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    La stratégie turque face à la question kurde : analyses et enjeux

    Turquie, Syrie

    La stratégie turque face à la question kurde : analyses et enjeux

    Avant la chute du régime en Syrie, la Turquie était le théâtre d’un débat crucial et sensible. Le président Recep Tayyip Erdoğan et son allié politique Devlet Bahçeli, leader du Parti d’action nationaliste, étaient au centre de ce débat.

    Devlet Bahçeli a lancé une initiative surprenante et inattendue pour mettre fin au problème de terrorisme lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui a constitué le plus grand défi pour la Turquie et une source d’inquiétude pendant près de 40 ans. Bahçeli a proposé que Abdullah Öcalan, le leader fondateur du PKK, actuellement purgeant une peine de prison à perpétuité sur l’île d’İmralı, soit autorisé à sortir de prison pour s’exprimer publiquement.

    Selon la proposition de Bahçeli, Öcalan annoncerait dès sa sortie la dissolution du parti et l’abandon des armes. De plus, il a suggéré que cette annonce se fasse devant le groupe parlementaire du Parti démocratique des peuples, connu pour être le bras politique du PKK.

    Les répercussions de l’initiative de Bahçeli

    Depuis lors, cette proposition inattendue et les événements qui ont suivi sont devenus le sujet de conversation des rues turques. Avec le regain de la révolution syrienne et l’intensification des tensions autour de la question du désarmement du Parti de l’union démocratique dans la région du Rojava, le débat autour de la proposition de Bahçeli s’est intensifié.

    Dans ce contexte, j’ai rencontré Devlet Bahçeli en personne pour discuter de ces questions.

    La perspective de Bahçeli sur la question kurde est particulièrement significative car il est un leader influent dans le courant nationaliste, connu pour son opposition farouche aux efforts de résolution de la question kurde pendant de nombreuses années. Cependant, il adopte désormais une position différente, appelant à une rencontre en face à face entre le leader du PKK Abdullah Öcalan et le Parti démocratique des peuples, permettant ensuite à Öcalan de quitter la prison et d’appeler à l’abandon des armes.

    Les enjeux géopolitiques de la question kurde

    En entrant dans son bureau, j’ai été chaleureusement accueilli, son visage rayonnant de bienveillance. Malgré ses 77 ans, son esprit semblait vif et plein de dynamisme. J’ai partagé avec lui mes observations et conclusions après une semaine passée en Syrie après la révolution, ainsi que mes constatations sur les tensions dans la région du Rojava et leur impact sur la Turquie.

    Je lui ai expliqué que la formation d’un nouvel environnement en Turquie pour résoudre la question kurde et envisager un avenir de coexistence affecterait directement la situation des Kurdes et leur avenir en Syrie et en Irak.

    À mon avis, la révolution syrienne a créé une nouvelle réalité géopolitique dans la région. Dans cette nouvelle situation, la persistance du Parti de l’union démocratique en tant que structure armée et semi-indépendante en Syrie semble impossible. De même, la survie du PKK en tant qu’organisation armée en Irak paraît très difficile.

    Les réactions à la proposition de Bahçeli

    Étant donné que la Turquie est l’acteur principal dans ce nouvel ordre géopolitique, la « carte kurde » est désormais entre ses mains. La question qui se pose est de savoir comment la Turquie utilisera cette carte et comment elle agira face à la persistance des organisations kurdes armées en Syrie et en Irak. Tous attendent avec un grand intérêt ces prochaines étapes.

    De ce fait, le débat soulevé par Bahçeli prend une importance croissante. Il a confirmé qu’il maintenait sa position :
    « Öcalan doit sortir de prison et annoncer l’abandon de l’objectif du PKK d’établir un État kurde, et appeler à l’abandon des armes et à la dissolution de l’organisation. Ensuite, le Parti démocratique des peuples ou les Kurdes du Rojava pourront s’adapter politiquement à cette nouvelle situation. »

    Les implications de la position d’Erdogan

    Le président Erdoğan a exprimé son soutien aux déclarations de Bahçeli, semblant montrer que tous deux s’accordaient largement sur la feuille de route, qui a été révélée par le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan lors d’une émission télévisée. Fidan a déclaré :
    « Le Parti de l’union démocratique déposera les armes. Les combattants et les dirigeants supérieurs du parti qui ne sont pas syriens quitteront le territoire syrien. Ils doivent se soumettre au système politique de la nouvelle Syrie ou seront éliminés. »

    Bien que les États-Unis, qui soutiennent le Parti de l’union démocratique, aient contesté ce plan, le président élu Donald Trump a implicitement reconnu l’influence de la Turquie en Syrie et soutenu cette approche. Cependant, le Pentagone reste fermement opposé à ce plan et a renforcé sa présence militaire dans la région du Rojava.

    Les discussions avec Abdullah Öcalan

    Entre-temps, après que l’armée nationale syrienne, soutenue par la Turquie, a repris les régions de Tel Rifaat et Manbij au contrôle du Parti de l’union démocratique, la Turquie a encerclé la région de Kobani, se préparant à une opération militaire imminente.

    Dans ce contexte, le Parti démocratique des peuples a rencontré Abdullah Öcalan. Il a clarifié par leur intermédiaire qu’il pourrait soutenir le plan lancé par Bahçeli et Erdoğan et même prendre l’initiative. Cependant, Öcalan a conditionné son appel à l’abandon des armes à sa sortie de prison, sans faire d’annonce déterminante à cet égard.

    Les défis futurs pour la Turquie

    La Turquie s’efforce de saisir cette opportunité sans la laisser filer, mais elle a encore du mal à s’accorder avec les États-Unis. Dans cette impasse, la dernière option reste de lancer une opération militaire dans les régions de Kobani et Qamishli. Avant de mener à bien cette opération, la Turquie pourrait tenter de pousser Öcalan à appeler à l’abandon des armes afin de réduire la résistance potentielle.

    Cependant, il semble qu’Öcalan ne fera pas cette demande sans obtenir certains gains politiques et des modifications constitutionnelles.

    Il est généralement admis que le rêve du PKK et des Unités de protection du peuple d’établir un État kurde dans quatre régions ne sera pas facilement abandonné par les Kurdes simplement à la suite d’un appel d’Öcalan. Sans changements politiques et constitutionnels, la plupart des observateurs s’accordent à dire que toute demande d’abandon des armes n’aura que peu d’effet.

    Vers une nouvelle phase

    La question kurde en Syrie et en Turquie est désormais dans une nouvelle phase. La Turquie a soumis ses offres à Abdullah Öcalan, au PKK, aux Unités de protection du peuple et au Parti démocratique des peuples : « Abandonnez les armes et engagez-vous dans un travail politique civil. »

    Actuellement, les organisations armées et le Parti démocratique des peuples discutent de la manière de répondre à cette offre.

    En Turquie, les demandes des Kurdes se limitent essentiellement à une modification permettant d’introduire la langue kurde officiellement dans les programmes scolaires et de modifier la définition de la citoyenneté dans la constitution. En Syrie, les Kurdes exigent une autonomie dans la région du Rojava, mais la nouvelle administration syrienne, soutenue par la Turquie, a catégoriquement rejeté toute discussion d’autonomie.

    À ce stade, il est fortement attendu qu’Abdullah Öcalan appelle l’organisation à abandonner les armes. Cependant, il n’est pas encore clair quelles modifications constitutionnelles il demandera en retour, ni comment l’État turc réagira à ces demandes. Le président Erdoğan se retrouve dans une position délicate et périlleuse.

    Je pense qu’après l’investiture de Donald Trump le 20 janvier, un accord entre la Turquie et les États-Unis sur ce dossier sera conclu, permettant alors à la Turquie de passer à la deuxième phase de ce processus.

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