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    Dans le Manipur en conflit en Inde, la bataille narrative se joue sur les réseaux sociaux

    En début juin, deux hommes étaient assis devant des ordinateurs portables à l’intérieur d’un bâtiment partiellement construit dans le district de Churachandpur, dans l’État du Manipur, dans le nord-est de l’Inde. Un conflit ethnique entre les Kuki-Zo et les Meitei a ravagé l’État du Manipur depuis le début du mois de mai. Les Kuki-Zo sont majoritaires à Churachandpur et dans certaines autres régions montagneuses, tandis que les Meitei dominent la capitale de l’État, Imphal, ainsi que quelques villes et régions rurales avoisinantes.

    Le gouvernement de l’État a bloqué l’accès à Internet dans tout le Manipur le 4 mai, mais en juin, lors du 37e jour de violence, un dirigeant d’une organisation de la société civile Kuki-Zo m’a montré que l’Internet était accessible sur son téléphone et ceux des autres Kuki présents dans la pièce. Les hackers ont aidé ce groupe à se connecter à Internet en se branchant sur des lignes téléphoniques utilisées par les fonctionnaires de l’État. La raison invoquée est la nécessité pour les étudiants de remplir des formulaires d’examens en ligne, mais il y avait aussi d’autres raisons plus importantes. Les réseaux sociaux sont devenus importants pour informer les gens de ce qui se passe ici, selon ce dirigeant.

    Les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille pour les guerriers virtuels des deux communautés, qui partagent leurs opinions et dénigrent celles des autres. Une analyse des médias sociaux pendant deux mois a révélé une forte augmentation des nouveaux comptes sur Twitter, Instagram et Facebook, exprimant des points de vue des deux côtés du conflit et multipliant les récits sur le conflit.

    Ces récits manufacturés ont été renforcés par des campagnes de désinformation menées par ces guerriers des médias sociaux, amplifiant ainsi les hostilités entre les deux communautés. Les réseaux sociaux ont également permis de partager rapidement des images et des vidéos des violences, parfois avant même qu’elles ne fassent les gros titres des médias traditionnels. Ces incidents ont contribué à alimenter la haine et la colère sur les réseaux sociaux.

    Deux études distinctes ont révélé que les récits sur les réseaux sociaux étaient fabriqués et organiquement développés par les différentes communautés. Les utilisateurs des réseaux sociaux ont commencé à réagir rapidement dès le début du conflit, créant des comptes pour exprimer leurs points de vue et attaquer ceux des autres.

    Ces comptes Twitter, Instagram et Facebook sont devenus des plateformes pour partager des informations, de la désinformation, de la haine, des revendications de victime et des demandes de solidarité. Des mouvements séparatistes se sont également manifestés, renforçant ainsi la division entre les deux communautés.

    Le nombre de personnes tuées et blessées lors de ces violences est élevé, mais ce n’est pas la première fois que le Manipur est déchiré par des conflits ethniques. Mais ce qui distingue ce conflit récent, c’est qu’il est probablement le premier conflit armé en Inde qui se joue également intensément sur les réseaux sociaux.

    Les réseaux sociaux sont devenus des instruments puissants pour façonner les récits et les perceptions du conflit. Les groupes de chaque communauté ont rapidement organisé leurs actions et coordonné leurs messages sur les réseaux sociaux. Des hashtags spécifiques ont été utilisés pour souligner les revendications de chaque communauté, renforçant ainsi la division entre elles.

    Ces récits fabriqués ont également été accompagnés d’attaques virulentes contre les médias, les journalistes et les opposants politiques qui ne partageaient pas leurs opinions. Les utilisateurs des réseaux sociaux ont été encouragés à répandre leurs messages et à participer activement à la bataille narrative.

    Ces études révèlent également que les comptes affiliés à la communauté Kuki-Zo ont été plus actifs et ont eu un impact plus important sur les réseaux sociaux que les comptes affiliés à la communauté Meitei. Les Kukis ont utilisé Twitter de manière plus agressive, en appelant à l’intervention des organisations internationales de défense des droits de l’homme, tandis que les Meitei ont critiqué l’armée indienne et le gouvernement de l’État.

    Les réseaux sociaux ont permis de diffuser rapidement des informations et des récits sur le conflit, mais ils ont également contribué à la propagation de la désinformation et à l’incitation à la haine entre les communautés. Ces batailles sur les réseaux sociaux peuvent avoir un impact à long terme en alimentant la haine et en entravant les efforts de construction de la paix.

    Malgré la cessation temporaire des affrontements armés, les guerriers des réseaux sociaux des deux communautés continuent de se battre pour gagner les cœurs et les esprits du reste du monde.

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