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    Blair et Trump : la nouvelle ère de la tutelle internationale à Gaza

    Palestine, États-Unis, Royaume-Uni

    La proposition de placer Gaza sous une tutelle internationale, portée par Donald Trump et confiée à Tony Blair, relance un débat lourd d’histoire. Ce projet ravive l’image d’une « responsabilité » occidentale imposée aux peuples du Sud, et soulève de profondes interrogations politiques, juridiques et éthiques. Cet article analyse les origines intellectuelles de cette logique, les détails de l’initiative annoncée, ses précédents et les réactions qu’elle provoque.

    Un héritage colonial réactivé

    La rhétorique qui sous-tend l’idée de tutelle internationale rappelle des formules impériales du XIXe siècle, en particulier le poème célèbre de Rudyard Kipling appelant les puissances occidentales à porter le « fardeau » du « civiliser » les autres peuples.

    Des penseurs et historiens ont montré comment cette logique a servi de justification au mandat et à la domination coloniale, puis s’est transformée en discours paternaliste moderne. Pour des observateurs contemporains, la proposition actuelle s’inscrit dans la continuité d’une idéologie « parentale » qui prétend préparer des sociétés dites « non prêtes » à l’autonomie.

    Dans le contexte arabe, cette domination s’étend au champ culturel et cognitif : les normes et critères occidentaux deviennent la référence dominante, et les connaissances locales sont marginalisées ou reléguées à un rôle secondaire.

    La proposition Trump–Blair : modalités et promesses

    Le 29 septembre, le président américain Donald Trump a présenté un plan visant à mettre fin à la guerre israélienne sur Gaza en proposant d’installer une « autorité » internationale pour gouverner la bande de Gaza durant une période transitoire.

    Les éléments clés annoncés comprennent :

    • La création d’un « conseil de la paix » présidé par Trump, avec Tony Blair chargé de la gestion quotidienne de Gaza pendant la phase de transition.
    • Des engagements stricts imposés à la direction du Hamas, notamment la remise de tous les otages vivants ou morts sous 72 heures et le désarmement des groupes armés.
    • Peu d’indications précises sur le calendrier du retrait des forces israéliennes ni sur le statut final de Gaza dans le cadre d’une éventuelle solution d’ensemble.

    Cette formule rappelle le modèle des anciens mandats et protèges, où une autorité étrangère administre un territoire « jusqu’à ce qu’il soit prêt » à s’autogouverner.

    Tony Blair et George W. Bush

    Ambiguïtés, conditions asymétriques et critiques

    Si les obligations imposées à Gaza et au Hamas sont exposées de manière ferme, le plan présente des zones d’ombre majeures concernant les obligations d’Israël et la durée de la tutelle.

    Les points de tension principaux sont :

    • L’absence d’un calendrier clair pour le retrait complet des forces d’occupation.
    • Le manque de précisions sur le devenir politique de Gaza et son lien avec la Cisjordanie, ce qui peut empêcher la création d’un État palestinien unifié.
    • La question de savoir qui évaluera la « préparation » des Palestiniens à exercer leur souveraineté : l’évaluation serait confiée aux mêmes puissances qui ont un rôle partisan dans le conflit.

    Plusieurs analystes alertent sur le risque que la tutelle, présentée comme temporaire, se pérennise et qu’elle devienne un moyen de remodeler les faits sur le terrain sans consulter véritablement les habitants de Gaza.

    Précédents historiques et convergences politiques

    Cette proposition s’inscrit dans une série d’idées similaires déjà défendues par des responsables et experts occidentaux. En 2003, l’ancien ambassadeur Martin Indyk avait prôné une phase de tutelle internationale pour assurer la mise en œuvre d’une feuille de route vers deux États.

    Les convergences sont visibles :

    • La mise en place d’une administration étrangère temporaire chargée de reconstruire des institutions démocratiques et une justice indépendante.
    • L’intervention d’une force internationale de sécurité pour stabiliser la situation sur le terrain.
    • La logique d’un transfert progressif du pouvoir après « formation » et « évaluation ».

    Selon des sources politiques, il existerait d’ailleurs plusieurs versions du document promu par l’administration américaine, amendées par les parties concernées, ce qui renforce l’impression d’un texte négocié en coulisses plutôt que construit avec l’ensemble des acteurs régionaux.

    Steve Witkoff et Jared Kushner à la Maison Blanche

    Pourquoi Tony Blair ?

    Le choix de Tony Blair pour diriger la phase de transition s’explique par plusieurs facteurs : son rôle passé comme envoyé international, ses réseaux diplomatiques et sa proximité avec Washington, ainsi que l’image qu’il conserve auprès d’une partie de l’opinion israélienne.

    Pourtant, Blair reste une figure controversée :

    • Des critiques lui reprochent son bilan en Irak et les erreurs pointées par la commission d’enquête britannique.
    • Sa carrière post-gouvernementale, marquée par des activités de conseil et des revenus substantiels, alimente les soupçons sur ses motivations.
    • Nombre d’observateurs estiment que son rôle antérieur n’a pas été neutre vis-à-vis de la cause palestinienne.

    Ces éléments expliquent pourquoi la perspective d’une administration Blair suscite méfiance et hostilité chez une partie importante des Palestiniens et de leurs soutiens.

    Réactions et réactions stratégiques

    La réaction du mouvement Hamas illustre la complexité du terrain : dans une première phase, il a accepté des conditions humanitaires majeures — notamment la remise des captifs — tout en rappelant que la définition du futur de Gaza relève d’une décision nationale et non d’une tutelle étrangère imposée.

    Autres réactions notables :

    • La publication immédiate de la réponse de Hamas a été relayée et mise en avant par l’administration américaine, provoquant surprise et mécontentement chez certains alliés israéliens.
    • Israël, pour sa part, voit dans la démarche un moyen d’atteindre certains objectifs militaires et politiques sans supporter seul les coûts directs d’une occupation prolongée.
    • La communauté internationale est divisée : certains y voient un cadre pour stabiliser l’urgence humanitaire, d’autres y perçoivent un risque de légitimation d’une tutelle au détriment du droit à l’autodétermination.

    Ces réactions montrent que les négociations à venir seront longues, complexes et pleines d’impasses potentielles, alors que la survie quotidienne et la dignité des habitants demeurent au cœur des enjeux.

    Enjeux à venir

    La formule de la tutelle internationale pour Gaza pose des questions essentielles qui détermineront son acceptabilité et ses conséquences :

    • Qui décide des critères d’« aptitude » à l’autonomie et qui en assure l’évaluation ?
    • La tutelle servira-t-elle à préparer une souveraineté réelle ou à instituer une dépendance prolongée ?
    • Comment garantir la participation effective des Palestiniens et préserver l’unité territoriale entre Gaza et la Cisjordanie ?

    Si l’objectif proclamé est la paix et la protection des civils, la mise en œuvre doit respecter la souveraineté populaire, la transparence et l’égalité de traitement entre les parties. À défaut, la « tutelle internationale » risque de se muer en un nouvel avatar d’une ingérence qui transforme la stabilisation en domination.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/10/6/%d8%a7%d9%84%d9%88%d8%b5%d8%a7%d9%8a%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%a5%d9%85%d8%a8%d8%b1%d9%8a%d8%a7%d9%84%d9%8a%d8%a9-%d8%a8%d9%84%d9%8a%d8%b1-%d8%a7%d9%84%d8%a3%d8%a8%d9%8a%d8%b6-%d9%8a%d8%b1%d9%8a%d8%af

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