe.
Un climat politique et social sous tension à Téhéran
Depuis Téhéran, des correspondants ont souligné que les discussions diplomatiques restent particulièrement discrètes, Washington comme Téhéran semblant vouloir préserver le contenu de leurs éventuelles négociations. Sur le terrain, les ressentis au sein de la population iranienne restent contrastés.
Selon des observateurs, les premiers jours de la guerre avaient donné lieu à des rassemblements marqués par un élan nationaliste et un soutien aux autorités. Mais la lassitude s’installe aussi, dans un contexte de hausse des prix et de difficultés économiques croissantes.
Lors d’une réunion consacrée à la reconstruction après les dégâts causés par la guerre, le président Massoud Pezeshkian a affirmé que négocier avec les États-Unis pour mettre fin au conflit ne signifiait pas capituler. « L’objectif est de réaliser les droits du peuple iranien et de défendre les intérêts nationaux avec fermeté », a-t-il déclaré.
