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    La guerre en Iran fait monter la pression sur le kérosène et l’énergie en Europe

    Bruxelles et les capitales européennes se préparent à un nouveau choc énergétique alors que la guerre en Iran continue de perturber les flux de pétrole et de carburants. L’Agence internationale de l’énergie avertit que l’Europe pourrait commencer à manquer physiquement de kérosène dès juin si elle ne parvient à remplacer qu’une partie de ses approvisionnements habituels en provenance du Moyen-Orient. Dans le même temps, la Commission européenne presse les États membres de cibler leurs aides sur les ménages et les industries les plus vulnérables, pour éviter de reproduire les dépenses massives et peu efficaces de la crise de 2022.

    Le signal d’alarme est double. D’un côté, l’aviation, très sensible à la moindre tension sur le carburant, voit se rapprocher le risque de retards, de hausse des coûts et, dans certains cas, d’annulations ponctuelles. De l’autre, les gouvernements européens font face à une hausse du coût de l’énergie qui pèse déjà sur les budgets publics. Selon l’exécutif européen, le choc provoqué par la guerre et les perturbations autour du détroit d’Ormuz coûte près de 500 millions d’euros par jour à l’Union. Ursula von der Leyen a rappelé devant les eurodéputés qu’en 2022, plus de 350 milliards d’euros avaient été dépensés dans des mesures de soutien jugées trop larges, avec un impact lourd sur les finances nationales.

    L’aviation européenne en première ligne

    Le kérosène est l’un des produits les plus exposés aux ruptures d’approvisionnement, car l’Europe dépend fortement des importations en provenance du Moyen-Orient. L’AIE estime que la région fournit environ 75 % des importations nettes européennes de kérosène, soit près de 375.000 barils par jour. Si seulement la moitié de ces volumes peut être remplacée, les stocks pourraient descendre sous le seuil de sécurité de 23 jours de couverture dès le mois de juin, un niveau jugé critique par l’agence.

    Dans un tel scénario, les tensions ne se limiteraient pas aux cours mondiaux. Elles pourraient se traduire de manière très concrète sur le tarmac, avec des contraintes d’approvisionnement dans certains aéroports, des plans de ravitaillement plus coûteux et une pression supplémentaire sur les compagnies aériennes. Pour les voyageurs français, déjà confrontés à une forte sensibilité des tarifs en période estivale, l’effet se mesurerait d’abord dans les prix des billets, les correspondances plus serrées et les horaires susceptibles d’être ajustés à la marge.

    L’AIE souligne par ailleurs que l’Europe n’a pas connu de niveau de stock inférieur à 29 jours de couverture depuis 2020. Autrement dit, le système reste robuste, mais la marge de manœuvre se réduit à mesure que la crise s’installe et que les marchés cherchent du carburant ailleurs. Les flux venus des États-Unis et du Nigeria montent déjà en puissance, signe que les opérateurs tentent de compenser les faiblesses du corridor moyen-oriental.

    Bruxelles veut éviter une nouvelle erreur budgétaire

    Au-delà du transport aérien, c’est toute la facture énergétique européenne qui reste sous tension. La Commission européenne estime que les hausses de prix liées à la guerre en Iran continuent de frapper l’économie du bloc, alors même que la dépendance aux énergies fossiles importées demeure élevée. Pour Ursula von der Leyen, la réponse publique doit être plus sélective: aider les foyers fragiles, soutenir les secteurs exposés, mais éviter les dispositifs trop généreux qui diluent l’impact et creusent les déficits.

    Le message s’inscrit dans un débat plus large sur la manière de protéger les consommateurs sans freiner la transition énergétique. La Commission plaide pour un recours accru aux renouvelables, au nucléaire et à l’électrification des usages, de manière à réduire la vulnérabilité de l’Europe face aux crises externes. Mais à court terme, le continent reste dépendant de chaînes logistiques mondiales que la guerre au Moyen-Orient peut perturber rapidement.

    Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie, a lui aussi décrit la situation comme l’une des plus sérieuses depuis les chocs pétroliers du passé récent. Sans dramatiser au-delà des faits, l’alerte rappelle que l’Europe n’est pas seulement exposée à une flambée des prix: elle peut aussi être confrontée à des ruptures physiques d’approvisionnement si les routes maritimes restent fragiles ou si les stocks s’érodent plus vite que prévu.

    Paris et Londres veulent sécuriser Ormuz

    La France est directement présente dans ce dossier par la voie diplomatique. Emmanuel Macron et le premier ministre britannique Keir Starmer ont appelé à une réouverture permanente et sans condition du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part essentielle du commerce énergétique mondial. Les deux dirigeants soutiennent le principe d’une mission maritime « strictement pacifique et défensive », destinée à rassurer la navigation commerciale et à contribuer, si besoin, au déminage.

    Cette initiative illustre la volonté de plusieurs capitales européennes de traiter la crise autant comme un problème de sécurité que comme un sujet économique. La stabilité du détroit d’Ormuz conditionne non seulement le pétrole brut, mais aussi les carburants raffinés, dont le kérosène. Pour Paris, qui suit de près l’impact de la guerre sur les marchés de l’énergie et sur le trafic aérien européen, l’enjeu est donc à la fois stratégique et très concret.

    La perspective d’un été plus coûteux pour les compagnies aériennes, combinée à des budgets publics déjà sous pression, place les gouvernements devant un arbitrage délicat. Comment amortir le choc sans prolonger des soutiens qui coûtent cher et n’incitent pas toujours à réduire la dépendance énergétique ? C’est la question qui revient à Bruxelles comme dans les capitales, alors que les effets de la guerre en Iran se diffusent bien au-delà du Golfe.

    Pour l’heure, aucun scénario de pénurie généralisée n’est confirmé. Mais la répétition des avertissements de l’AIE, de la Commission et des responsables européens montre que la crise n’est plus abstraite. Si les flux ne se stabilisent pas, l’Europe pourrait découvrir, une fois de plus, que le prix de l’énergie ne se joue pas seulement sur les marchés: il se lit aussi dans les horaires des vols, la facture des ménages et l’équilibre des finances publiques.

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