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    L’échec de la Constitution européenne : un mal pour un bien

    France, Europe

    Le revers aux urnes de 2005 a paru amer, mais il a paradoxalement mis l’Union européenne sur la bonne voie.

    Échec de la Constitution européenne, un mal pour bien

    L’échec aux urnes d’une Constitution européenne

    L’Europe est connue pour ses voitures allemandes rapides, ses trains à grande vitesse français, et ses élégants yachts italiens. Cependant, pendant des décennies, le fonctionnement de l’Union européenne (UE) était souvent décrit à travers l’image du modeste vélo. Les fédéralistes la percevaient comme une machine intrinsèquement instable, dont la seule chance de survie était de continuer à avancer. Cette analogie justifiait les efforts de ceux qui aspiraient à une “union toujours plus étroite”, craignant un effondrement imminent.

    Au début des années 2000, l’argument en faveur d’une intégration accrue devenait dominant. Ce qui avait commencé comme un simple pacte entre six pays pour réglementer la production de charbon et d’acier s’était transformé en une union politique de 25 (puis 28) États, dotés d’une monnaie commune et sans frontières intérieures. Qui peut dire où aurait conduit une telle convergence continentale sans entrave au fil des décennies ?

    En mai 2005, cette théorie a subi un revers majeur. Le “traité constitutionnel”, présenté comme la prochaine étape de l’intégration, a été rejeté par les électeurs français à 55 % contre 45 %. Le rejet néerlandais, qui a suivi, a été encore plus massif. Les partisans de l’UE, convaincus de son expansion inéluctable, craignaient que cette défaite n’entraîne une désintégration progressive de l’union. Pourtant, cette peur s’est révélée infondée. Après 2005, l’UE a abandonné ses projets ambitieux pour une vie plus technocratique et a gagné en popularité auprès des citoyens.

    Pourquoi ce projet d’union politique ?

    Aujourd’hui, l’idée d’une constitution européenne est perçue comme une curiosité historique. Depuis sa création en 1957, l’UE a été régie par des traités intergouvernementaux, représentant une version régionale améliorée de l’ONU. Dans les années 2000, un nouveau texte était essentiel pour rationaliser le fonctionnement de l’Union après une période d’expansion rapide, notamment avec l’élargissement de 2004 à dix nouveaux pays d’Europe centrale.

    Ce traité visait non seulement à améliorer la prise de décision au sein de l’UE, en remplaçant le vote à l’unanimité par un vote à la majorité qualifiée dans de nombreux domaines, mais également à doter l’UE des caractéristiques d’un État-nation.

    La Constitution européenne, rédigée sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, comportait de nombreux symboles pour renforcer l’attachement des citoyens à l’UE. Elle proposait un drapeau officiel, un hymne, un ministre des Affaires étrangères et même une fête nationale.

    Le traité de Lisbonne et l’euroscepticisme

    Malgré son symbolisme, la constitution ne représentait pas une prise de pouvoir fédéraliste. Bien que critiqué comme un “projet de tyrannie” par certains médias, le texte n’a pas satisfait ceux qui souhaitaient que l’UE obtienne des pouvoirs fiscaux. Malgré le rejet français et néerlandais, en 2009, la plupart des 450 pages de la Constitution ont été intégrées dans le traité de Lisbonne. Ce dernier a légèrement renforcé l’Union, notamment en accordant plus de pouvoir au parlement, mais a laissé de côté tout ce qui avait une connotation symbolique.

    La défaite de la tentative constitutionnelle a également donné naissance à une nouvelle forme d’euroscepticisme. Les classes urbaines et supérieures soutenaient l’UE, contrairement aux populations rurales et ouvrières, ce qui a permis aux populistes d’exploiter ce mécontentement. Des figures comme Marine Le Pen ont dénoncé cette adoption discrète des clauses constitutionnelles.

    Technocratique mais efficace

    Les électeurs irlandais et danois avaient précédemment rejeté des traités européens avant d’être contraints de voter à nouveau. Le rejet de la Constitution par deux des six membres fondateurs a eu un impact profond sur le processus d’intégration. Jean-Claude Piris, ancien jurisconsulte de l’UE, souligne que ces votes ont brisé le processus d’intégration européenne, rendant la perspective de futurs traités trop intimidante.

    Cependant, cela n’a pas empêché l’UE d’être perçue comme efficace. Bien que 74 % des Européens estiment qu’elle sert bien leur pays, l’Union demeure perçue comme une entité lointaine. L’intégration européenne a même été renforcée en période de crise, comme en 2020, lorsque les gouvernements ont convenu d’émettre des obligations conjointes pour financer un plan de relance post-pandémique.

    Une union d’États dotée d’institutions indépendantes pour promouvoir des intérêts communs dans des domaines d’action concertée s’est révélée être une idée réussie, et il n’est pas nécessaire d’en faire plus.

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