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    La France face à l’arrivée des scientifiques américains ‘woke’

    France

    La France se prépare-t-elle à accueillir une vague de chercheurs américains influencés par les idées du « wokisme » ? Cette question suscite un débat intense entre défenseurs et détracteurs de cette possible immigration scientifique. Alors que certains redoutent l’arrivée d’universitaires aux orientations idéologiques marquées, d’autres soulignent la richesse et la diversité des profils susceptibles de rejoindre l’Hexagone.

    Une polémique autour des « scientifiques américains woke »

    Dans certains médias français, la perspective d’accueillir des chercheurs américains issus des départements de sciences humaines et sociales, souvent perçus comme les plus politisés, a provoqué des réactions vives. Des voix critiques dénoncent la probable arrivée d’ »apôtres du genre ou de la race » plutôt que de futurs ingénieurs ou prix Nobel, questionnant la pertinence d’importer des « islamo-gauchistes ». Cette rhétorique est reprise par plusieurs personnalités et médias, dont le philosophe Luc Ferry, qui évoque la venue de « profils de quatrième division acquis aux idées woke ».

    Pourtant, certains observateurs considèrent ces critiques comme un écho direct à la rhétorique de l’administration américaine de Donald Trump, qui a engagé une véritable offensive contre la science depuis son élection, avec des coupes budgétaires massives dans la recherche, notamment dans les sciences humaines et sociales.

    Initiatives européennes pour attirer les chercheurs américains

    Face à la détérioration du climat scientifique outre-Atlantique, l’Europe a lancé plusieurs initiatives visant à accueillir des chercheurs du monde entier, et en particulier des États-Unis. Lors du sommet « Choose Europe for Science » organisé le 5 mai à la Sorbonne, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont annoncé une enveloppe de 500 millions d’euros de subventions européennes, soutenue par 100 millions d’euros supplémentaires du gouvernement français.

    L’objectif affiché est ambitieux : porter à 3 % du PIB européen l’investissement dans la recherche et le développement d’ici à 2030. En complément, la plateforme « Choose France for Science » a été mise en place pour permettre à des chercheurs étrangers de haut niveau de postuler à des postes financés pendant trois ans en France. L’Agence nationale de la Recherche rapporte plusieurs centaines de comptes créés depuis son lancement, témoignant d’un fort intérêt pour cette initiative.

    Une diversité de profils bien éloignée des clichés

    Contrairement aux stéréotypes véhiculés, les attaques de l’administration Trump ne ciblent pas uniquement les chercheurs liés aux idéologies « woke » ou progressistes. En réalité, toutes les disciplines scientifiques sont touchées par les coupes budgétaires et la remise en cause du consensus bipartisan sur la science. Près de 2 000 scientifiques américains, issus de divers horizons politiques et membres des principales Académies nationales, ont signé une lettre ouverte dénonçant ce démantèlement volontaire de la recherche.

    Sur la plateforme française, les domaines les plus recherchés sont la santé, le climat, l’agriculture et l’intelligence artificielle. Les sciences humaines et sociales, elles, restent peu mises en avant, ce qui ne manque pas de susciter des critiques au sein de la communauté scientifique française.

    Des candidatures majoritairement issues des sciences dures

    L’université d’Aix-Marseille (AMU), pionnière avec son programme « Safe Place for Science », a reçu plus de 500 candidatures pour une quinzaine de postes ouverts aux universitaires américains. Sur ces dossiers, 77 proviennent des sciences humaines et sociales, avec une grande variété de spécialités comme l’histoire, la sociologie ou l’étude des migrations.

    Mais ce sont les sciences dures qui dominent nettement : environ 170 candidatures viennent des sciences de la vie et de la santé, avec des immunologues, des spécialistes des maladies infectieuses, du cancer et des vaccins à ARN messager. On compte aussi une quarantaine de chercheurs en climatologie et surveillance des catastrophes naturelles, certains issus de la prestigieuse Agence d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), ainsi que 56 candidats en sciences de l’univers, incluant des chercheurs de la NASA, des physiciens, astrophysiciens, mathématiciens et informaticiens.

    Cette diversité démontre l’ampleur des attaques et restrictions imposées par le gouvernement américain, qui touchent tous les domaines scientifiques, sans distinction d’orientation politique.

    Profils seniors et jeunes chercheurs : un équilibre prometteur

    L’université d’Aix-Marseille souligne que parmi les candidats, 135 sont des chercheurs seniors confirmés, reconnus experts dans leur domaine, tandis que 61 sont des profils intermédiaires et 46 des jeunes chercheurs. Cette répartition contredit l’idée selon laquelle la France attirerait des chercheurs de « quatrième division ». La fondation ARC pour la recherche sur le cancer confirme également que la majorité des scientifiques intéressés sont des profils confirmés et expérimentés.

    Cependant, le différentiel salarial entre les États-Unis et la France demeure un obstacle, les salaires américains étant largement plus élevés. Malgré cela, les tensions grandissantes dans le paysage scientifique américain pourraient inciter certains à franchir le pas, motivés par un environnement académique plus stable et respectueux des valeurs scientifiques.

    Inquiétudes et enjeux pour la recherche française

    Dans le monde scientifique français, des inquiétudes persistent. Certains craignent que cet afflux de chercheurs étrangers affaiblisse les ressources déjà limitées des chercheurs présents sur le territoire national. Le risque de « déhabiller Pierre pour habiller Paul » est évoqué, soulignant la nécessité de renforcer globalement la recherche publique en France.

    Sur la question budgétaire, le défi est de taille. Actuellement, la recherche publique française représente environ 0,75 % du PIB, alors que la cible européenne est fixée à 3 % d’ici 2030. La loi de programmation de la recherche prévoit d’atteindre seulement 1 % d’ici 2040, ce qui soulève des doutes quant à la capacité réelle à financer cette ambition. Selon l’astrophysicien Olivier Berné, la baisse cumulée des crédits pour la recherche publique, estimée à près d’un milliard d’euros entre 2024 et 2025, n’est pas compensée par les annonces de financements supplémentaires, rendant la situation budgétaire confuse.

    Enfin, la contradiction entre les discours de solidarité européens et la réalité politique est parfois tournée en dérision dans la communauté scientifique, illustrée par des images humoristiques largement partagées sur les réseaux sociaux.

    source:https://www.lexpress.fr/sciences-sante/la-france-attire-t-elle-les-scientifiques-woke-americains-la-verite-sur-un-fantasme-XW5RCVX7BBGPXA42XAZZSP25RM/

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