La régularisation des sans-papiers en Espagne est au cœur d’un plan annoncé mardi par le gouvernement pour régulariser environ 500 000 personnes résidant sur le territoire avant le 31 décembre 2025 et justifiant d’au moins cinq mois de présence. Le décret royal prévoit des autorisations de séjour et de travail d’un an, avec des règles plus souples notamment pour les mineurs, dont le permis peut être valable cinq ans. Le gouvernement affirme vouloir doter ces personnes de droits et de garanties tout en apportant un soutien à l’économie nationale. L’Espagne demeure l’une des principales portes d’entrée de migrants en Europe, et cette initiative s’inscrit dans un contexte où les responsables politiques et leurs opposants discutent des enjeux économiques et sociaux.

Régularisation massive: qui est visé et comment
Le dispositif, approuvé par décret royal et non par le parlement, vise les personnes présentes en Espagne avant le 31 décembre 2025 et justifiant d’au moins cinq mois de résidence. Selon Irene Montero, « toutes les personnes qui se trouvent en Espagne avant le 31 décembre 2025 et qui peuvent justifier d’au moins cinq mois de résidence auront des papiers ». Dès le dépôt de la demande, les sans-papiers pourront bénéficier d’une autorisation de séjour et de travail d’un an; le processus est conçu pour être rapide et efficace, a assuré le Parti de gauche Podemos. La mesure prévoit également que les mineurs des demandeurs puissent obtenir un permis valable pour cinq ans.
« À partir du mois d’avril, toutes les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin », a précisé Elma Saiz, porte-parole du gouvernement et ministre de la Sécurité sociale et des Migrations. Le gouvernement souligne que la régularisation s’inscrit dans une logique d’inclusion et de stabilité, non d’amnistie ponctuelle.
Dans le même temps, la régularisation est présentée comme un levier économique: elle viserait à sécuriser les emplois et à promouvoir l’intégration, selon les responsables. Selon le think tank Funcas, cité par El País, près de 840 000 clandestins vivraient actuellement en Espagne, dont 90 % venant d’Amérique latine. Le texte rappelle aussi que la mesure permettrait de régulariser simultanément la situation des enfants mineurs des demandeurs et que, dans ce cas, le permis serait valable pour cinq ans. En novembre 2024, le gouvernement avait fixé comme objectif la régularisation de 900 000 personnes au cours des trois prochaines années.
Réactions et contexte politique
Du côté politique, le PSOE et Podemos présentent la régularisation comme une avancée économique et sociale. Podemos assure qu’il veillera à ce que le processus soit « rapide et efficace », et insiste sur le fait que le décret royal permet d’avancer sans passer par le Parlement tant que les droits des personnes concernées sont garantis. La droite (PP) et l’extrême droite (Vox) ont manifesté leur opposition, dénonçant un recours à des mécanismes exceptionnels et plaidant pour un contrôle plus strict des flux migratoires.
Le dossier a aussi alimenté des tensions avec les partis régionales et catalans: le parti Junts, qui soutient une autonomie renforcée dans la gestion de l’immigration, est cité comme un des groupes sollicitant davantage d’autonomie dans ce domaine.
Impacts économiques et démographie
Les partisans de la mesure mettent en avant les gains potentiels pour l’économie et les finances publiques, en permettant à des travailleurs sous‑utilisés d’obtenir des droits et une sécurité sociale. Le gouvernement affirme que régulariser ces personnes contribuera à la dignité et à l’égalité des droits, et que l’objectif est aussi d’éviter les retours forcés en l’absence de solutions juridiques. La mesure s’inscrit dans un contexte où l’Espagne est confrontée à un vieillissement démographique et à des besoins en main‑d’œuvre dans divers secteurs, des services à la construction.
« Ce que nous faisons, c’est reconnaître et donner de la dignité, et offrir des garanties, des opportunités et des droits aux personnes qui se trouvent déjà dans notre pays », a déclaré la ministre. L’annonce intervient dans un climat politique où les partis se disputent le sens et les effets de l’immigration, et où les chiffres historiques restent débattus.
