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    Gaza : la vie terrifiante au « ligne jaune » de Jabalia

    Palestine, Israël

    Approcher des blocs jaunes au nord de Jabalia ressemble à une marche vers l’inéluctable : à chaque pas, les grues israéliennes se dessinent davantage, munies de caméras qui scrutent et comptent les ombres sur cette mince bande entre la vie et la mort. Nous n’étions qu’à une trentaine de mètres de ce que les habitants appellent la « ligne jaune », gardée par l’armée, une distance souvent traversée par des rafales en provenance de l’autre rive.

    Un passage sous haute surveillance

    Un jeune du quartier nous a guidés à travers les décombres : ici, seuls les « fils du lieu » reconnaissent les sentiers menant aux maisons encore habitées en lisière du contact. Il indiquait du doigt des levées de terre et des sacs de sable ; au-delà se tiennent les soldats et les journalistes israéliens, répétaient les habitants, et « l’endroit est dangereux ».

    Lorsque j’ai levé mon téléphone pour filmer, il m’a supplié d’arrêter — non par peur théorique, mais parce qu’ils avaient déjà vu des appareils être abattus après avoir pointé leurs objectifs. Selon lui, l’armée a installé un dispositif destiné à repérer les appareils de prise d’images, un détecteur qui signale la présence de caméras et de téléphones.

    Sur le fil du feu

    La progression est interrompue par un jeune qui arrive en courant, criant « ambulance ! ». Il raconte que des drones ont largué une charge sur deux hommes qui ramassaient du bois près de chez eux. Son compagnon précise qu’aucune ambulance ne peut atteindre ces lieux : il faut des voisins pour extirper les blessés, car les accès sont trop exposés.

    Les habitants évoquent aussi les petites bombes lancées par des drones de type quadcopter, les explosions nocturnes des obus et les éclats qui déchirent l’air et même les vêtements qui sèchent aux cordes. Face à ces menaces, la consigne de survie revient sans cesse : s’allonger au sol et attendre que ça passe.

    Vivre au bord de la « ligne jaune »

    Trois sœurs de la famille Al-Arrouq vivent dans une pièce aux murs fissurés, entourées de ruines qui ont conservé l’odeur et les souvenirs de leurs parents. Elles ont perdu leur père au début de la guerre, puis leur mère et enfin leur frère aîné. Elles ont posé une couche de carreaux récupérés comme plancher et tendu une bâche en plastique pour se protéger de la pluie.

    La plus âgée, Manar, a fini ses études universitaires mais refuse des emplois qui l’obligeraient à franchir quotidiennement ce chemin dangereux. « La vie ici est plus forte que n’importe quelle décision personnelle », dit-elle : sortir ne se conçoit que par nécessité absolue, pour chercher de l’eau ou quelques vivres.

    Des familles qui tiennent malgré tout

    Chez la voisine, on sent encore l’odeur du bois brûlé. L’ancien menuisier du quartier cloue désormais des tentes et installe des bâches, parcourant chaque jour plusieurs kilomètres à pied pour aller chercher de l’eau ou rejoindre le marché. Sa femme s’interroge : comment louer un logement plus sûr quand on peine déjà à subvenir au strict minimum ?

    Les enfants se rassemblent autour de leur mère pendant qu’elle prépare du pain, sans écoles ni réseaux, privés de la plupart des repères. La nuit, la peur s’intensifie : une enfant a frôlé la mort lorsqu’un éclat a transpercé la toile de leur abri, tombant près de sa tête.

    Soins impossibles et prises en charge improvisées

    Oum Khadr Rayan vit dans l’école refuge la plus proche de sa maison détruite. Elle revient depuis le premier jour du cessez-le-feu, mais sans son mari et son fils aîné, tués six mois plus tôt dans l’attaque qui a atteint leur tente. Son autre fils, Youssef, a perdu un œil et elle assure seule les soins et la rééducation faute d’hôpitaux ou de cliniques accessibles.

    « Il n’y a ni transport ni argent pour acheter des médicaments », explique-t-elle. Elle nettoie et désinfecte les blessures avec des solutions maison et pratique la physiothérapie quotidienne : autant de gestes de survie qu’aucune famille ne devrait avoir à assurer.

    Une ligne qui avance ailleurs

    À Jabalia, la « ligne jaune » n’a pas progressé ces derniers jours, mais le front oriental de la bande de Gaza continue, selon les habitants, de reculer vers l’intérieur du territoire. Partout, des engins déposent des robots, font sauter des bâtiments et ouvrent un couloir pour ces blocs jaunes, élargissant la zone de contact au-delà des accords convenus.

    Ce processus transforme peu à peu le paysage : déplacements continus de population, démolition silencieuse d’habitations et réduction progressive de l’espace vital. Pour les civils qui restent près de la « ligne jaune », chaque jour est une négociation avec le danger, sans garanties, sans hôpitaux et sans certitudes.

    Points clés

    • La « ligne jaune » représente une zone de contact étroite, surveillée par des caméras et des grues.
    • Les drones et petits engins explosifs constituent une menace quotidienne pour les civils proches du front.
    • Les services médicaux et les ambulances peinent à atteindre ces secteurs, imposant des soins improvisés par les familles.
    • Malgré le danger, de nombreuses familles choisissent de rester, faute de ressources pour se reloger en sécurité.
    source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/1/11/%d8%a7%d9%84%d8%ac%d8%b2%d9%8a%d8%b1%d8%a9-%d9%86%d8%aa-%d8%aa%d8%b1%d8%b5%d8%af-%d8%aa%d9%81%d8%a7%d8%b5%d9%8a%d9%84-%d9%85%d8%b1%d8%b9%d8%a8%d8%a9-%d9%84%d8%ad%d9%8a%d8%a7%d8%a9

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