Le président intérimaire syrien, Ahmed al-Charaa, a annoncé un premier remaniement gouvernemental d’ampleur depuis la chute de Bachar al-Assad, en décembre 2024. Parmi les changements les plus remarqués figure le remplacement de son frère à la tête du bureau présidentiel, selon l’agence officielle SANA. Cette réorganisation intervient alors que les autorités de transition font face à des critiques persistantes sur la gouvernance et la gestion de la période post-Assad.
D’après les décrets présidentiels relayés par SANA, Ahmed al-Charaa a nommé Abdel Rahman Badreddine al-Aama, ancien gouverneur de Homs, au poste de secrétaire général de la présidence. Ce poste était jusqu’ici occupé par son frère Maher, une nomination qui avait suscité des accusations de népotisme. Le gouvernement n’a donné aucune explication officielle sur cette décision.
Ce remaniement, annoncé samedi, est le premier depuis la mise à l’écart de Bachar al-Assad et intervient environ un an et demi après le début de la période de transition de cinq ans prévue par la déclaration constitutionnelle syrienne. Il marque un ajustement important au sein d’un exécutif déjà fragilisé par les tensions politiques, économiques et sociales qui traversent le pays.
Des changements au sommet de l’exécutif
Plusieurs portefeuilles ont également été redistribués. Khaled Zaarour a été nommé ministre de l’Information, en remplacement de Hamza Mustafa, qui a été transféré au ministère des Affaires étrangères. Bassel Sweidan, à la tête d’un comité chargé de négocier des arrangements avec des hommes d’affaires liés à l’ancienne élite du régime Assad, a, lui, été nommé ministre de l’Agriculture.
Ahmed al-Charaa a aussi remplacé les gouverneurs de Homs, de Quneitra et de Deir ez-Zor, province stratégique de l’est du pays où se trouvent la majorité des gisements pétroliers syriens. Ces mouvements illustrent la volonté du pouvoir intérimaire de reprendre la main sur des administrations locales jugées sensibles sur le plan politique et économique.
Une réponse aux critiques sur la gouvernance
Si aucune justification officielle n’a été avancée, ce remaniement s’inscrit dans un climat de contestation croissante. Ces derniers mois, des manifestations et des campagnes sur les réseaux sociaux ont émergé en raison de la dégradation des conditions économiques et de ce que des opposants décrivent comme une mauvaise gouvernance.
Selon plusieurs analystes, la réforme gouvernementale semble surtout destinée à réajuster le cercle rapproché du président intérimaire plutôt qu’à l’élargir. En supprimant la présence de son frère à un poste clé, Ahmed al-Charaa répond à l’une des critiques les plus visibles, sans pour autant rompre avec son réseau de confiance.
Des observateurs soulignent également que certaines nouvelles nominations restent marquées par des liens de proximité. Le nouveau ministre de l’Agriculture serait ainsi le cousin du ministre de la Défense, ce qui alimente les interrogations sur la portée réelle du changement. Dans le même temps, le départ d’Amjad Badr, l’un des rares ministres issus de la communauté druze, réduit encore la représentation des minorités au sein du gouvernement.
Justice de transition et dossiers hérités de l’ère Assad
Ce remaniement intervient alors que le gouvernement de transition a, le mois dernier, commencé les procès de responsables de l’ère Assad, après avoir été critiqué pour les retards accumulés dans la mise en place d’un processus de justice transitionnelle. La guerre syrienne, qui a duré quatorze ans, a fait environ un demi-million de morts et laissé derrière elle un lourd héritage de violations et d’abus.
Le 26 avril, les audiences ont débuté à Damas contre Atef Najib, ancien chef de la sécurité politique dans la province de Deraa, dans le sud du pays. Il est accusé d’avoir supervisé la répression violente des manifestations de 2011, déclenchée au début du soulèvement populaire. Selon SANA, il est poursuivi pour des « crimes contre le peuple syrien ».
Najib, cousin de Bachar al-Assad, était le seul prévenu présent lors de l’audience préparatoire. Le procès doit se poursuivre dans le courant du mois. Parallèlement, Bachar al-Assad et son frère Maher, ancien commandant de la 4e division blindée, sont poursuivis par contumace, tout comme d’autres ex-responsables sécuritaires de haut rang, pour des accusations de meurtres, de torture, d’extorsion et de trafic de drogue.
