La tension monte d’un cran entre Moscou et Kiev à l’approche des commémorations du 9 mai. La Russie a appelé mercredi soir les ambassades étrangères présentes à Kiev à évacuer leur personnel, invoquant le caractère « inévitable » de frappes de représailles contre la capitale ukrainienne en cas d’attaques pendant les célébrations du Jour de la Victoire.
Dans une note adressée à l’ensemble des missions diplomatiques accréditées en Russie, relayée par la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova, Moscou demande aux États et organisations concernés « d’assurer l’évacuation anticipée » de leur personnel et ressortissants de Kiev. Les forces russes menacent de cibler « y compris les centres de prise de décision » en cas d’attaque ukrainienne durant les commémorations de la victoire soviétique de 1945.
Un affrontement de cessez-le-feu
Cette escalade verbale intervient dans un contexte de surenchère autour de trêves concurrentes. Lundi, Vladimir Poutine avait décrété un cessez-le-feu de deux jours pour les célébrations du 8 et 9 mai. Mais Kiev l’avait devancé en annonçant sa propre trêve unilatérale, que le président Volodymyr Zelensky accuse Moscou d’avoir massivement violée.
Selon le président ukrainien, l’armée russe a commis « 1 820 violations du régime de cessez-le-feu » en quelques heures mercredi, avec des bombardements, tentatives d’assauts, frappes aériennes et déploiements de drones. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a dénombré « 108 drones et trois missiles » tirés dans la matinée, notamment sur Kharkiv et Zaporijia. Deux drones russes ont également touché une crèche dans le centre-ville de Soumy, blessant au moins deux personnes.
« Le choix de la Russie constitue un refus évident d’un cessez-le-feu et de la préservation des vies », a lancé M. Zelensky, promettant une réponse « réciproque » de l’Ukraine.
Essais de missiles et surenchère militaire
La Russie a également annoncé la tenue d’essais de missiles capables de transporter des charges nucléaires sur le polygone de Koura, dans la péninsule du Kamtchatka, du 6 au 10 mai. L’espace aérien au-dessus du polygone de Kapoustine Yar, d’où sont tirés les missiles Orechnik, a été fermé. Le ministère russe de la Défense affirme avoir détruit 347 drones ukrainiens entre mercredi soir et jeudi matin, un chiffre particulièrement élevé.
Côté ukrainien, une frappe sur la ville russe de Briansk, à une centaine de kilomètres de la frontière, a fait 13 blessés jeudi. Le maire de Moscou a annoncé la destruction de cinq drones se dirigeant vers la capitale russe.
Un climat international sous tension
L’Allemagne, premier bailleur de l’Ukraine, a reconduit l’interdiction des symboles soviétiques et russes à Berlin pour les 8 et 9 mai, une mesure en vigueur depuis le début de l’invasion en 2022. La police berlinoise anticipe des « actes de violence ou d’intimidation » entre camps politiquement opposés.
À Venise, l’ouverture de la Biennale d’art a été marquée par une manifestation conjointe des collectifs Femen et Pussy Riot devant le pavillon russe, dont la présence suscite une vive polémique depuis sa réadmission après trois ans d’absence. « Ce pavillon se dresse sur des fosses communes ukrainiennes », a déclaré Inna Shevchenko, militante de Femen.
La Finlande a annoncé une aide supplémentaire à Kiev en cédant des équipements issus d’une centrale thermique déclassée pour soutenir le réseau électrique ukrainien, durement touché par les frappes russes.