Régulièrement évoqués comme des « polluants éternels », les PFAS forment une classe chimique complexe de plusieurs milliers de composés organiques fluorés, d’origine exclusivement humaine. Déjà largement présents dans l’environnement, ils représentent un enjeu majeur de santé publique. De nombreuses études ont établi un lien entre l’exposition à ces substances et divers problèmes de santé, notamment une baisse de la fertilité, une diminution de la réponse immunitaire et une augmentation du risque de certains cancers.
Une surveillance des PFAS jugée encore insuffisante
Malgré leur omniprésence, les connaissances sur ces substances restent encore limitées. C’est précisément le constat dressé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), qui a décidé de renforcer son action. L’agence a publié de nouvelles recommandations à destination des pouvoirs publics et des acteurs responsables, comme les employeurs ou les responsables d’activités émettrices ou utilisatrices de PFAS.
Son objectif est clair : adapter les stratégies de surveillance en fonction des données disponibles afin de mieux suivre l’exposition aux PFAS et leurs effets potentiels sur la population et l’environnement.
Deux millions de données analysées par l’ANSES
Pour construire ses recommandations, l’ANSES a compilé et exploité près de deux millions de données relatives aux PFAS collectées entre septembre 2023 et septembre 2024. À partir de cette vaste base d’informations, l’agence propose une stratégie structurée en trois étapes : surveiller, orienter la collecte de nouvelles données, puis actualiser en continu le système de surveillance.
Cette approche vise à mieux hiérarchiser les substances à suivre, en tenant compte à la fois de leur présence dans l’environnement et de leur toxicité potentielle.
Trois stratégies de surveillance pour mieux cibler les polluants éternels
L’ANSES a défini trois stratégies de surveillance des PFAS selon deux critères : leur présence dans différents compartiments identifiés par l’agence et leur profil de toxicité, qu’il soit cancérigène, mutagène, reprotoxique, perturbateur endocrinien ou lié à l’écotoxicité.
- La surveillance pérenne : un contrôle continu à l’échelle nationale des substances les plus préoccupantes et les plus récurrentes dans l’environnement.
- La surveillance exploratoire et ponctuelle : un suivi destiné aux substances encore peu ou pas recherchées à ce jour.
- La surveillance localisée : une approche réservée aux substances liées à des sources de contamination locales, anciennes ou actuelles, avérées ou suspectées.
Prioriser les recherches sur les substances les plus préoccupantes
Dans ses recommandations, l’ANSES appelle d’abord à prioriser les recherches visant à identifier les substances issues de la dégradation de nombreux autres PFAS. Il s’agit de composés secondaires qui apparaissent lorsque ces polluants se décomposent dans l’environnement, sous l’effet du temps, de la lumière, de micro-organismes ou de processus chimiques.
L’agence recommande également de concentrer les efforts sur les substances qui présentent une forte accumulation dans les organismes vivants et une grande persistance. Ces PFAS, comme le Teflon, sont qualifiés de bioaccumulables.
Par ailleurs, l’ANSES préconise aussi d’acquérir davantage de connaissances sur les expositions professionnelles, en s’appuyant sur les travaux de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).
Une surveillance appelée à évoluer avec les nouvelles données
La stratégie proposée par l’ANSES doit rester évolutive afin de s’adapter aux nouvelles connaissances sur la contamination et la toxicité des PFAS. Elle doit intégrer des stratégies d’évaluation et de gestion des risques, en tenant compte à la fois du danger intrinsèque des composés et de l’exposition réelle des populations.
L’agence insiste également sur la nécessité d’agir à la source pour réduire les émissions de l’ensemble des polluants éternels. Pour l’heure, il s’agit d’une recommandation nationale, mais elle pourrait bientôt prendre une autre dimension si elle est reprise au niveau européen par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).
