La Birmanie entame la troisième et dernière phase des législatives, étalée sur un mois et à l’approche du cinquième anniversaire du coup d’Etat de 2021. Des bureaux de vote s’ouvrent à Mandalay et dans d’autres villes, dans des conditions difficiles et sous tension, selon les reportages de l’AFP. Le scrutin est présenté par la junte comme un retour à la démocratie, même si les zones contrôlées par les rebelles échappent à l’élection et que le parti d’Aung San Suu Kyi, emprisonnée, a été dissous. L’ONU rappelle que près de la moitié des 50 millions de Birmans vivent sous le seuil de pauvreté et ACLED fait état de violences persistantes, avec des pertes humaines estimées bien au-delà des chiffres officiels.

À Mandalay et Rangoun, le dernier jour des législatives dans un contexte tendu
« Même si je n’en attends pas grand-chose, nous voulons voir un pays meilleur », a confié à l’AFP Zaw Ko Ko Myint, professeur de 53 ans, après avoir déposé son bulletin à Mandalay. « Je me sens soulagé après avoir voté, comme si j’avais rempli mon devoir ». La junte présente le scrutin comme un retour à la démocratie, alors qu’il ne peut pas se tenir dans les vastes zones contrôlées par les rebelles et que le parti d’Aung San Suu Kyi, toujours emprisonnée, a été dissous.
Depuis un bureau de vote à Mandalay, le chef de la junte Min Aung Hlaing a en tout cas assuré à des journalistes que ces élections étaient le "chemin choisi par le peuple" qui, selon lui, "peut soutenir qui il veut".
Pression
Lors des deux premières phases de l’élection, le Part i de l’union, de la solidarité et du développement (PUSD), que des experts considèrent comme un relais civil de la junte, a remporté plus de 85% des sièges de la chambre basse en jeu et deux tiers de ceux de la chambre haute. La Constitution, rédigée par l’armée, réserve par ailleurs un quart des sièges de chaque chambre aux forces militaires.
Le général Min Aung Hlaing n’a pas exclu la possibilité de briguer la présidence lorsque le Parlement nouvellement élu se réunira pour attribuer ce poste. Une habitante de Rangoun de 34 ans interrogée par l’AFP avant de voter affirmait sentir la pression des autorités pour se rendre aux urnes, disant vouloir voter pour "n’importe quel parti sauf le PUSD". "On sait déjà quel sera le résultat final, mais si je peux perturber un peu les choses…", témoigne-t-elle sous couvert d’anonymat.
Les résultats officiels doivent être communiqués en fin de semaine prochaine, mais le parti promilitaire pourrait revendiquer la victoire dès lundi.
Enjeux et perspectives: le duel PUSD contre la Ligue nationale pour la démocratie et les équilibres du pouvoir
Le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, avait largement devancé le PUSD lors des dernières élections législatives en 2020. Mais les militaires en ont annulé le résultat et repris le pouvoir par la force le 1er février 2021, invoquant sans fondement des fraudes électorales généralisées.
Le coup d’Etat a plongé le pays dans une guerre civile, des guérillas pro-démocratie combattant la junte aux côtés d’armées issues de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.
Les frappes aériennes sont fréquentes dans certaines régions, où "les candidats n’ont pas pu faire campagne pour des raisons de sécurité", regrette un aspirant député sous couvert d’anonymat. "Se déplacer n’est pas du tout sûr", ajoute-t-il.
Il n’existe pas de bilan officiel de la guerre civile en Birmanie et les estimations varient largement. Selon le groupe de surveillance ACLED, plus de 90 000 personnes ont été tuées, tous camps confondus. L’ONU estime que près de la moitié des 50 millions de Birmans vivent sous le seuil de pauvreté.